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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:42

Du vendredi 9 avril au mercredi 14 avril 2010 ont eu lieu à Weimar, Buchenwald,  Dora et Ellrich, les cérémonies du 65ème anniversaire de la libération de ces camps de concentration et j’ai eu le grand honneur grâce à l’Association Française Buchenwald Dora et son président, Dominique Durand à qui j’adresse ma profonde et sincère gratitude, de pouvoir, en tant qu’invitée, y assister longuement en suivant les anciens déportés dans leur pèlerinage.

C’est en effet le terme qui est employé pour désigner soit le retour sur les lieux des anciens camps, soit la visite dans ces anciens camps. Pour ma part, il s’agit de la première visite et de la découverte du milieu concentrationnaire commencée à Dieppe en octobre dernier. Il s’agissait pour moi d’assurer le rôle de traductrice-interprète auprès d’un ancien déporté canadien qui s’était engagé dans la Canadian Air Force alors qu’il avait vingt ans pour venir combattre l’horreur nazie en France. Ed Carter Edwards était présent à Weimar, à Buchenwald et lors de la journée commémorative à Dora, également. Cette fois encore mon rôle consistait à rester à proximité d’Ed et de sa famille représentée sur quatre générations, afin de leur permettre de comprendre au mieux les paroles qui leur étaient adressées, les excuses, les regrets, des condamnations qui étaient formulées, c’est-à-dire aussi le sens qui, par les mots, était repensé et re-posé dans la volonté constante de faire évoluer un signifié qui peut prendre des formes bien différentes. Il s’agit là d’une volonté de « faire justice » en s’appuyant sur l’acte de langage et en lui conférant toute sa force.

Il faut évidemment bien de la force pour poser de tels actes de langage et pour qu’ils puissent avoir vertu de réparation. Peuvent-ils seulement réparer cette déchirure profonde qui séparent les hommes d’eux-mêmes quand ils sont meurtris par leur chair jusqu’en leur âme ? La réparation n’existe certainement pas mais le pèlerinage, remis chaque année sur le métier, l’anniversaire de la libération répété et répété encore, mis en œuvre et en scène par les volontés de la conscience, assure évidemment un nouveau tissage qui vient dans une certaine mesure panser et penser encore la plaie béante de l’humanité.

Et pour que cette reprise puisse être effectuée, pour que les fils enfin se tendent à partir des pourtours, il faut s’attaquer toujours encore à la déchirure, rappeler les souffrances, les raviver d’une certaine façon, avec les mots, pour qu’enfin tous ensemble nous portions un peu de cette souffrance et l’allégions à l’endroit de nos anciens déportés. Cette reprise collective est ce que l’on dénomme communément par le nom de « travail de mémoire ». Il s’agit alors pour toutes les petites mains artisanes, de s’affairer au grand métier du sens pour le vibrer ensemble et laisser résonner régulièrement les battements de notre cœur commun.

Pour réaliser ce travail de communauté il est nécessaire de se rassembler et nous nous sommes rassemblés, nombreux à Weimar, à Buchenwald, à Dora et enfin à Ellrich. Sur les lieux où se produisirent les plus grandes souffrances, de longs discours ont expliqué le souhait de la responsabilité, le regret, les excuses encore, mais surtout la volonté d’un travail commun pour le maintien de la dignité humaine. Pourtant ces discours et toutes ces cérémonies ont eu lieu par un temps déplorablement froid, un vent glacial, pas le souffle chaud de l’âme en désir mais bien plutôt le râle de la faux. Et sous ce râle encore, la résistance eut lieu : les visages tuméfiés de nos vieux camarades se plissaient sous la brûlure du blizzard. De nouveau la souffrance était présente chez eux comme chez nous qui la découvrions, pour ainsi dire, et certains durent regagner des endroits chauffés au risque de leur santé. Aujourd’hui, je me demande quel est le sens de cette souffrance-là : était-elle le facteur de sympathie par laquelle tout se partage ? Etait-elle la condition d’une compassion possible ? C’est un peu comme si chacun devait payer sa part pour vibrer dans cette même tonalité, à l’image d’une re-naissance dont il fut question dans le discours du ministre de la justice allemand, chaque anniversaire devenant alors une re-naissance accompagnée non des douleurs de l’enfantement pour la terre qui l’engendre, mais des bribes d’un écho toujours en résonnance. Le signifié. La trace. Le double entendre. La rose blanche posée avec délicatesse sur la table est entourée d’un fil de fer. Lors de la cérémonie on appelle les déportés, un à un pour leur remettre un certificat. Sur le camp d’Ellrich figure un panneau qui précise qu’au-delà de sa limite, chacun entre là à ses risques et périls. Etc. etc.

