Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 23:29

Communauté : Comprendre la Barbarie

Chacun en ce moment est soumis au débat sur la burqa, le voile intégral et je dois prendre la parole pour dire combien ce débat me révolte, ce que j'ai déjà dit sur le blog de Catherine Kinztler. Toute la poésie du monde disparaît dans ce débat et on a l'impression qu'il cristallise ce qui est essentiel aujourd'hui. On ne fait pas de débat sur l'addiction des enfants, petits et grands, à l'Internet où pourtant ils perdent leur liberté et peut-être leur avenir, devenant incapables de se concentrer pendant les heures de classes. On ne fait pas débat sur l'alcoolisme des ados et on n'en parle même pas. On ne fait débat sur les violences faites à l'enfant. Cette année c'est aussi, comme je l'ai dit précédemment le 65ème anniversaire de la libération des camps de concentration. On en parle très peu. Une journée voire deux. On ne parle pas des personnes âgées qui meurent à petit feu dans le froid de leur pauvreté. On ne parle pas des humiliations subies par les étrangers. On ne parle plus du racisme : le débat est tombé aux oubliettes. "Touche pas à mon pot..". un loin écho. On ne parle pas du besoin de dons d'organes, de sang. On ne parle pas de l'illettrisme dans notre beau pays où s'installe une pauvreté digne des pays en voie de développement. On ne parle pas de l'éducation culturelle de l'enfant. On ne parle pas du concours Reine Elisabeth de Bruxelles, des lauréats. On ne parle pas de la situation des personnes qui vivent professionnellement sous contrat à durée déterminée, ne pouvant s'engager dans la vie, faute de pouvoir assumer leurs projets. On ne parle pas du talents des jeunes. On ne parle pas de l'abus de pouvoir lors de certaines gardes à vue où pourtant on n'hésite pas à faire se déshabiller complètement les personnes leur demandant d'enlever jusqu'à leur sous-vêtement. Ma voisine a été victime de cela, là, juste à côté de chez moi mais elle n'y restera pas : elle vend sa maison et part ailleurs, dans un endroit où on ne la détestera pas : elle est étrangère. On ne parle pas des concours de poésie. On ne parle pas de la flotte américaine s'installant aux abords de la Perse. On ne parle pas des souffrances de ceux qui vivent à Gaza. On ne parle pas du déracinement obligatoire de celui que Brassens appelait le juif errant. Non... on parle, on reparle, on nous assomme avec le cas de la femme musulmane qui porte un vêtement qui la couvre en entier et qu'on appelle "voile intégral". On ne se demande pas si son choix exprime une peur. On ne se demande pas si l'adolescente qui veut couvrir son corps a besoin d'aide, a besoin d'accepter celui-ci, a besoin qu'on la rassure sur le bien qu'on lui veut. Non, on va même jusqu'à la soupçonner de terrorisme, toute terrorisée qu'elle puisse être elle-même. On ne questionne pas la vision qu'ailleurs on a de la nudité exposée dans l'Occident. On ne se demande pas pourquoi là, dans cet Occident qui se veut si civilisé on pratique le dévoilement à outrance. On ne se demande pas quel danger court l'adolescente qui incarne la femme objet. On ne la met en garde pas contre elle-même et tout ce que sa jeune silhouette lui promet, lui révèle et qu'il faudrait peut-être aussi cacher un peu. On ne parle pas de l'infidélité, de la fragilité des mariages aujourd'hui, de la difficulté des êtres à continuer de s'aimer et de s'aider malgré les difficultés. On ne parle plus de nos grands-mères qui elles-mêmes se promenaient avec un foulard sur la tête, du voile que portaient les femmes ou de leur beau chapeau pour aller le dimanche à la messe.

Non, on a choisi de passer l'année sur le thème de la femme qui s'enveloppe de son habit pour ne plus laisser voir que la vive expression d'un regard venu du Sud, il y a parfois bien longtemps.
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Commentaires

