LA MORT D'UN POETE
MICHEL SERRAULT
Michel Serrault était un poète qui ouvrait généreusement la porte des mondes. Il savait créer des genres, de nouveaux mélanges, celui par exemple où burlesque et émotion se mêlent. A l'intérieur de la farce se trouve une vérité profonde, infaillible offerte sur un plateau de télé avec toute la délicatesse que requiert la dignité. Je pense d'abord, bien sûr à la Cage aux Folles. Drôle de film pour une grande leçon d'humanité. Serrault y présente le masculin dans toute son amplitude et nous fait découvrir aussi sa profondeur : une profondeur que l'on ne regarde souvent pas. Il n'y a pas si longtemps le masculin apparaissait encore comme un idéal de virilité où les sentiments étaient gommés le plus possible, esquissés, comme en évocation. Avec la Cage aux Folles, on découvre gentiment le sentiment masculin quelqu'en soit l'intensité avec laquelle il se présente. S'il y a des féministes, Serrault était un défenseur non seulement de la masculinité mais aussi et surtout de l'humanité et de la tolérance. N'oublions pas les leçons qu'il nous a données. Par ailleurs, toujours dans le jeu de l'intensité, il a su mêler l'art théâtral à celui du cinéma ou du petit écran. Frôlant souvent la caricature de mise sur scène pour objectiver l'agir humain, il savait en lisser les contours pour les rendre réalistes. Il savait être crédible tout en jouant mais ce jeu là n'avait rien de dérisoire. Il était essentiel.

A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que
le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des
Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture,
Paris, Folio, 1989, p.58
Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la
parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis
longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un
instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.
Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.
L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien
résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et écouter le biographe, lui aussi mû par un
récit...
Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.
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