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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 17:58

 

Avec l’émergence de l’informatique et l’utilisation de l’ordinateur, une pratique courante disparaît ou tant à disparaître : l’écriture, le tracé à la main. Et si l’enfant apprenait à écrire en traçant doucement ses lettres, en laissant la trace de l’encre sur le papier, en imprimant ses lettres sur le papier, la pratique informatique tend à l’éloigner de cet exercice.

Et je me demande aujourd’hui si les difficultés éprouvées par les élèves, les ados puis les étudiants à écrire correctement, c’est-à-dire en respectant les formes graphiques des mots, ne sont pas à mettre en relation avec la diminution de la pratique qui consistait à imprimer son mot soi-même sur le papier, à tracer la forme du mot sur sa page, à laisser sa trace et développer ainsi son style par l'exercice.

La calligraphie entraîne un plaisir de former le mot. Elle contient aussi une part de sensualité. En creusant la matière, l’enfant produit un effet et peut à chaque instant suivre la progression de son tracé, du tracé de chaque lettre, du tracé de chaque élément composant chaque lettre, dans la lenteur.

La temporalité de l’impression ainsi mise en œuvre entrait et entre toujours dans le processus de mémorisation en faisant appel à différents types de mémoire : une mémoire visuelle, c’est la plus évidente, une mémoire gestuelle, mais aussi une mémoire auditive car en écrivant doucement son mot, l’enfant en reproduit le son.

Apprendre devient s’empreindre de quelque chose. Apprendre, c’est incorporer, prendre avec soi et en soi. Apprendre, c’est aussi faire l’expérience d’une temporalité donnée par laquelle on réalise son œuvre. La lenteur enseigne ici la patience qui devient comme la condition mobilisée ou la compétence mobilisée et créée par l’écrivain à travers sa pratique.

Mais il y a une dimension qui me paraît importante et qui tient aussi de la métaphore ou du symbolique. Quand l’enfant écrit sur un support extérieur, quand il obéit à un ordre extérieur, ce sont autant d’éléments extérieur qu’il va intégrer et dont il va s’approprier. Ainsi peut-on comprendre l’usage de la métaphore de la tablette de cire chez Platon, pour figurer la mémoire quand la tablette est bien un élément extérieur sur lequel on projette son intériorité.

Cette appropriation me semble être la condition essentielle de l’apprentissage, d’un bon apprentissage, c’est-à-dire, d’un apprentissage de l’écriture mais aussi des qualités qu’elle requiert. Les pratiques de l’empreinte permettront ainsi beaucoup d’acquisitions. Parmi ces pratiques se trouvent les arts graphiques mais aussi la musique qui nécessite un engagement du corps dans la matière.

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Published by Cathy Leblanc - dans philosophie
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