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Mardi 18 juin 2010
Je retrouve l’Angleterre de mon enfance et de mon adolescence, beaucoup de souvenirs mais aussi toute cette subjectivité pensante qui fait de l’anglais qu’il est un anglais. Je suis arrivée hier après-midi sur le campus de la Brookes University d’Oxford et la première chose dont j’ai eu besoin, naturellement et pour suivre le cours de mon travail était… Internet ! Ah ah, la belle affaire. J’ai commencé par essayer de me connecter sur le wifi sans succès. Puis je suis allée à la réception générale de l’Université pour demander comment je pouvais accéder à mes mails. On m’a expliqué que seul le Free Public Wifi pouvait répondre à ma demande puis on a téléphoné au service informatique qui a confirmé que l’on ne pouvait me donner d’identifiant puisque je suis extérieure à l’université. J’ai essayé de nouveau ce Free Public Wifi sans succès. J’ai rencontré une personne à qui j’ai posé la question d’un ordinateur libre-accès. Elle m’a dit que je pouvais aller voir à la bibliothèque, ce que fis immédiatement et sans succès. La règle est la règle : quand on n’est pas registered dans l’université alors, on ne peut accéder à Internet. Finalement je suis, par hasard, tombée sur le bureau informatique où par la faveur du destin un employé m’a laissée me brancher sur sa connexion. J’ai pu accéder à mes mails, dont deux extrêmement urgents auxquels je devais répondre immédiatement pour mettre en place un congrès qui a lieu en novembre d’une part et permettre à une étudiante de terminer son mémoire de l’autre. Aujourd’hui, cet employé n’est pas à son bureau et pas moyen d’accéder à Internet : J’ai rencontré son chef et la règle est la règle. On insiste malgré mes explications : je suis responsable des relations internationales à mon université et j’ai de grandes responsabilités… non, pas moyen.
Que déduire de tout ceci. C’est une histoire banale mais elle pose le problème de la règle. L’université semble être d’obédience chrétienne et pourtant la règle institutionnelle est la plus importante, par-delà la fraternité. La notion de fraternité reposerait même sur cette toute puissance de la règle. Il reste que le résultat de cet autoritarisme dont nous ne sommes pas familiers, pourrait nuire au bon fonctionnement universitaire que chacun en venant à un congrès de philosophie est aussi tenu d’assurer vis à vis de son université d'origine. Quels sont les avantages de cette autorité ? Probablement la protection du réseau mais ce ne serait la protection du réseau que si ce comportement ne se retrouvait pas ailleurs, à moins que ce comportement soit un outil pragmatique pour assurer les garanties et soutienne les « décisions » et « stratégies ». Mais alors, comment faire pour y trouver un juste équilibre entre protection et non-nuisance ? C’est là une question que je me pose relativement au conservatisme de mise au Royaume Uni quand, en France, nous sommes habitués à la modulation de la règle, sa malléabilité voire à l’enfreinte. A côté de l’interdit juridictionnel, il y a le contournement qui se vit comme solution à portée de main.
Mais l’impact de la représentation de la règle semble générer un comportement typique qui s’intègre parfaitement dans la subjectivité pensante du Royaume Uni. En effet, comme je l’avais remarqué il y a bien longtemps, la règle est ici elle aussi à portée de main et tout s’ordonne à partir d’elle selon quelque chose qui ressemble à une constitution ontologique. L’être est juridique. Il est assuré par un jeu d’équilibre reposant sur des lois qui prennent des formes diverses : la queue au magasin, la formule de politesse, la procédure pour faire quelque chose. Tout s’organise autour de la modalité du pouvoir ou non-pouvoir en tant que may ou may not. Mais cette force de la politesse a eu ses limites puisque l’on sait que proportionnellement, lors du naufrage du Titanic, les anglais étaient beaucoup plus nombreux à avoir péri pour avoir été trop polis : « je vous en prie, vous d’abord ».
Cette forme de subjectivité octroie une certaine force mais elle possède aussi ses faiblesses. Sa force est l’institution morale. Sa faiblesse, le manque de discernement : un professeur d’université qui demande à se connecter n’est pas un étranger en quête de violations, pourtant il est considéré comme tel. Problème de catégories donc.
Le problème de l’Internet s’est résolu ensuite puisque les organisateurs nous ont fourni des codes de connexion valides dans le bâtiment du colloque. Une autre forme de reconnaissance a eu alors lieu qui permit de dépasser les blocages inter-catégoriels où la loi administrative fait autorité au candidat entrant.
Première journée de colloque. Le thème est « la nature humaine ». Cela dit, c’est un colloque de philosophie analytique et de linguistique, domaines qui me sont familiers puisque je suis également diplômée en linguistique, psycholinguistique et que j’ai lu très amplement la philosophie analytique américaine et celle de Ryle, philosophe analytique contemporain de Heidegger. Au milieu des déductions, se crée un vide. Le colloque porte sur la nature humaine. De longues réflexions sont proposées quant à la manière de nommer, définir, comprendre ce qui constitue cette nature humaine mais pourtant tout reste au niveau de la forme. Cela dit, la question des catégories est essentielle et très révélatrice mais elle fait de la nature humaine un concept entièrement rationnel, là où il semble que la rationalité ne soit que l’un des traits caractéristique non pas de la nature humaine à elle seule mais bien du monde en tant qu’il contient le règne animal, végétal et minéral, tous trois organisés de façon très rationnelle sans que l’homme n’y ait même participé. Il en résulte que la rationalité, telle qu’elle a été présentée dans le cours de philosophie antique (je m’adresse aux auditeurs et lecteurs du cours), ne saurait être un fait seulement humain. Une simple représentation du vivant permet de tirer cette conclusion. Quand les abeilles sont capables de construire des alvéoles parfaitement géométriques et semblables, respectant les règles de symétrie et de proportion, alors on ne peut plus affirmer que la rationalité en tant que principe mathématique soit le fait de l’homme. Il s’agit d’un principe organisateur qui nous dépasse. C’est une évidence.
L’humain ne saurait, par suite se résoudre à la rationalité. L’humain dépasse la norme, la symétrie. Il réside dans la fantaisie, dans l’inattendu. Il est ce je-ne-sais-quoi et ce presque-rien, expression qu’utilisait déjà le chevalier Pierre de la Ramée avant qu’on ne la retrouve sous la plume de Jankelevich. C’est peut-être ce que la philosophie analytique ne peut décrire ou exprimer. Là intervient la philosophie que l’on nomme ici « continentale ».
Il a été question dernièrement de ces cas de criminalité où la rationalité est implacable. Il semblerait que si la rationalité est implacable, alors elle témoigne de ce manque crucial de fantaisie, qui peut s’exprimer en termes de liberté et qui est propre à l’humain s’exerçant lui-même à travers l’expérience de la vie. Mais c’est une question que nous reprendrons.
Maître de Conférences en Philosophie
Université Catholique de Lille
Responsable des Relations Internationales
de la Faculté de Théologie
et de l'IPSR
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A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que
le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des
Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture,
Paris, Folio, 1989, p.58
Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la
parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis
longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un
instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.
Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.
L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien
résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et écouter le biographe, lui aussi mû par un
récit...
Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.
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