C’est donc bien au sens qu’il faut s’adresser pour espérer un jour pouvoir frémir sous les rayons d’un soleil chaleureux dans une terre devenue fertile d’humanité. Le sens, toujours le sens. La reprise. La déchirure. Un problème se pose : celui de l’Histoire. Si le sens est présent dans l’histoire que l’on écrit et à laquelle on travaille, inlassablement et rigoureusement, cette même Histoire, discipline des disciplines, n’est pourtant jamais que collective. Elle est l’histoire des hommes, l’histoire des pays, l’histoire de l’humanité : plurielle. Et le résistant, le déporté, le communiste, le Juif, le Tzigane, l’enfant, par son récit, de réclamer de toutes ses forces, la reconnaissance de sa propre et unique singularité, celle qu’on lui refusait en l’inscrivant sur un registre et en lui remettant un numéro pour toute identité possible. La commémoration permet-elle vraiment de contenir la démesure de l’unique, cette singularité qui déborde de son être pour avoir été privée de l’habiter ?

Démesure est bien le terme et c’est encore la démesure qui nous accueille au sein de ce rassemblement quand celui-ci vibrant de toute sa force, manifeste dans le commun rassemblé, une émotion indicible, une joie sublime et profonde : celle que procure la jouissance de la vie et du partage de la communauté en liberté.

 

 

 

 

 

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 12:18

Depuis quelque temps, chacun aura remarqué que le mot « république » est re-devenu à la mode et il nous incombe de réfléchir sinon sur son contenu, tout au moins sur sa fonction. Nous parcourrons donc quelques exemples pour essayer d’en comprendre non pas le sens mais l’usage.

On invoque donc la République au nom du principe de liberté quand on veut protéger les dessinateurs de caricatures qui ont heurté des règles du Coran, règles concernant une pratique religieuse donc, en représentant Mahomet dans une feuille de choux. Mais on invoque encore la République quand on veut interdire un chroniqueur de faire la caricature des personnages politiques du moment et qui participe du fonctionnement de la dite République. Dans ce cas on ne parle plus de principe de liberté mais d’outrage à certaines pratiques politiques. Comment s’y retrouver ?

On invoque la République pour défendre le principe de laïcité dans les écoles, on appelle encore ce principe « principe de la République ». Il a pour fonction d’éviter l’intrusion des entités religieuses dans les sphères dites publiques. Mais on invoque pourtant le principe de solidarité républicaine quand on lance des appels aux dons que des associations comme le secours catholique ou la croix rouge vont centraliser pour apporter leur aide. Notons que la Sorbonne a bien gardé son nom : l’université crée par Robert de Sorbon, théologien de Cambrai et confesseur du roi Saint Louis. Comment s’y retrouver ?

On invoque la République pour interdire certaines tenues en ville, notamment une tenue religieuse portant le nom de burqua (on n’a pas encore interdit les pères noël en décembre) et on a récemment trouvé à formuler les raisons de ce principe : en République tout le monde doit pouvoir s’identifier. Au nom du principe de garantie des libertés, on est également privé du droit de sourire sur les photos d’identité ou encore de porter une frange qui couvre le visage sur ces mêmes photos. L’obligation de tirer la tranche s’inscrit dans la protection de nos libertés, comprenons-le bien. Sourire peut désormais être délictuel. Le sourire ne ferait donc pas partie de l'identité.

Ce matin la radio annonçait encore que la République allait rétablir ses droits dans les banlieues. Elle n’y serait plus présente. On comprend que la République signifie ici une certaine idée de l’ordre. Là où la criminalité sévit, la République n’est pas présente. Pourtant la République ne saurait pas se réduire à l’ordre public. Et chacun, chacune en France, soit-il français ou non, n’adhère pas à cette vision du pays dans lequel il ou elle vit. Une communauté de pensée s’institue donc pour créer un code qui fasse acte autour du mot « république ». Quant à l’expression « République des Lettres », elle est elle, tombée en désuétude.

Ma question est la suivante : n’est-on pas en train d’utiliser ce terme « République » dans un esprit nationaliste, exclusif ou excluant, et qui rassemblerait l’opposition à l’altérité ? L’usage qui se fait aujourd’hui, tout azimut, du mot « République » n’est-il pas en train de nous attirer dans une forme d’ultra-nationalisme et d’intolérance ? Y-a-t-il encore partage, charité et goût de la différence au cœur de cette « République » ?

En effet, pourquoi n’utilise-t-on pas simplement le mot « constitution française » quand on veut indiquer une violation ? Pourquoi n’utilise-t-on pas l’expression « ordre public » pour dénoncer les excès ? Le mot « république » se gonfle d’une vacuité bien dangereuse à être ainsi mis à toutes les sauces.

Cathy Leblanc

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 16:07

Le week-end dernier, se sont réunis à Angers, quelques quatre cents participants désireux de réfléchir sur le respect. L’événement était organisé par l’Université Catholique de l’Ouest et rassemblait des membres, étudiants, personnels des cinq universités catholiques de France et de Navarre. L’ambiance était très conviviale et chaque participant avait choisi des ateliers correspondant à des aspects de la notion qu’il souhaitait approfondir.

Je sors d’une tradition laïque très marquée puisque j’ai enseigné douze ans à l’Université de Lille 3 et que j’ai aussi transité par l’Université d’Artois et j’occupais un poste d’observation à partir duquel je pouvais comprendre ce qui était là en train de se construire.

