Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 22:37

Communauté : Comprendre la Barbarie

Les aventures de Monsieur et Madame Marchand (suite)

J’aimerais m’arrêter ici sur une action qui a semblé bien invisible et bien discrète et qui a pourtant été déterminante quant à la réussite du congrès de l’amicale de Mauthausen qui s’est tenu à l’Université Catholique de Lille des 12 au 14 novembre dernier.

La préparation de ce congrès a nécessité, on s’en doutera, beaucoup de soin, beaucoup de démarches auxquelles s’est adonnée votre humble scribe. Il faut dire que l’Université Catholique a prêté gratuitement ses locaux pour l’occasion, qu’elle a mis un personnel technique, de cuisine et restauration au service du congrès alors qu’ils étaient en congés pour le pont du 11 novembre  et qu’il a fallu rencontrer tout le petit monde de la logistique afin que chacune des actions soit planifiée et bien comprise après les contacts initiaux. Il a également été nécessaire d’assurer le va-et-vient de la parole pour expliquer aux déportés et notamment aux « Espagnols » comment et pourquoi ils pouvaient être reçus dans une institution qui a été qualifiée d’institution d’Eglise.

Mais une action fut décisive qui pourtant resta si discrète que j’ai décidée dans ce petit article de prendre la plume pour l’expliquer.

Ce 29 novembre avait lieu à Villeneuve d’Ascq, un colloque dont le titre était « Déportations en héritage » et qui était placé sous nulle autre présidence que celle de Madame Chombard-de-Lawe. A ma grande surprise, ce fut Marie-Françoise que je rencontrai dès l’abord des bâtiments. Avec son sourire habituel, elle m’explique qu’elle est venue pour essayer de mieux comprendre tous ces déportés qui ont tant souffert. Elle prend un grand nombre de notes, très soigneusement et saura sans nul doute les restituer avec grande exactitude.

Pendant la pause, Marie-Françoise (Madame Marchand) m’explique la manière dont elle a commandé la gerbe qui devait être déposée au monument de la déportation lors des cérémonies du congrès de l’amicale de Mauthausen, le 14 novembre. Avec tout son cœur, elle a pensé que cela toucherait vivement les déportés espagnols de voir les couleurs de leur drapeau et elle a demandé tout spécialement au fleuriste de s’appliquer à produire une composition qui puisse recevoir ces couleurs. Marie-Françoise m’explique aussi comment elle a cousu à la main certaines décorations et comment elle a recherché le violet qui était identique à la couleur du drapeau des républicains espagnols.

Ce moment, quand il peut sembler anodin est essentiel car si  l’émotion est toujours au rendez-vous lors des voyages du souvenir, c’est encore l’émotion qui a conduit Marie-Françoise à imaginer chacun des détails qui allaient faire plaisir aux personnes concernées et les rassembler par cette émotion.

Je voudrais par ce petit article, adresser une reconnaissance et un salut tout particulier à Marie-Françoise et à Jean-Louis : deux personnes aux grand cœur, qui n’ont pas eu la chance « d’aller à l’école » bien longtemps mais qui possèdent le savant secret de leur chaleureuse générosité : je les nomme Docteurs en générosité !   :-)

Tout simplement,

Cathy Leblanc

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Cathy Leblanc

Maître de Conférences en Philosophie

Université Catholique de Lille

Responsable des Relations Internationales

de la Faculté de Théologie

et de l'IPSR

2005leblanc - Copie

 

 

 

 

 

 

Pour tout contact ou toute question :

cathy.leblanc2@wanadoo.fr

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Présentation

  • : Cathy Leblanc
  • : philosophie souffrance linguistique Heidegger barbarie Littérature
  • : La philosophie peut parfois sembler déconnectée de la réalité et j'ai voulu construire ce blog en vue de montrer comment, à partir du monde vécu s'élabore un problème philosophique. Les articles proposés sont de petites tailles et facilement compréhensibles. Le thème qui les relie le plus souvent est l'un de mes thèmes de recherche : "la barbarie ou les dénis d'humanité", thème que j'ai abordé en premier lieu à partir de la problématique heideggerienne de l'être.
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A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Folio, 1989, p.58

Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.

Salon de lecture

Roman sur l'écriture de la mémoire :

Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Paris, Grasset, 2009.

Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.

L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et  écouter le biographe, lui aussi mû par un récit... 

Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.

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