Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 10:48

Communauté : Comprendre la Barbarie

Des événements banalement quotidiens (mais structuralement quotidiens) m’amènent à réfléchir sur les modalités de l’excuse. Nous avons récemment grâce au linguiste qui intervenait dans la table ronde du colloque sur le pardon, montré que l’excuse pouvait être formulée à partir de mots, de gestes, de modalités bien différentes les unes des autres. L’excuse n’a pas non plus besoin d’être d’une évidence manifeste, elle ne requiert pas nécessairement « le mot » dit « mot d’excuse ». Un signe peut tout aussi bien valoir pour l’excuse. Il faut donc se représenter l’excuse dans la gamme de ses équivalences. Oui, mais alors, l’équivalence fait-elle sens au même titre que l’excuse. Dire « Excusez-moi s’il vous plaît » vaut-il « Merci de votre compréhension » ou encore «  je me suis emporté(e), j’étais fatigué(e) » ou « je suis allé€ trop loin » ? On peut aussi se demander si ces formes équivalentes ne finissent pas par revêtir davantage de sens que l’excuse elle-même.

La position que nous défendrons est celle selon laquelle les médiations ou voies détournées sont, au final, toujours plus marquantes dans la mesure où elles respectent davantage la liberté de l’interlocuteur. Elles ont aussi l’avantage de proposer une explication rationnelle au fait regretté. Dire « je me suis emporté(e) », c’est reconnaître la raison exacte pour laquelle on a pu peiner autrui alors que dire « Je vous prie de m’excuser », c’est solliciter l’effacement de la dette encourue par l’excès. D’une certaine façon, on est plus exigeant vis-à-vis de l’interlocuteur quand on lui demande de nous excuser que lorsque l’on décrit le fait regretté. Dans cette dernière attitude, la dette est absente. On n’est pas sur le même niveau que celui de l’excuse à cet égard. On fait bien plutôt appel à l’empathie et à la compréhension qu’à une décision ou un accord en vue de l’effacement de la dette.

Sur le plan éthique, je pense qu’il vaut mieux proposer à l’interlocuteur d’entrer dans une relation empathique plutôt que de lui imposer la décision ou non de l’effacement de la dette, ce qui le place dans un rapport d’autorité en lui alléguant la place de choix alors que le conflit émerge souvent de rapports d’autorité.

Dans ce cas, et puisqu’il y a lutte, même symbolique, la valorisation d’une position occupée par l’altérité, la reconnaissance du bienfondé de cette position et quand bien même on n'y adhère pas, pourra même valoir l’excuse et exclut le rapport d’autorité puisque la valorisation permet au locuteur d’asseoir sa position. On est sur un plan d’également ou hors-autorité.

Voilà, après le « pardon », quelques pistes que je souhaite livrer en vue d’un débat d’idées.

Je vous remercie et vous dis : "A demain !"

CL.

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Cathy Leblanc

Maître de Conférences en Philosophie

Université Catholique de Lille

Responsable des Relations Internationales

de la Faculté de Théologie

et de l'IPSR

2005leblanc - Copie

 

 

 

 

 

 

Pour tout contact ou toute question :

cathy.leblanc2@wanadoo.fr

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  • : Cathy Leblanc
  • : philosophie souffrance linguistique Heidegger barbarie Littérature
  • : La philosophie peut parfois sembler déconnectée de la réalité et j'ai voulu construire ce blog en vue de montrer comment, à partir du monde vécu s'élabore un problème philosophique. Les articles proposés sont de petites tailles et facilement compréhensibles. Le thème qui les relie le plus souvent est l'un de mes thèmes de recherche : "la barbarie ou les dénis d'humanité", thème que j'ai abordé en premier lieu à partir de la problématique heideggerienne de l'être.
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A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Folio, 1989, p.58

Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.

Salon de lecture

Roman sur l'écriture de la mémoire :

Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Paris, Grasset, 2009.

Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.

L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et  écouter le biographe, lui aussi mû par un récit... 

Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.

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