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Nous célébrons aujourd'hui le 65ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz par l'armée russe. C'est un anniversaire qui n'a rien de commun avec les anniversaires que l'on peut célébrer et fêter comme c'est le cas des anniversaires de naissance chez les hommes et même pour les hommes chez des animaux qui peuvent leur être proches.
L'anniversaire de la libération de ce camp est à la fois l'anniversaire de la libération des vies mais aussi par cette libération, l'événement qui permettra dans l'avenir de reconnaître ce dont l'homme a été capable. On n'en finit pas de décrire les tortures, les souffrances et de chercher quel sens il pouvait bien y avoir là, de recenser les faits, les récits aussi singuliers qu'émouvants.
Et pourtant, cela est essentiel car c'est l'intolérance pratiquée à un degré suprême qui permet de poser la mort d'autrui comme solution de vie. Cette mort n'est plus figurée comme dans le cas des menaces que l'on peut entendre proférer ici et là. Elle est concrète. Etat psychique passé à l'acte. Excès, démesure encore.
Les bâtiments où eurent lieu ces infâmes procès, ces crimes douloureux tombent en ruine. Des fissures craquèlent les murs et l'on dit qu'il faut 120 millions d'euros pour les remettre en état. On se pose alors, naturellement, la question de savoir s'il faut remettre en état et ce que cela signifie. On ne reconstruit pas Auschwitz : on préserve les traces d'un fait qui ne doit plus se reproduire. Et le maintien de la vie par l'éducation des faits qui ont eu lieu n'a pas de prix. On ne répare pas Auschwitz. On ne consolide pas les fondations. On ne rénove pas : ce sont les murs de la mémoire qui sont renforcés, réparés. Drôle d'écart entre ces murs-là et les murs du désastre : un entre-deux qui fait toute la différence et qui porte le sens de notre travail à tous aujourd'hui. Pour vivre dans la différence et la faire déférence, pour qu'un jour peut-être l'harmonie et l'amour entre les peuples, entre les personnes puisse prédominer. Fini la guerre, bonjour les concessions. Fini le terrorisme, bonjour le dialogue, la construction dans l'intelligence et dans l'effort d'un idéal acceptable pour tous et pour la vie de tous.
Ce chemin sera long et tient peut-être d'un idéal mais s'il parvient à se construire un jour, il faudra rendre hommage aux victimes qui auront su par leur dépouillement dans la souffrance, leur cri silencieux, leurs voix éteintes, retenir à la fois notre cœur et notre raison, parvenant ainsi à se faire entendre.
Maître de Conférences en Philosophie
Université Catholique de Lille
Responsable des Relations Internationales
de la Faculté de Théologie
et de l'IPSR
Pour tout contact ou toute question :
A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que
le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des
Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture,
Paris, Folio, 1989, p.58
Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la
parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis
longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un
instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.
Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.
L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien
résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et écouter le biographe, lui aussi mû par un
récit...
Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.
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