J’ai souvent essayé d’aider les étudiants, j’ai souvent été soucieuse de leur transmettre un enseignement de qualité dans une bonne atmosphère mais je me suis souvent posé des questions face à l’absence d’espérance ou même d’ambition qui habitait ces étudiants. En début d’année, je demandais aux étudiants de me faire une petite fiche, afin de mieux les connaître, d’avoir leur coordonnées pour communiquer avec eux ou encore connaître leurs attentes. Entre autre, je leur demandais à quel rêve professionnel ils se vouaient. Mais le simple emploi du mot rêve dans le cadre d’une projection professionnelle les faisait sourire et manifester leur surprise. Un jour un étudiant m’a même dit que l’on avait plus le droit de rêver. J’avais donc décidé de transmettre mon enseignement en faisant en sorte d’amener les étudiants à prendre confiance en eux, à leur montrer qu’ils pouvaient réussir et éprouver de la satisfaction vis-à-vis de leurs réalisations. C’était nouveau. Mais je pense qu’une telle approche n’aurait pas été possible si j’avais directement traité du thème de la confiance en soi. Ce n’est que je façon transversale que la confiance est devenue une donnée essentielle de la relation pédagogique. Ceci correspond à ce que Dewey a nommé la vertu des savoirs collatéraux : c’est à partir de la différence que je m’adresse au même.

Lors des rencontres inter-cathos sur le respect, j’ai rencontré un public de jeunes très différents : des jeunes qui étaient encore capables de s’amuser simplement, d’éprouver la joie, des jeunes qui sourient et sont nourris d’espérance. Je me pose donc la question de la différence. En même temps, je m’inquiète de voir une partie de cette jeunesse étudiante qui n’est plus capable de cette joie et qui est quelque peu désabusée. Pour quelle raison les jeunes de l’université publique se trouvent-ils dans cet état de souffrance et de solitude, cette même solitude dont m’avaient fait part des étudiants ERASMUS il y a quelques années.

J’ai constaté à l’Université Catholique de Lille, le déploiement d’un geste chrétien : le déploiement de la compassion pour la personne, de la charité aussi, la possibilité d’une communauté de prière. Dans l’Université publique aujourd’hui, le principe se veut démocratique mais est-il humain pour autant ? Est-il ressenti de cette façon ? Dans le respect des règles fondamentales de la laïcité, y-a-t-il dispensation d’un suivi émanant d’un effort visant à accompagner le jeune ? Ou bien la laïcité telle qu’elle est conçue ne risque-t-elle pas de rompre certains liens communautaires ? Où commence le religieux ? Où finit le traditionnel ? La limite n’est pas manifeste. Mais il reste que la tradition peut « rassembler » autour de fêtes, d’événements où l’on célèbre, où l’on s’amuse.

Alors voilà, je crois qu’une très grande responsabilité nous incombe à tous : celle de rompre la solitude de nos étudiants et de montrer que par-delà nos croyances soient-elles religieuses ou politiques, par-delà nos pratiques, soient-elles religieuses ou politiques, par delà nos clivages, soient-ils religieux ou politiques, nous avons le devoir d’accompagner une jeunesse qui rencontre aujourd’hui les pires difficultés d’un temps de crise où les séniors sont remis au travail et où les jeunes sont condamnés à manquer l’autonomie financière et affective dont ils devraient pouvoir jouir.

Proposition

Ma question en ce moment est la suivante : étant donnée la désagrégation sociale, ne pourrait-on, comme forme de lien pédagogique, envisager un lien amical de telle sorte qu’il donne à l’étudiant le sentiment d’être écouté et suivi et de telle sorte qu’il ressente que ce qui lui arrive importe à l’autorité. Que ce qui arrive à autrui m’importe rend à la fois l’événement et la personne inscrite dans l’événement importants.

Il ne s’agit pas de déresponsabiliser la jeunesse mais seulement de soulager une souffrance patente et de rendre confiance en une relation complètement abandonnée aujourd’hui : celle de l’autorité comme garantie.

 

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 18:21

Eléments pour une réflexion sur des pratiques qui à première vue n’ont rien de spirituel.

 

Glissement de temps ? L’exercice spirituel constituait pour la pensée antique, la base même de la construction de soi. N’oublions pas que l’oracle de Delphes était formulé sous les traits d’une injonction : connais-toi toi-même, base d’un exercice portant des fruits à la fois personnels et communautaires. L’exercice de méditation religieuse invite tout également à l’examen du soi et à l’adaptation d’une conduite éthique où les actes s’adaptent aux réflexions issues de la méditation.

Dans un monde où la rapidité, l’efficacité, la logistique, la stratégie, la compétition, sont présents au quotidien dans la vie des hommes, a-t-on encore le loisir de s’adonner à des pratiques ayant pour objectif de construire ce soi ? En d’autres termes, l’exercice spirituel, religieux, philosophique ou littéraire a-t-il encore sa place et son prestige dans nos sociétés ou celles-ci ne se sont-elles pas au contraire engagées dans des pratiques utilitaires et instrumentales qui les éloignent de la réflexion ?

