Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 16:28

Communauté : Comprendre la Barbarie

 

Conscience, ma conscience je t’aime parce que tu me constitue et que le lien qui me lie à toi est libre. Chaque jour, à l’abri du tumulte, du bruit, tu m’indiques la voie. Et quand bien même il n’y a pas de signalisation au carrefour des grands moments de la vie, tu m’éclaires et me guides. Conscience, ma conscience parfois je me retourne sur une obscurité, un nuage et je me parle, m’interrogeant et projetant par là même de la lumière sur la route à venir. Il n’y a pas de bon chemin, il n’y a que les chemins que l’on se construit et qui mènent quelque part. Là où je pose les yeux, je peux regarder fermement le reflet de mes décisions, les voir croître, en constater le bonheur, en éprouver de la fierté. Parménide parlait de la vérité au cœur sans tremblement : où que je me tourne je fais face paisiblement à mes décisions, j’approuve leur conséquence et l’effort qu’elles nécessitent accroît la lumière sur mon chemin. Conscience ô ma conscience tu me donnes courage et me rends libre à moi-même dans la décision de moi-même, je ne me cherche pas : je me trouve et me retrouve dans la familiarité de ce même. Ne rien laisser de côté, avoir égard, considérer la vie comme une partition et chaque note comme le devoir d’une présence accomplie et d’un engagement à chaque fois rejoué, vibrant de la même force. Conscience ma conscience, merci de m’accorder cette énergie pour l’effort, et le cœur de le suivre, de protéger ceux que j’aime, de pouvoir m’aimer moi-même et ainsi à mon tour de pouvoir aimer les autres, de dispenser tendresse et sollicitude et construire la bonne solitude.

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Commentaires

Bonjour Cathy,
Cette magnifique ode à la conscience permet, entre autre, de comprendre l'importance qu'accorde l'Eglise à la conscience. Ainsi pouvions nous lire dans une déclaration de 1992 intitulée Choix éthiques et Communion ecclésiale " Il n'est pas en son pouvoir (de l'Eglise) de se substituer dans la pratique à la décision ultime des consciences qui demeurent toujours l'instance suprême quand il s'agit d'engagement éthique".
Certes, mais cela ne prévaut que pour une "conscience éclairée" si j'ose dire. La conscience doit être stimulée, éduquée en quelque sorte et c'est là qu'interviennent les acteurs de notre socialisation. A commencer par les parents bien sur. La découverte des limites, l'apprentissage de la liberté, les lois, les transgressions aussi, vont permettre d'acquérir cette faculté à discerner. La conscience n'est pas infaillible et doit s'entretenir, à chacun ses moyens et ses aides, mais pour tous elle est ce qui permet d'assumer ("en pleine conscience") nos actes, d'emprunter ou plutôt de construire ces (ses) chemins (vers la Lumière ?) et à l'inverse de s'écarter des noirceurs de ce monde. Alors oui, doté de cette "conscience éclairée" il est possible, tout comme vous et je vous cite, de : "regarder fermement le reflet de mes décisions".
(apparté : conscience et Amour... nous voilà bien proche du "Discreta Caritad" d'Ignace de Loyola)
Commentaire n°1 posté par Jean-Pierre BARBIEUX le 18/01/2012 à 09h34

Merci beaucoup Jean-Pierre pour ce commentaire enrichissant !

 

Réponse de Cathy Leblanc le 18/01/2012 à 14h28
Quel beau texte, je dirais presque, quel beau poème! Allier la lumière et la solitude, t'aimer toi-même pour aimer les autres, oui, c'est cela que tu choisis en conscience parce que la nuit n'est jamais totalement la nuit, parce que c'est ton choix fait librement. Et c'est pour cela que tes amis t'aiment et t'apprécient.Merci Cathy.

Marie-France Reboul
Commentaire n°2 posté par Marie-France Reboul le 14/01/2012 à 17h31

Merci beaucoup Marie-France. Oui, j'ai beaucoup travaillé sur Parménide qui parle de la vérité au coeur sans tremblement et qui me fait penser au rapport à soi. Etre paisiblement face à soi-même et aimer ce face à face, c'est aussi tendre vers les autres car la conscience est toujours une affaire d'éthique. Je contente que ce texte puisse plaire. Grand merci, Cathy.

Réponse de Cathy Leblanc le 14/01/2012 à 17h35

Cathy Leblanc

Maître de Conférences en Philosophie

Université Catholique de Lille

Responsable des Relations Internationales

de la Faculté de Théologie

et de l'IPSR

2005leblanc - Copie

 

 

 

 

 

 

Pour tout contact ou toute question :

cathy.leblanc2@wanadoo.fr

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Présentation

  • : Cathy Leblanc
  • : philosophie souffrance linguistique Heidegger barbarie Littérature
  • : La philosophie peut parfois sembler déconnectée de la réalité et j'ai voulu construire ce blog en vue de montrer comment, à partir du monde vécu s'élabore un problème philosophique. Les articles proposés sont de petites tailles et facilement compréhensibles. Le thème qui les relie le plus souvent est l'un de mes thèmes de recherche : "la barbarie ou les dénis d'humanité", thème que j'ai abordé en premier lieu à partir de la problématique heideggerienne de l'être.
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A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Folio, 1989, p.58

Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.

Salon de lecture

Roman sur l'écriture de la mémoire :

Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Paris, Grasset, 2009.

Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.

L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et  écouter le biographe, lui aussi mû par un récit... 

Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.

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