Chacun en ce moment est soumis au débat sur la burqa, le voile intégral et je dois prendre la parole pour dire combien ce débat me révolte, ce que j'ai déjà dit sur le blog de Catherine Kinztler. Toute la poésie du monde disparaît dans ce débat et on a l'impression qu'il cristallise ce qui est essentiel aujourd'hui. On ne fait pas de débat sur l'addiction des enfants, petits et grands, à l'Internet où pourtant ils perdent leur liberté et peut-être leur avenir, devenant incapables de se concentrer pendant les heures de classes. On ne fait pas débat sur l'alcoolisme des ados et on n'en parle même pas. On ne fait débat sur les violences faites à l'enfant. Cette année c'est aussi, comme je l'ai dit précédemment le 65ème anniversaire de la libération des camps de concentration. On en parle très peu. Une journée voire deux. On ne parle pas des personnes âgées qui meurent à petit feu dans le froid de leur pauvreté. On ne parle pas des humiliations subies par les étrangers. On ne parle plus du racisme : le débat est tombé aux oubliettes. "Touche pas à mon pot..". un loin écho. On ne parle pas du besoin de dons d'organes, de sang. On ne parle pas de l'illettrisme dans notre beau pays où s'installe une pauvreté digne des pays en voie de développement. On ne parle pas de l'éducation culturelle de l'enfant. On ne parle pas du concours Reine Elisabeth de Bruxelles, des lauréats. On ne parle pas de la situation des personnes qui vivent professionnellement sous contrat à durée déterminée, ne pouvant s'engager dans la vie, faute de pouvoir assumer leurs projets. On ne parle pas du talents des jeunes. On ne parle pas de l'abus de pouvoir lors de certaines gardes à vue où pourtant on n'hésite pas à faire se déshabiller complètement les personnes leur demandant d'enlever jusqu'à leur sous-vêtement. Ma voisine a été victime de cela, là, juste à côté de chez moi mais elle n'y restera pas : elle vend sa maison et part ailleurs, dans un endroit où on ne la détestera pas : elle est étrangère. On ne parle pas des concours de poésie. On ne parle pas de la flotte américaine s'installant aux abords de la Perse. On ne parle pas des souffrances de ceux qui vivent à Gaza. On ne parle pas du déracinement obligatoire de celui que Brassens appelait le juif errant. Non... on parle, on reparle, on nous assomme avec le cas de la femme musulmane qui porte un vêtement qui la couvre en entier et qu'on appelle "voile intégral". On ne se demande pas si son choix exprime une peur. On ne se demande pas si l'adolescente qui veut couvrir son corps a besoin d'aide, a besoin d'accepter celui-ci, a besoin qu'on la rassure sur le bien qu'on lui veut. Non, on va même jusqu'à la soupçonner de terrorisme, toute terrorisée qu'elle puisse être elle-même. On ne questionne pas la vision qu'ailleurs on a de la nudité exposée dans l'Occident. On ne se demande pas pourquoi là, dans cet Occident qui se veut si civilisé on pratique le dévoilement à outrance. On ne se demande pas quel danger court l'adolescente qui incarne la femme objet. On ne la met en garde pas contre elle-même et tout ce que sa jeune silhouette lui promet, lui révèle et qu'il faudrait peut-être aussi cacher un peu. On ne parle pas de l'infidélité, de la fragilité des mariages aujourd'hui, de la difficulté des êtres à continuer de s'aimer et de s'aider malgré les difficultés. On ne parle plus de nos grands-mères qui elles-mêmes se promenaient avec un foulard sur la tête, du voile que portaient les femmes ou de leur beau chapeau pour aller le dimanche à la messe.
Non, on a choisi de passer l'année sur le thème de la femme qui s'enveloppe de son habit pour ne plus laisser voir que la vive expression d'un regard venu du Sud, il y a parfois bien longtemps.
A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que
le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des
Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture,
Paris, Folio, 1989, p.58
Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la
parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis
longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un
instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.
Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.
L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien
résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et écouter le biographe, lui aussi mû par un
récit...
Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.
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