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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 09:23

La catégorie récemment créée de l’homme des cavernes en référence à l’animalité en œuvre, semble-t-il de plus de plus, dans des espaces où elle crée une véritable préoccupation, se propose comme base d’un travail de négativité à la pédagogie contemporaine.

Je discutais hier avec une collègue qui enseigne auprès d’adolescents pour lesquels elle a grand souci. Et la philosophie voudrait proposer des outils qui soient aussi des outils efficaces pour palier à ce souci des êtres en devenir et d’un certain état d’abandon dont les générations plus âgées ne comprennent pas bien à quoi il correspond, de même les raisons pour lesquelles ces adolescents s’exposent à un risque toujours plus grand.

Par ailleurs, la lutte contre la barbarie, pour l’humanité, pour une certaine humanité vue dans son accomplissement nécessite une observation des faits et gestes qui peuvent sembler anodins mais qui ne sont pas.

Quelle est la question : comment transmettre un idéal d’humanité aux générations à venir ? Quel idéal d’humanité pouvons-nous leur faire admirer ?

Oui, c’est effectivement cette question qui me taraude.

 

Enfant, j’ai très vite appris la musique. Non que je sois issue d’un milieu favorisé mais c’était l’époque des écoles municipales de musique où pouvait entrer tout un chacun, y apprendre le solfège, la théorie, une pratique instrumentale et faire partie de l’harmonie municipale. Là on jouait des œuvres dites « classiques », c’est-à-dire la musique de compositeurs reconnus par l’Institution, à savoir le conservatoire. Nous passions des examens de niveau et très motivés, nous cherchions à atteindre l’excellence. Les parents des autres enfants étaient verriers, mineurs, artisans, banquiers, infirmiers. Le niveau social n’avait aucune importance, nous faisions partie de la communauté musicale de la ville et étions tous tendus vers la réalisation de belles œuvres.

 

Cette exigence, outre le plaisir de la réalisation qu’elle permettait, était aussi une exigence que nous nous imposions à nous-mêmes et que nous allions pratiquer au jour le jour, dans chacun de nos actes. Chercher la précision, la tenue, la beauté aussi.

 

Pour ouvrir une parenthèse, cette école de musique était aussi l’école de la tolérance quand bien même elle était motivée par l’exigence. Tolérer n’est pas renoncer, tout au contraire. Et quand je parle d’école de la tolérance, je ne veux pas dire, tolérance de l’indifférence ou du désengagement, mais tolérance vis-à-vis de la différence. Nous étions tous, dans cette communauté, partie prenante d’une même œuvre et nous accompagnions les uns et les autres, musicalement, dans leurs cérémonies religieuses.

 

C’est cet idéal que j’ai gardé au creux de mon esprit et que je souhaiterais transmettre aux générations qui arrivent et j’avoue que je frémis quand j’entends mes jeunes recrues parler de leurs sorties en boîtes, très arrosées ou ponctuées de quelques prises de je-ne-sais-quoi. Je frémis car je sens le risque qu’ils courent, d’une part, et, d’autre part, je me désole qu’avec tout leur talent, ils ne puissent pas accéder à cette joie profonde que nous éprouvions dans le type de société musicale dont je viens de parler. Et je suis certaine que là, dans ces milieux que je qualifie de milieux d’abandons, on n’éprouve pas cette grande joie, la fierté d’être, le bonheur d’avoir tous ensemble, créé l’émerveillement, d’avoir su faire rêver, l’espace d’une œuvre musicale.

 

Je pense que profondément cet idéal s’accompagne du souci esthétique qui motive la réalisation de l’œuvre et reste articulé avec une sensibilité qui lui est propre. Mais je ne pense pas que la manière dont nous abordons la technique aujourd’hui, même si beaucoup de ses connaissances concourent à apporter du bien-être ou un surplus de santé, le contexte et le sens que prend ce contexte, tout comme les avatars de la technologie convertie au monde des loisirs, protègent encore ou construisent encore cet idéal d’humanité.

 

Une régression semble même présente. Elle a rappelé à son service l’emblème de la femme-objet tellement combattu par un féminisme d’avant-garde. Et les prouesses sexuelles de nos ados, pour une part de ces ados, constituent désormais leur objet de fierté. C’est pour toutes ces raisons que j’en suis venue à parler, dans le dernier article en partant du crachat sur le timbre-poste, et en passant par l’absence d’attention, à ce me semble, une absence de progression du projet-humanisant de notre société.

 

Autre preuve de cette régression : les heurs et malheurs non pas du voile, mais de la femme voilée. Oui, il est question de stigmatisation, là où le faire-droit de la justice s’impose devant la pédagogie. Alors… supprimons un fonctionnaire sur deux et remarquons aussi que dans cette violence verbale on ne parle pas de supprimer un poste de fonctionnaire sur deux, mais bien un fonctionnaire sur deux. La violence fait rage et la résultante en sera de façon coïncidente et qui n’a pas directement à voir avec la suppression du dit fonctionnaire sur deux, mais lui est indirectement liée, la mort de quelques « suicidés ». Génocide indirect ?