En lisant ce texte, je pensais à la phrase de Yeats "car l'arrogance et la haine sont les biens négociés sur les routes de la vie".
Commentaire n°1 posté par Marie-France Reboul le 06/02/2010 à 13h25
Ce débat qui n'en ai pas un au sens étymologique du terme, pose en effet bien des questions. L'argument considérant qu'une interdiction vise à protéger les femmes qui la porte est factieux, en effet il existe des lois de la protection de l'individu, il existe des services sociaux, des associations d'aide, etc etc. L'un des problème sous tendu par une interdiction est la nécessecité d'être identifiable. Sauf erreur de ma part, rien dans me droit français n'exige que l'on soit phsysiquement identifiable dans la rue... Mais sans doute que cela est jugé nécessaire par "la politique sécuritaire". A quoi bon mettre des caméras partout si on ne peux identifier les quidams filmés. Nous vivons une période de plus en plus liberticide, nos libertés individuelles sont contraintes, on supprime les juges d'instruction (chose gravissime qui dénie la séparation du pouvoir judiciare de l'exécutif), on stigmatise les fumeurs "croque mitaines" de notre temps, on légifère à tout va,souvent pour "compléter" de façon plus restrictive des lois déjà existantes. l'Etat, n'ayant plus rien à offrir dans un rôle paternel compense par un comportement maternel... On avance, doucettement sur certains sujets, plus rapidement sur d'autres vers la pensée unique. Le "franco correct". Bientôt être français ce sera se fondre dans un moule de comportement et d'idée. Nos "anciens" penseurs, poetes, artistes, philosophes,bref tous ceux qui ont fait la France, patrie des droits de l'homme, berceau de la déclaration universelle, doivent se retourner dans leurs tombes... Si n ous n'y prenons garde, tout comme pour les fromages que l'on tente d'aseptiser au nom d'un modèle unique, nous allons devenir une pâte molle et sans saveur.
Commentaire n°2 posté par Jean-Pierre BARBIEUX le 02/02/2010 à 09h41
Vous avez tout à fait raison. En plein "débat" sur la question de l'identité, nous sommes conduits à la perdre ! La singularité est en péril (cf. Singulier-Pluriel, Jean-Luc Nancy) et l'on a l'impression que désormais tout fonctionne à partir de lois. On a l'impression que plus aucune reconnaissance n'est exprimée vis à vis des domaines qui ne dépendent pas de la loi et qui pourtant constuisent la personne : je pense bien sûr à l'éducation. L'autorité dans ce domaine est comme dissoute, petit à petit, et c'est la loi qui prend le relais au lieu de ré-installer l'éducation au niveau politique, nous installons l'appareil politique dans l'éducation. Nous n'éduquons plus le citoyen, nous y avons renoncé. Pourquoi ? De quoi cela est-il le symptôme ? A-t-on jamais essayé d'expliquer gentillement à la femme couverte que cela peut déstabiliser un interlocuteur ayant une culture différence ? S'est-on adressé à elle avec délicatesse ? A-t-on essayer d'engager le dialogue avec des maris plutôt autoritaires ? A-t-on considéré les cas où la violence domestique impose le voile : a-t-on essayé de parler et de soulager les souffrances des deux époux ? Nous ne faisons pas dans la dentelle ! J'ai eu des classes très difficiles mais jamais, on ne m'a manqué de respect : j'ai toujours essayé de parler et de respecter surtout les personnes que j'avais en face de moi et qui pour beaucoup étaient en souffrance. Alors, expliquons la difficulté que cela nous pose de ne pouvoir nous adresser à un visage, de ne pouvoir lire le sens de ce qui est dit sur le visage qui nous parle. Je suis sûre que nous pouvons, dans ce cas espérer une meilleure harmonie sans mettre cette femme cachée sur la scène du monde.
Réponse de Cathy Leblanc le 02/02/2010 à 09h56

Cathy Leblanc

Maître de Conférences en Philosophie à
l'Université Catholique de Lille
Contact : cathy.leblanc2@wanadoo.fr
Snapshot-of-me-12-copie-1.png
Ceci est un blog de réflexion philosophique
non politique non activiste non engagé. Son
objectif de de faire prendre conscience des
risques qu'encourt notre société, de la
souffrance d'autrui, de l'éthique, de nos
responsabilités. J'ai souhaité qu'il soit lisible
par toute personne quelque soit son
appartenance politique, économique,
sociale, culturelle ou religieuse.

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Présentation

  • : Cathy Leblanc
  • : philosophie souffrance linguistique Heidegger barbarie Littérature
  • : La philosophie peut parfois sembler déconnectée de la réalité et j'ai voulu construire ce blog en vue de montrer comment, à partir du monde vécu s'élabore un problème philosophique. Les articles proposés sont de petites tailles et facilement compréhensibles. Le thème qui les relie le plus souvent est l'un de mes thèmes de recherche : "la barbarie ou les dénis d'humanité", thème que j'ai abordé en premier lieu à partir de la problématique heideggerienne de l'être.
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A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Folio, 1989, p.58

Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.

Article en travail :

- La possibilité du pardon dans l'histoire

Salon de lecture

Roman sur l'écriture de la mémoire :

Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Paris, Grasset, 2009.

Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.

L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et  écouter le biographe, lui aussi mû par un récit... 

Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.

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