Si le développement des moyens de communication permet en effet, de couvrir un espace géographique beaucoup plus important qu’il ne le fut à toute autre période de l’histoire, le temps restant à l’homme pour regarder et prendre la mesure de ce qui se construit en lui, s’amenuise de plus en plus et cela transparaît dans plusieurs domaines : celui de l’expression orale et écrite. Les enfants utilisent désormais un langage SMS qui fait de l’orthographe une lointaine chimère. La façon dont on s’adresse désormais à autrui, dans les administrations, dans la rue pour demander quelque chose, semble devoir désormais répondre à un impératif : être brève, nette, précise, efficace. Par suite l’écoute, à la fois en tant qu’exercice et capacité, devient dérisoire. Que reste-t-il donc à l’homme pour continuer toujours de se construire lui-même s’il n’a plus à sa disposition un discours reposant sur des règles bien ordonnées, un temps de parole libre de se déployer et la capacité d’écouter autrui ?

 

L’orthographe comme exercice spirituel

 

L’orthographe comporte une série d’éléments qu’il faut savoir combiner, conjuguer et reproduire pour que la procédure énonciative réussisse. La connaissance de l’orthographe implique une mémorisation de ces éléments comme des règles qui régissent  leur combinaison. L’orthographe enseigne l’ordre. Il enseigne tout aussi bien l’obéissance à la règle et la capacité de cette obéissance. De plus il sollicite des capacités mémorielles qui permettent de structurer l’esprit et se développent à mesure qu’elles sont sollicitées.

L’orthographe n’est donc pas un simple ajout formel ou un champ de connaissances qui finalement n’aurait pas une si grande importance que cela, l’orthographe constitue un véritable exercice spirituel à la portée de l’enfant.  

Il sera alimenté par les lectures diverses, variées mais de qualité qui ouvriront sur un univers non plus seulement autoritaire mais ludique. La manière dont tel ou tel auteur joue avec les mots montrera comment ce jeu est possible et incitera l’enfant ou l’adulte à produire son propre jeu.

La perte de l’orthographe est l’expression de l’absence désormais dans nos sociétés d’une capacité sachant se plier à la règle, d’une capacité ordonnatrice. Les expressions peuvent en être la violence, l’incivilité, c’est-à-dire des comportements au cœur desquels l’humain ne sait plus se plier à la règle pas plus d’ailleurs qu’il n’a d’idée du bonheur et de l’harmonie que la dite règle peut procurer.

 

Etre bref

 

La possibilité de déployer le langage selon des normes précises et ordonnées a cédé la place à une contrainte nouvelle et pesante : celle d’être bref. Poser sa question en peu de mots. Se présenter en peu de mots. Se justifier en peu de mots ou ne pas le faire.  Le peu engendre l’impatience qui se conjugue maintenant avec la violence. L’espace de création discursive devient un espace utilitaire. On ne fait plus références aux personnes à l’aide d’adjectifs ou d’expressions savamment choisis, mais à l’aide de lettres et de cycles. C’est ainsi que l’on en vient à rencontrer les SDF qui n’ont même pas le droit à la voyelle.

Le mail est également conçu pour faire vite et court si bien que souvent, les formules amicales ou de politesse disparaissent. Le formalisme qui est aussi une esthétique de l’être ne répond plus à l’impératif temporel : dis ce que tu as à dire en un minimum de mots.

La brièveté ainsi installée prive l’exercice rhétorique de ses vertus pédagogiques. Le détour, l’introduction, l’ouverture dans le discours, dans les discussions, l’interrogation, l’interro-négation, tout cela aussi entrait dans le champ de l’exercice spirituel à la portée de tous.

 

L’écoute

 

Par suite, la capacité d’écoute disparaît et la surdité –et ceci n’est pas seulement une métaphore- s’installe. Les adolescents de nos sociétés endommagent en effet leurs tympans, ne pouvant trouver la plénitude de leur être dans le déploiement du discours, ils la provoquent dans une sorte de griserie ou de transe provoqués par le volume sonore de ce qu’ils écoutent.

L’écoute, c’est aussi une capacité de se tourner vers autrui et de se placer dans une disposition telle qu’elle permette de saisir le sens du monde, des choses, de ce qui nous entoure.

L’écoute est ainsi à la base du souci de l’autre. Elle est constitutive de l’attention. Sans écoute, l’individualisme prend le pas sur la solidarité, l’égoïste sur l’altruisme. Le soi devient centre du monde, le soi de ses désirs, de ses tendances, de ses faiblesses aussi. Ainsi l’addiction n’a-t-elle aucune difficulté à trouver sa place dans ce système de l’absence.

 

Proposition

 

Ré-invitons à l’orthographe, à la rhétorique, à la musique, nous ferons de meilleurs citoyens.

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 23:34

Le titre que j'ai choisi pour cet article fait écho au séminaire de Gérard Guest (cf. site "paroles du jour"). Une fois n'est pas coutume, je parlerai aujourd'hui de quelque chose qui m'est également personnel et qui touche à l'auteur sur lequel j'ai choisi de faire mon DEA et ma thèse de Doctorat : Martin Heidegger.

