Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 20:53

Chers amis,

Suite à la publication de mon dernier article qui visait à éclairer les jeunes qui s'intérrogent sur le sens à donner à leur existence à travers leur avenir professionnel, et donc sur cet avenir professionnel, j'ai reçu un courrier de Monsieur Karl Thir qui a participé au colloque sur le pardon que j'ai organisé en Mars dernière à Lille.

Je vous livre ce texte qui est une excellente traduction et une sélection très judicieuse de l'oeuvre de Victor Frankl. Le premier de ces extraits arrive dans le prolongement de la réflexion sur le choix professionnel. Le second texte porte plus spécifiquement sur notre responsabilité vis à vis du sens de notre existence. Je remercie très vivement Monsieur Karl Thir pour cette très pertinente contribution.

 

Extrait n° 1

L´homme n´est jamais – achevé – mais il est toujours en train de se faire, de devenir. Quant à l´homme il y a divergence entre l´être d´un côté et le pouvoir et le devoir de l´autre côté. Cette distance entre existence et essence est propre à tout être humain en tant que tel. Dans la mesure où c´est le sens de l´être humain de réduire cette divergence, de diminuer cette distance – en un mot : de rapprocher l´existence à l´essence il faut bien remarquer un fait : le fait qu´il n´est jamais question de « l´ » essence, par exemple de l´essence « de l´ » homme que l´homme devrait réaliser, représenter, mais que c´est, au contraire, de sa propre essence qu'il s'agit ; ce dont il est question, c´est la réalisation des valeurs qui est réservée à chaque individu.

La devise « deviens qui tu es » ne signifie pas seulement : Deviens qui tu peux et dois être – mais aussi : deviens celui qud seul toi peux et dois être. Il ne s´agit pas seulement d´être un homme, mais aussi d´être moi-même.

Si le sens de la vie consiste dans le fait que l´homme réalise uniquement sa propre essence, il va de soi que le sens de l´existence ne peut être que concret ; il est valable seulement ad personam – et ad situationem (car ce n´est pas seulement à chaque personne mais aussi à chaque situation personnelle que correspond son accomplissement de sens respectif).

La question du sens de la vie, on ne peut la poser que concrètement, et n´y répondre qu´activement : répondre aux « questions de la vie » signifie de toute façon en répondre, effectuer les réponses. (Viktor Frankl, Der leidende Mensch / L´homme souffrant)

 

Extrait n°2

Viktor Frankl (1905-1997), disciple des pères de la psychologie des profondeurs autrichiens Sigmund Freud et Alfred Adler, a forgé, sous l´influence de l´anthropologie philosophique de Max Scheler, dès 1927 sa propre psychothérapie, la logothérapie (thérapie à l´aide du « lógos » = sens [ancien grec]). Selon Frankl la motivation fondamentale de l´homme n´est ni la « volonté de plaisir » (qu´il attribue à la psychanalyse) ni la « volonté de pouvoir » (concept de l´analyse individuelle) mais la « volonté de sens ». En tant que « personne spirituelle » ou « personne noétique » l´homme dépasse la facticité de la dimension psycho-physique et peut être caractérisé par le terme « existence ». Comme existence, la personne est libre de choisir ses actes et par ses actes son avenir personnel - sur ce point, Frankl est d´ accord avec M. Heidegger et K. Jaspers qu´il a aussi rencontrés personnellement. Mais la personne est aussi responsable : responsable des possibilités de sens qui attendent que la personne les découvre et réalise. L´existence est donc ouverte sur le « logos », le sens. Mais ni l´homme ni le thérapeute ne peuvent inventer n´importe quelle signification, c´est seule la conscience morale qui peut intuitivement saisir le sens particulier – le sens d´une personne concrète dans une situation concrète qui varie de jour en jour et d´heure en heure. Le rôle de la logothérapie n´est pas de décider autoritairement du sens ou du non-sens d´une situation et de la valeur ou de la non-valeur d´une action, mais il consiste à encourager l´homme à se rendre compte de sa liberté et de sa responsabilité. Ainsi l´homme ayant trouvé un sens à sa vie peut mieux affronter les épreuves du destin, expérience que Frankl lui-même a faite dans les tourments de quatre camps de concentration (de 1942 à 1945).

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Cathy Leblanc

Maître de Conférences en Philosophie

Université Catholique de Lille

Responsable des Relations Internationales

de la Faculté de Théologie

et de l'IPSR

2005leblanc - Copie

 

 

 

 

 

 

Pour tout contact ou toute question :

cathy.leblanc2@wanadoo.fr

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Présentation

  • : Cathy Leblanc
  • : philosophie souffrance linguistique Heidegger barbarie Littérature
  • : La philosophie peut parfois sembler déconnectée de la réalité et j'ai voulu construire ce blog en vue de montrer comment, à partir du monde vécu s'élabore un problème philosophique. Les articles proposés sont de petites tailles et facilement compréhensibles. Le thème qui les relie le plus souvent est l'un de mes thèmes de recherche : "la barbarie ou les dénis d'humanité", thème que j'ai abordé en premier lieu à partir de la problématique heideggerienne de l'être.
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Clin d'oeil...

A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Folio, 1989, p.58

Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.

Salon de lecture

Roman sur l'écriture de la mémoire :

Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Paris, Grasset, 2009.

Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.

L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et  écouter le biographe, lui aussi mû par un récit... 

Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.

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