Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 11:36

Communauté : Comprendre la Barbarie

Après la burqua dont le débat a marqué de notre part, notre indigence intellectuelle notoire (période de crise oblige)et qui rappelle sans détour certaines expressions cartésiennes comme "songe-creux" ou "pense-misère", la question devient aujourd'hui, celle de savoir comment on peut ménager l'accès des adolescentes (car c'est encore des femmes qu'il s'agit) au planning familial. Comment donc, pouvoir garantir la contraception à de très jeunes filles, collégiennes avec le soutien des autorités ? C'est la question qui résume tout le problème et les enjeux de la sexualité adolescente ou pré-adolescente. Pour formuler la chose en termes prosaïques : comment les enfants peuvent-il baiser sans problème ?

 

Pardonnez la vulgarité de cette formulation mais il me semble qu'elle est là aussi à la hauteur ou au manque de hauteur du débat et caractérise notre indigence en matière de générosité intellectuelle. Permettre aux adolescentes d'avoir accès à la contraception est-il le vrai remède aux avortements chez les mineurs ?

 

Je ne vous cache pas que ce débat me choque et me dérange au plus haut point et que la banalisation de l'amour ravalé au simple rang de l'exercice de la sexualité me gène terriblement au regard de la qualité des sentiments et des pensées vers lesquels nous devrions être capables d'orienter notre jeunesse. Peut-être une telle garantie permettrait-elle de réduire le nombre des divorces et la vivacité de la souffrance morale qui peut conduire jusqu'au suicide.

 

La question est donc la suivante : est-ce l'exercice de la sexualité qui conduit au bonheur et au sentiment de plénitude ? Cet exercice est-il au rang des priorités dans la construction de la jeune personne ? Sommes-nous les garants de bons acteurs sexuels ou les responsables de petits êtres bien construits ? Ces questions comprennent leurs propres réponses et je pense que proposer une contraception, l'expliquer amplement et avec maints détails à une population très jeune me semble encourager une pratique sexuelle banalisée en négligeant de former les petites âmes à la poésie qu'elles pourront rencontrer et assumer quand viendra pour elles le temps de construire leur nid. On sépare amour et sexualité en leur apprenant à gérer la différence.

 

On se demande alors pourquoi l'école néglige cette construction de la personne et pourquoi alors qu'elle devrait disposer de moyens intellectuels qu'elle est sensée dispenser, elle se contente de fragmenter les problèmes et de généraliser leur approche. Pourquoi l'école n'aborde-t-elle pas de façon philosophique la problématique du corps, de la maîtrise de soi, de la dignité, la problématique du bonheur qui résulte de choix discernés et réfléchis, la problématique de la réflexion dans la vie de tous les jours, c'est-à-dire aussi celle de l'éthique et du respect de soi-même et d'autrui ? Pourquoi remplace-t-on tout ceci par la mise à disposition de la contraception ? Naturellement nous avons mission de guérir les plaies humaines mais n'a-t-on pas d'abord le devoir et la responsabilité de les prévenir et même d'être les garants de la possibilité d'accéder au bonheur et à la dignité ?

 

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Cathy Leblanc

Maître de Conférences en Philosophie à
l'Université Catholique de Lille
Contact : cathy.leblanc2@wanadoo.fr
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Ceci est un blog de réflexion philosophique
non politique non activiste non engagé. Son
objectif de de faire prendre conscience des
risques qu'encourt notre société, de la
souffrance d'autrui, de l'éthique, de nos
responsabilités. J'ai souhaité qu'il soit lisible
par toute personne quelque soit son
appartenance politique, économique,
sociale, culturelle ou religieuse.

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Présentation

  • : Cathy Leblanc
  • : philosophie souffrance linguistique Heidegger barbarie Littérature
  • : La philosophie peut parfois sembler déconnectée de la réalité et j'ai voulu construire ce blog en vue de montrer comment, à partir du monde vécu s'élabore un problème philosophique. Les articles proposés sont de petites tailles et facilement compréhensibles. Le thème qui les relie le plus souvent est l'un de mes thèmes de recherche : "la barbarie ou les dénis d'humanité", thème que j'ai abordé en premier lieu à partir de la problématique heideggerienne de l'être.
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A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Folio, 1989, p.58

Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.

Article en travail :

- La possibilité du pardon dans l'histoire

Salon de lecture

Roman sur l'écriture de la mémoire :

Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Paris, Grasset, 2009.

Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.

L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et  écouter le biographe, lui aussi mû par un récit... 

Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.

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