Ce qui m'a touché le plus dans la pensée de Heidegger est la manière dont il conçoit la vérité, en remontant à la célèbre aletheia qui donne à se représenter le voile de l'Être et à penser, avec ce voile, le mystère de l'Être. Chez Heidegger, j'ai encore trouvé toute une pensée de l'écoute qui allait delà des simples théories de la perception. La langue (die Sprache), quant à elle, devient "la maison de l'Être" si bien qu'elle prend une dimension poétique toute particulière. J'ai également trouvé grand intérêt dans ses premiers écrits sur Duns Scot et en son traité intitulé Etre et Temps aujourd'hui utilisé en psychiatrie parce qu'il fournit une fine analyse des catégories de l'existence et qu'il peut aider des personnes ayant été victime d'un traumastisme dévastateur à retrouver du sens. De même l'art-thérapie est en parfaite conformité avec la pensée heideggerienne du poétique.

Heidegger a vécu à une époque très troublée, peut-être la plus troublée que toute l'histoire de l'humanité ait connu avec l'invention de l'extermination en masse. En 1933, il fait le mauvais choix et adhère au parti nazi. Il devient aussi recteur de l'Université de Fribourg-en-Brisgau. Mais refusant de fermer la porte de son université aux Juifs, il démissionne, en 1934. Il écrira également au Ministère nazi pour demander qu'aucun mal ne soit fait au Professeur Husserl : cette lettre est visible au château de Messkirch, musée Heidegger situé dans sa vile natale. Tous les détails se trouvent dans un ouvrage écrit par un biographe sérieux nommé Rüdiger Safranski. Son livre Heidegger et son temps, Paris, Le livre de Poche, 1996. La vie de Heidegger pendant la guerre n'est pas une partie de plaisir et il ne prend pas part aux actes barbares. Il ne les soutient pas non plus : il s'exprimera à propos du biologisme de façon très claire. Ses fils sont prisonniers sur le front russe (cf. La dévastation, l'attente). Mais il continue de penser que l'Allemagne est le pays qui a hérité de la plus grande culture et le thème du national est présent dans son œuvre. Entendre dire, comme cela est le cas aujourd'hui, que Heidegger fut un nazi, cela mène directement à penser que non seulement il était antisémite, mais qu'il soutenait le génocide, ce qui n'était pas le cas. Plaquer sur chacun des moments de sa pensée des interprétations à orientation nazie, c'est donc faire preuve d'une grande malhonnêteté intellectuelle. Il fallait donc rétablir la vérité et des spécialistes l'ont fait dans Heidegger à plus forte raison. Ont signé cette œuvre, rien moins que Marcel Conche, Françoise Dastur, Pascal David, François Fédier, Gérard Guest ou encore Hadrien France-Lanor pour citer les plus connus. Pardon à ceux que je ne cite pas. Les éditions Fayard ont publié cet ouvrage parce que les éditions Gallimard l'ont refusé, menacées qu'elles ont été de procès pour négationnisme. L'histoire va loin et la haine aussi. Mais pourquoi ? Pourquoi veut-on faire de "l'être-pour-la-mort", sens que Heidegger donne à l'existence et qui provient d'une mystique médiévale, le stigmate du prisonnier du camp de concentration ? Heidegger a écrit cet ouvrage alors que sa mère était sur son lit de mort. La vie devient tout ce qui nous sépare de cette mort et aussi tout ce qui nous remplit, tout le sens qui est là, mis à notre disposition, à la disposition du Da-sein (l'être-là qu'est l'homme). Quand sa mère souffle son dernier soupir, le livre vient d'être édité et Heidegger le pose sur son cercueil. Voilà on peut dire que ceci n'est que du détail et pourtant ce sont des détails qui font toute la différence. Heidegger nazi : non, il n'avait rien à voir avec les tortionnaires barbares des camps de la mort.

Mais, vous savez, la rumeur va loin et je peux vous dire qu'un jour où j'étais invitée chez des amis, un monsieur a fait remarqué à mes frères situés à l'autre bout de la table, que je portais une veste marron foncé comme les nazis. Le marron était à la mode et je portais effectivement cette couleur : veste et jupe et un chemisier rose pale. Cette couleur me rappelait étrangement la couleur de la chasuble de Saint François d'Assise que j'avais vue l'été précédant à Pérouse. J'ai été profondément blessée qu'on puisse ainsi faire du mal et j'ai été blessée pour la bonne et simple raison que j'avais fait ma thèse sur l'ontologie heideggerienne, passionnée pour le rapport au poétique si manquant aujourd'hui, et à la conception de la langue qu'elle propose. Aujourd'hui encore, parfois, j'entends des petits commentaires dans mon dos mais je souhaite ne pas avoir à abandonner tout l'intérêt que j'ai pour ce penseur juste pour fuir les petits mots qui peuvent blesser profondément d'autant que mes grands-parents n'ont pas hésité à mettre leur vie en péril pour en sauver des centaines d'autres, ce que les auteurs des petits mots qui blessent n'auraient sans doute pas eu le courage de faire !

J'espère de toutes mes forces qu'il arrivera un temps où l'on pourra reprendre l'étude de ce philosophe de façon sereine et en sachant exploiter toute la richesse de son oeuvre. Cela arrivera sans doute quand nous aurons fini de prendre les histoires à sensation pour de la littérature ou les peoples pour des exemples, quand nous aurons aussi retrouvé le goût de l'effort intellectuel ! Restons optimistes !

