Samedi 6 novembre 2010 6 06 /11 /Nov /2010 13:23

Chers amis,

Vous aurez remarqué les changements apportés tout dernièrement à ce blog (www.cathyleblanc.fr) et sa configuration, ainsi que le nouveau titre que je lui ai donné. Ces changements correspondent à une idée plus fidèle de la philosophie qui m’est apparue tout dernièrement. A ce titre je remercie très vivement les personnes qui m’ont rendu ceci possible. Elles se reconnaîtront.

Quand on travaille dans cette matière et que l’on essaie de chercher le sens, sa profondeur, sa portée, son écho, on est finalement confronté à une redéfinition constante de la philosophie. Cette redéfinition s’opère pour moi après beaucoup d’expériences singulières qui se sont présentées surtout relativement à la problématique de la déportation comme vous n’aurez pas manqué de le comprendre.

Il m’apparaît désormais qu’outre une amplitude métaphysique, la philosophie doit surtout veiller à permettre ou sculpter en chacun de nous la possibilité de son propre dépassement. Peut-être est-ce là une reformulation du se-connaître-soi-même. Une certaine idée de la sagesse. Mais cette reformulation m’apparaît aujourd’hui, tout spécialement aujourd’hui essentielle.

En cela elle instaure une nouvelle mesure de la responsabilité quand la responsabilité devient nécessité d’une tension constante vers un idéal qui peut être à la fois éthique, esthétique, politique, mais aussi et surtout affectif, sentimental, sensible. Ouverture oblige.

Je reste convaincue que l’exercice philosophique ne s’effectue pas indépendamment de ce que maints auteurs ont nommé les passions. Et revenue d’un périple très sensible lui aussi, dans les camps de concentration autrichiens, ayant été le témoin d’un travail spécifique du souvenir, il m’apparaît très clairement désormais que la dimension herméneutique que l’on prête à l’interprétation de l’histoire, des faits vécus, des histoires singulières, des récits de vie, ne saurait s’affranchir de la dimension sensible du comprendre. Aussi le « je comprends » affectif peut-il se confondre au « je comprends » rationnel (je comprends la démonstration d’un problème d’algèbre par exemple).

Aussi l’herméneutique de la barbarie devient-elle fondamentalement dépendante d’une capacité qui peut se travailler et être guidée comme elle le fut pour moi, à la générosité de cœur, à la tolérance, à un savoir maintenir le jugement éthique en retrait tout en veillant à rester soi-même constamment un être éthique.

Cette forme d’acceptation devient la condition indispensable de la distance dont parlait Pythagore quand il définissait le philosophe comme celui qui ne prend pas part aux jeux dans l’arène, comme celui qui ne mise pas sur les vainqueurs, mais bien comme celui qui se tient en retrait.

Il m’apparaît désormais que ce retrait n’est possible que sur fond de sensibilité alors que je croyais jusqu’à présent qu’au contraire il n’était possible qu’à travers un certain exercice de la rationalité si bien que la sensibilité devient ou semble devenir prépondérante sur la seule rationalité.

Je voudrais encore préciser que sans destinataire, ce message n’aurait pas de sens. Je vous remercie donc pour le sens que vous contribuer à lui donner.

Très sincèrement,

CL.

 

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Cathy Leblanc

Maître de Conférences en Philosophie

Université Catholique de Lille

Responsable des Relations Internationales

de la Faculté de Théologie

et de l'IPSR

2005leblanc - Copie

 

 

 

 

 

 

Pour tout contact ou toute question :

cathy.leblanc2@wanadoo.fr

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Présentation

  • : Cathy Leblanc
  • : philosophie souffrance linguistique Heidegger barbarie Littérature
  • : La philosophie peut parfois sembler déconnectée de la réalité et j'ai voulu construire ce blog en vue de montrer comment, à partir du monde vécu s'élabore un problème philosophique. Les articles proposés sont de petites tailles et facilement compréhensibles. Le thème qui les relie le plus souvent est l'un de mes thèmes de recherche : "la barbarie ou les dénis d'humanité", thème que j'ai abordé en premier lieu à partir de la problématique heideggerienne de l'être.
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Clin d'oeil...

A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Folio, 1989, p.58

Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.

Salon de lecture

Roman sur l'écriture de la mémoire :

Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Paris, Grasset, 2009.

Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.

L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et  écouter le biographe, lui aussi mû par un récit... 

Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.

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