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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 22:00

Depuis le CPE l'université s'est vue "en proie" à une nouvelle forme d'expression : "le blocage". Je pense que l'on ne réfléchit pas suffisamment sur le sens de cette forme d'expression ou plutôt de réaction quand pourtant elle est loin d'être annodine. Il s'agit d'une réaction émotionnelle consécutive à un traumatisme. Quelque chose a été vécu comme un choc, en l'occurence une décision, la manière dont elle a été prise ou formulée ou la manière dont elle a été reçue. Nous avons le devoir de réfléchir sur le blocage avant qu'il ne devienne un pathologie sociale avérée et grave et il apparaît que seule l'écoute permettra de dévérouiller cette forme d'autisme ou de repli, cette forme de résistance si violente.

Les étudiants, les lycéens se sentent menacés car ce qui les constitue a été modifié par une loi qui vient changer une tradition académique française ancestrale. Cette loi fait intervenir l'entreprise dans l'université et là où le savoir faisait figure de désintéressement, il prend un sens nouveau : celui de l'utilité. J'ai parlé dans une conférence que je faisais à Baltimore, de l'utilité de la philosophie heideggerienne en m'appuyant sur le sens que Descartes donne au savoir, et en conformité avec la position kantienne selon laquelle l'action par intérêt n'est pas une action morale. Le sens de l'utilité était dans cette conférence, synonyme de possibilité d'application. L'utilité d'un savoir est d'en permettre la compréhension. Or il semble que c'est la signification de ce terme et sa portée qui dans la réforme proposée aujourd'hui pose difficulté.

Le problème d'un lien ténu entre l'université et l'entreprise a d'abord été ressenti comme un manquement, comme une désolidarisation dans la quête pour le savoir et dans la forme qu'elle prend : celle d'un humanisme  et chaque étudiant porte en lui la fierté de cet humanisme. Une université permettant à tous, pourvu que chacun en ait les moyens intellectuels, de se hisser à la hauteur de ses possibilités et de ses rêves, répondait à l'idéal français. L'étudiant a, au sens fort, incarné cet idéal. L'université a pris corps en lui, de même que nos institutions peuvent prendre corps en nous. C'est souvent à ce carrefour que morale et politique se rejoignent. J'insiste sur la gravité d'un corps qui se ferme car je crains la rupture et la souffrance. Mais par delà rupture et souffrance, si graves soient-elles, c'est la violence qui menace là où la paix et la sérénité sont éminemment requises quand on doit se rendre disponible pour l'acquisition du savoir et la sculpture des capacités.

N'oublions pas non plus que la beauté et la grâce d'un esprit ne sauraient être le produit de la spéculation. Elles ont avant tout besoin d'amplitude et de liberté.

J'aimerais que la culture et l'éducation puissent rester désintéressées et que l'Etat puisse s'appuyer sur l'immense richesse produite par les capitaux ou les opérations boursières, pour remplir ce rôle fondamental qui lui incombe et qui, jusqu'à maintenant était l'apanage de l'exception française.

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Published by Cathy Leblanc - dans pédagogie
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commentaires

giovanna 24/01/2010 19:46


bonsoir Cathy, médiateur artistique intervenant auprès de jeunes étudiants, votre papier sur le "blocage" m'a interpelée, pourriez vous développer davantage votre commentaire, bien
cordialement,

Giovanna


dissertation topics 11/08/2009 10:38

Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!

15/10/2009 16:32


Thank you very much. I'll be glad to receive your comments.
Cathy Leblanc