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 13:41

La Saint Valentin, en France est la fête des couples plus qu'une fête voulant célébrer l'amour d'autrui, par-delà le couple et les frontières, comme cela est le cas aux Etats-Unis. Pays de l'amour –au moins pour le cliché- oblige, cette pensée de l'altérité est toute monopolisée par le couple français. Pourtant on commence à étendre l'expression de ses souhaits à d'autres personnes, à faire œuvre de sollicitude, de bienveillance, à vouloir être généreux, à reconquérir cette sensibilité sans laquelle nous ne serions pas humain, sans laquelle la dignité humaine ne posséderait la profondeur qui l'honore.

Pourtant, la pauvreté s'accroît de jour en jour et quelle ne fut pas ma surprise la semaine dernière, alors que je me rendais à Lille, de constater la présence d'un grand nombre de sans-abris, épars ici et là, à l'abris d'une voute, à l'abris d'un toit ou exposés au vent froid du Nord Est. J'avais honte : honte que dans ce pays, l'on ne sache pas trouver les moyens de dispenser la charité nécessaire au maintien de la dignité. Moyens financiers mais aussi moyens intellectuels. N'est-on pas capable d'envisager un modèle économique comparable à celui qu'a innové Amartya Sen, pour faire en sorte de déverrouiller le dynamisme économique et l'échange entre les couches sociales ? J'avais honte également parce qu'au delà des solutions politiques et économiques, les passants semblaient souvent se contenir dans l'indifférence en se forgeant de bonnes raisons pour ne pas s'apitoyer, comme si cela constituait une faiblesse et pourtant cette sensibilité qui rend le spectacle de la souffrance insupportable n'est-elle pas cela même qui construit notre humanité. Quand on n'est plus capable de s'apitoyer, de modifier sa trajectoire pour panser un peu cette souffrance, ne laisse-t-on pas entrer en soi un peu du monstrueux qui pave la barbarie ?

Et l'on se demande si la médiatisation de certaines questions ne génère pas elle aussi cette inhumaine barbarie. Je pense en particulier aux ouvriers de Toyota : ils sont présents en masse, à l'usine de Valenciennes ici dans le Nord. On vient d'annoncer en grandes pompes trois rappels et le résultat sera catastrophique économiquement et humainement. Pourtant, on ne se pose pas la question de savoir ce qui se trouve derrière la médiatisation de ce problème industriel ni d'ailleurs quelle ampleur il revêt réellement. Après m'être informée, j'ai appris que le problème de la pédale d'accélération était d'avoir été serrée trop fort si bien que le mouvement n'est pas suffisamment libre. Le moteur ne s'emballe pas ni la pédale mais il y a un léger frottement résultant d'un trop grand serrage sur un très petit nombre de véhicules. Alors si l'on compare la publicité faite à cette histoire, au problème réel, on se demande si l'on a pas été abusé et l'on se demande aussi à qui cela peut profiter. Toyota a dépassé un géant de l'automobile et peut-être sommes-nous alors simplement mais de façon très efficace l'objet d'une manipulation digne de Duplicity : film américain portant sur l'espionnage industriel et la manipulation avec Julia Roberts et Clive Owen. La mauvaise publicité faite à Toyota aura pour effet de faire tomber cette entreprise et le géant en question reprendra sa place. Au-delà de la compétition, des milliers de personnes perdront leur emploi et la pauvreté s'accentuera encore.

Voilà... alors puisqu'on célèbre l'amour aujourd'hui, peut-être devrait-on mettre un peu plus en lumière les enjeux de certains problèmes de manière à protéger ceux qui peuvent encore vivre de leur emploi.

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 08:26

 

L'opinion publique comprend tout le monde, toutes les personnes dotées ou non de la responsabilité citoyenne. Pourquoi définir l'opinion publique à partir de cet avantage ou de ce manque ? Parce que tout un chacun, dans un ensemble donné et pour autant que cet ensemble soit concerné va recevoir, percevoir et réagir aux discours qui sont diffusés dans la société que nous formons tous. L'opinion publique, c'est donc le voisin d'en face, sa petite sœur handicapée, son oncle qui a plutôt une sensibilité politique d'extrême droite, son cousin militant communiste, ou sa sœur fervente d'Amnesty International. L'opinion publique, c'est la ménagère qui va au marché tous les vendredis pour faire les courses de la semaine, qui rencontre le facteur en route et avec qui elle échange quelques mots à propos de la situation économique qu'elle connaît très bien puisqu'elle écoute la radio ou regarde les informations le soir à l'heure du souper (nous sommes dans le Nord et le repas du soir s'appelle "souper"). L'opinion publique, c'est l'employé de banque qui poliment répond aux clients et qui lui aussi écoute la radio, regarde le soir, avec sa jeune épouse, les informations qui alimenteront sa conversation le lendemain. L'opinion publique, c'est le commerçant qui prépare ses étales dès tôt le matin et qui va se tailler une bonne bavette avec l'instituteur pour lui dire qu'il faut serrer la vis car les jeunes, on voit ça à la télé, ne respectent plus leurs profs ! L'opinion publique, c'est aussi le chômeur qui va attendre son tour à Pôle-Emploi et la première étape de sa démarche sera d'attendre patiemment que se déroule un petit film à l'usage collectif et qui lui explique tout ce dont il pourra, naturellement bénéficier. Il discute avec les autres et "s'en fou pas mal de ce petit film à la con" : "tout ça, c'est certainement à cause des étrangers", se dit-il et lui dit-on ici et là au carrefour de l'opinion publique. D'ailleurs, le retraité qui discutait avec l'employé de banque l'autre jour l'a bien dit : "vous n'voyez pas ça, y'a encore 100 000 kurdes qui viennent de débarquer en Corse et qu'on accueille !" L'opinion publique, c'est aussi les petits jeunes du coin qui font des courses de kwad la nuit en réveillant "les bons citoyens" qui penseront naturellement que les jeunes ne valent plus rien aujourd'hui.