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commentaires

Philippe 16/07/2010 02:57


Chère Cathy,

Je viens de lire deux de tes articles sur le nazisme prétendu de Heidegger, et celui qui s'intitule "espace privé ou espace publique ?". Autant, j'ai trouvé le premier clair et structuré, autant le
second me semble aller au fil de la pensée, et je ne trouve pas la structure (c'est sûrement qu'il a un style plus "blog".

Néanmoins, je repars de ton point de départ sur le malaise des adolescents. Plusieurs remarques à cet égard.
1/ Les adolescents ne sont pas plus malheureux que les autres membres de la société. Sauf erreur, il y a statistiquement plus de suicides de personnes âgées que d'adolescents (mais le sujet ne
ferait guère "le buzz" sur internet et dans les médias).
2/ Quand il y a malaise, il est souvent dû à des causes complexes et enchevêtrées : le milieu familial, le milieu social, une pathologie psychique ou physique etc. La seule "crise d'adolescence"
n'explique pas grand chose. Tu sembles incriminer la société dans ce malaise et "une régression" : les déterminants sociaux sont au moins aussi importants que les déterminants individuels et
familiaux, de mon point de vue.
3/Le malaise des adolescents qui vont mal est souvent dû - de mon point de vue - à une éducation violente, n'ayant pas accueilli les émotions de l'enfant quand il était petit, et ne les accueillant
pas plus quand il est ado.

Je suis en train de m'initier à l'éducation non violente, sans fessée ni punition ni récompense. L'éducation non violente stipule que brimades, punitions et coups ne créent que des êtres
rancuniers, attendant la première occasion pour rempiler leur forfait ou se venger, développant "leur chacal intérieur".

L'idée de l'éducation non violente, du point de vue de l'éducateur - tant au niveau familial que scolaire - est de réduire au silence le chacal qui est en nous, pour développer envers ses enfants
le "langage girafe" (soit le langage du coeur, la girafe étant le mammifère terrien qui a le plus gros coeur).

Développer le langage girafe avec ses enfants signifie entre autres savoir accueillir leurs émotions, même si elles se traduisent par des pleurs abondants et des hurlements stridents, en les
mettant en mots et en montrant écoute et empathie pour l'enfant en souffrance.

L'important pour le parent est d'instaurer une relation de confiance et d'écoute avec son enfant, de sorte qu'elle s'installe durablement, et qu'elle perdure à l'adolescence. Cela suppose des
parents qu'ils soient attentifs et disponibles pour leurs enfants dès le plus jeune âge. Et notre société où il faut "travailler plus pour gagner plus" n'incite pas vraiment les parents, qui
présuppose peut-être que leurs enfants pousseront tout seuls, à prendre du temps avec et pour leurs enfants. Les parents rentrent fatigués du travail, doivent encore faire des tas de trucs pour
l'entretien de la maison (mais ça c'est souvent la mère-épouse-compagne qui s'y colle), et le temps de partage avec les enfants est réduit à la portion congrue. Et la joie d'être ensemble à quasi
rien du tout.

Et quand des émotions violentes submergent les enfants, et quand des conflits interviennent avec les parents, ces derniers sont souvent pas disponibles, et complètement désarmés. Bien des couples
et des parents devraient se forme à la Communication Non Violente (CNV). Cela serait utile dans leur couple, et dans leurs relations avec leurs enfants.

S'il y a tant de violence - ainsi que tu le déplores - dans notre monde, c'est en grande partie (je crois) parce que l'éducation familiale et scolaire infligée aux enfants est violente ! Je te
conseille vivement la lecture du dernier livre d'Olivier Maurel, "Oui la nature humaine est bonne mais elle est pervertie par des millénaires de violence éducative". Il postule que l'histoire de
l'humanité aurait été nettement plus harmonieuse si on n'avait pas fait subir les pires sévices et humiliations aux enfants, sous prétexte de les éduquer, depuis des milliers d'années.

Si la CNV t'intéresse (mais peut-être la connais-tu déjà), je te recommande de Marshall Rosenberg, "Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)", éd. La Découverte.

J'espère avoir amener de quoi approfondir ta réflexion sur les ados et sur la violence.

Amicalement,

Philippe


Cathy Leblanc 16/07/2010 08:41



Merci Philippe pour ton commentaire. Sur la formulation de l'éducation non violente, elle semble être un produit américain mais qui a ses limites : on préfère donner des tranquillisants aux
enfants, les "pathologiser" plutôt que de leur faire prendre conscience de l'impropriété de leurs actes. Personnellement je me méfie de l'analogie entre des sentiments, des humeurs et le règne
animal. Je préfère que le mot "gentil" prenne tout son sens, que le mot "sage" aussi veuille dire quelque chose. Par contre je trouve les "codes d'éthique des professions de l'éducation" très
efficace. Ils proposent des mesures explicites et reposant sur le respect.


Au sujet du temps de partage, je suis d'accord avec toi. La société française possède ou possèdait une institution se prêtant à ce partage : le repas à table. Espérons qu'elle perdure.