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Le soupçon…
Voilà quelques années maintenant que je travaille sur la thématique de la déportation. J’ai commencé alors que j’étais professeur d’anglais à Lille 3 et je continue maintenant alors que je dispose d’un poste d’enseignant-chercheur qui me permet de bénéficier du soutien de l’institution dans laquelle je travaille pour l’organisation de mes travaux et mes projets de colloques. Depuis de nombreuses années j’explore les tenants et les aboutissants de la déshumanisation et il est un thème sur lequel je reviens alors, de façon systématique : celui de la catégorie. C’est par l’identification de certaines catégories que l’on peut ensuite les exclure. Le travail d’identification constitue alors un acte de langage qui vient modeler la réalité fléchée. Par exemple on emplit un signifié donné de réalités supposées. C’est le fonctionnement même du soupçon. Le préjugé s’invite de la même façon.
La catégorie fléchée répond alors irrémédiablement aux traits définitionnels qu’on lui a apposés et imposés. Elle devient comme engluée dans une toile d’araignée là où le fil soigneusement tissé vient transformer son identité.
Beaucoup d’exemples se prêtent à l’exercice. Si l’on réfléchit à l’image de l’immigré que la xénophobie vient mettre sur la scène, on trouve facilement les traits définitionnels qui vont l’exclure. Il constitue une menace pour une société se sentant légitime mais dont la xénophobie est tout sauf légitime. L’image du Juif a suivi le même modèle : on lui appose toute une série de préjugés qui vont perdurer, comme celui selon lequel il est riche. Mais dans la société française contemporaine on trouve aussi d’autres exemples. Il est tout sauf évident de montrer la sincérité dans laquelle on travaille quand c'est dans une institution universitaire dite "catholique" à des personnes qui sont convaincues que les milieux catholiques s'adonnent nécessairement à la spéculation et au prosélytisme. Comment prouver le contraire ? Comment prouver la sincérité d’une intention ? Comment contrer les soupçons et faire valoir la sincérité de sa démarche ?
Tous ces préjugés viennent fragiliser les catégories qu’ils touchent. Un préjugé est blessant. Le soupçon est blessant. J’ai pris des exemples très différents mais ils convergent tous vers une même réalité : le sentiment d’exclusion et l’acte de langage visant à exclure sont destructeurs. L'esclusion et le sentiment qu'elle procure sont destructeurs et garants de déshumanisation. Je m’interroge aujourd’hui sur la manière de contrer ce type de destruction et sur la manière de proposer un dépassement du préjugé. Si ce dépassement avait été possible dans les années 30, il n'y aurait pas eu de génocide car le nationalisme et la haine n'auraient pas eu de prise. Comment faire comprendre cela ?
Le travail que j’effectue aujourd’hui, en réfléchissant, à partir de colloques, de séminaires, d’articles sur la barbarie de A à Z, vise à rassembler les mondes dans leur différence et leur singularité et faire en sorte qu’un dialogue constructif puisse avoir lieu, un dialogue qui n’exclut personne, où chacun est le bienvenu, et qui soit capable de trouver de l’intérêt dans la différence.
Je vous remercie de votre soutien sincère et incessant.
Maître de Conférences en Philosophie
Université Catholique de Lille
Responsable des Relations Internationales
de la Faculté de Théologie
et de l'IPSR
Pour tout contact ou toute question :
A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que
le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des
Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture,
Paris, Folio, 1989, p.58
Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la
parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis
longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un
instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.
Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.
L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien
résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et écouter le biographe, lui aussi mû par un
récit...
Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.
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