 

Et tout ce petit peuple va se faire son propre discours et le faire résonner à loisir dans les lieux publics, dans les lieux où se joue l'altérité, c'est-à-dire où l'on rencontre autrui. Pourtant la personne que l'on cherche à rencontrer, c'est la personne qui a la même opinion et avec qui on joue à faire résonner encore plus fort ce beau discours sans faille et formulé au gré du vent tantôt par la radio, tantôt par les politiques, tantôt par l'esprit libre.

 

Et si nous voulons que progresse l'intelligence collective, il faut lui donner des aliments de choix, des mots qui font aller plus loin, plus haut, des idées qui suscitent amour et tolérance, solidarité et générosité. Eviter ce petit mot là, qu'on dit quand on rencontre un clochard : "bah, de toute façon, c'que vais lui donner, y va'l boire !" ou bien "vous n'voyez pas ça, ces Roms, moi j'leur donne rien : ils ont des Mercédès et vous embobinent". Voilà, les p'tites phrases de l'intelligence collective qui vont lui donner à la fois bonne conscience et approbation du nombre de ses adhérents.

 

C'est comme cela qu'il fonctionne, ce logos du peuple, en forgeant âmes et consciences, au gré du vent et de la parole médiatique. C'est comme cela que l'on qualifie la femme voilée, peu ou plus couverte, de terroriste ou de sac de pommes-de-terre sans que cela soit choquant pour personne sauf pourtant pour elle qui se sent exclue et va chercher naturellement à trouver soutien dans des formes de retranchement qui sont plus dangereuses pour notre société que la liberté qu'elle peut éprouver là sous son voile quand naturellement c'est elle qui l'a choisi et elles sont nombreuses à le choisir si toutefois certaines sont des victimes et là, c'est un autre débat. Et même ces victimes là, il faut pouvoir les aider, les écouter, les accepter comme elles sont. Etre prêt à cela. Or la parole collective, ce logos amplifié par la voix du peuple nous permettra-t-il d'éprouver quelque compassion que ce soit ?

 

Et voilà peut-être le cœur du problème : la voix qui courre sur les marchés, à la banque, dans la salle d'attente du médecin est-elle capable de nous rendre attentifs aux souffrances que vivent ceux qui se trouvent et que l'on plonge dans la différence ? Mais alors, pourquoi ne pas prendre le soin de soigner la formulation du débat pour livrer de belles pensées à cette intelligence collective qui sait pourtant être émue par le téléthon, ou par les victimes d'Haïti ? Notre responsabilité n'est-elle pas là aussi ? N'est-ce pas d'abord par notre capacité de nous émouvoir de la situation d'autrui que nous nous révélons à nous-mêmes notre humanité et que nous pouvons être forts collectivement dans cette humanité ? Ne se dépasse-t-on pas dans cette forme d'écoute quand on sait s'émouvoir et plaindre l'injuste plutôt que de le condamner, confier des responsabilités au jeune insensé plutôt que de le surveiller, et regarder le mendiant avec sincérité, quand on feint souvent de l'ignorer ? Cathy Leblanc.

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 11:36

Après la burqua dont le débat a marqué de notre part, notre indigence intellectuelle notoire (période de crise oblige)et qui rappelle sans détour certaines expressions cartésiennes comme "songe-creux" ou "pense-misère", la question devient aujourd'hui, celle de savoir comment on peut ménager l'accès des adolescentes (car c'est encore des femmes qu'il s'agit) au planning familial. Comment donc, pouvoir garantir la contraception à de très jeunes filles, collégiennes avec le soutien des autorités ? C'est la question qui résume tout le problème et les enjeux de la sexualité adolescente ou pré-adolescente. Pour formuler la chose en termes prosaïques : comment les enfants peuvent-il baiser sans problème ?

 

Pardonnez la vulgarité de cette formulation mais il me semble qu'elle est là aussi à la hauteur ou au manque de hauteur du débat et caractérise notre indigence en matière de générosité intellectuelle. Permettre aux adolescentes d'avoir accès à la contraception est-il le vrai remède aux avortements chez les mineurs ?

 

Je ne vous cache pas que ce débat me choque et me dérange au plus haut point et que la banalisation de l'amour ravalé au simple rang de l'exercice de la sexualité me gène terriblement au regard de la qualité des sentiments et des pensées vers lesquels nous devrions être capables d'orienter notre jeunesse. Peut-être une telle garantie permettrait-elle de réduire le nombre des divorces et la vivacité de la souffrance morale qui peut conduire jusqu'au suicide.

 

La question est donc la suivante : est-ce l'exercice de la sexualité qui conduit au bonheur et au sentiment de plénitude ? Cet exercice est-il au rang des priorités dans la construction de la jeune personne ? Sommes-nous les garants de bons acteurs sexuels ou les responsables de petits êtres bien construits ? Ces questions comprennent leurs propres réponses et je pense que proposer une contraception, l'expliquer amplement et avec maints détails à une population très jeune me semble encourager une pratique sexuelle banalisée en négligeant de former les petites âmes à la poésie qu'elles pourront rencontrer et assumer quand viendra pour elles le temps de construire leur nid. On sépare amour et sexualité en leur apprenant à gérer la différence.

 

On se demande alors pourquoi l'école néglige cette construction de la personne et pourquoi alors qu'elle devrait disposer de moyens intellectuels qu'elle est sensée dispenser, elle se contente de fragmenter les problèmes et de généraliser leur approche. Pourquoi l'école n'aborde-t-elle pas de façon philosophique la problématique du corps, de la maîtrise de soi, de la dignité, la problématique du bonheur qui résulte de choix discernés et réfléchis, la problématique de la réflexion dans la vie de tous les jours, c'est-à-dire aussi celle de l'éthique et du respect de soi-même et d'autrui ? Pourquoi remplace-t-on tout ceci par la mise à disposition de la contraception ? Naturellement nous avons mission de guérir les plaies humaines mais n'a-t-on pas d'abord le devoir et la responsabilité de les prévenir et même d'être les garants de la possibilité d'accéder au bonheur et à la dignité ?

 

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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 23:29

Chacun en ce moment est soumis au débat sur la burqa, le voile intégral et je dois prendre la parole pour dire combien ce débat me révolte, ce que j'ai déjà dit sur le blog de Catherine Kinztler. Toute la poésie du monde disparaît dans ce débat et on a l'impression qu'il cristallise ce qui est essentiel aujourd'hui. On ne fait pas de débat sur l'addiction des enfants, petits et grands, à l'Internet où pourtant ils perdent leur liberté et peut-être leur avenir, devenant incapables de se concentrer pendant les heures de classes. On ne fait pas débat sur l'alcoolisme des ados et on n'en parle même pas. On ne fait débat sur les violences faites à l'enfant. Cette année c'est aussi, comme je l'ai dit précédemment le 65ème anniversaire de la libération des camps de concentration. On en parle très peu. Une journée voire deux. On ne parle pas des personnes âgées qui meurent à petit feu dans le froid de leur pauvreté. On ne parle pas des humiliations subies par les étrangers. On ne parle plus du racisme : le débat est tombé aux oubliettes. "Touche pas à mon pot..". un loin écho. On ne parle pas du besoin de dons d'organes, de sang. On ne parle pas de l'illettrisme dans notre beau pays où s'installe une pauvreté digne des pays en voie de développement. On ne parle pas de l'éducation culturelle de l'enfant. On ne parle pas du concours Reine Elisabeth de Bruxelles, des lauréats. On ne parle pas de la situation des personnes qui vivent professionnellement sous contrat à durée déterminée, ne pouvant s'engager dans la vie, faute de pouvoir assumer leurs projets. On ne parle pas du talents des jeunes. On ne parle pas de l'abus de pouvoir lors de certaines gardes à vue où pourtant on n'hésite pas à faire se déshabiller complètement les personnes leur demandant d'enlever jusqu'à leur sous-vêtement. Ma voisine a été victime de cela, là, juste à côté de chez moi mais elle n'y restera pas : elle vend sa maison et part ailleurs, dans un endroit où on ne la détestera pas : elle est étrangère. On ne parle pas des concours de poésie. On ne parle pas de la flotte américaine s'installant aux abords de la Perse. On ne parle pas des souffrances de ceux qui vivent à Gaza. On ne parle pas du déracinement obligatoire de celui que Brassens appelait le juif errant. Non... on parle, on reparle, on nous assomme avec le cas de la femme musulmane qui porte un vêtement qui la couvre en entier et qu'on appelle "voile intégral". On ne se demande pas si son choix exprime une peur. On ne se demande pas si l'adolescente qui veut couvrir son corps a besoin d'aide, a besoin d'accepter celui-ci, a besoin qu'on la rassure sur le bien qu'on lui veut. Non, on va même jusqu'à la soupçonner de terrorisme, toute terrorisée qu'elle puisse être elle-même. On ne questionne pas la vision qu'ailleurs on a de la nudité exposée dans l'Occident. On ne se demande pas pourquoi là, dans cet Occident qui se veut si civilisé on pratique le dévoilement à outrance. On ne se demande pas quel danger court l'adolescente qui incarne la femme objet. On ne la met en garde pas contre elle-même et tout ce que sa jeune silhouette lui promet, lui révèle et qu'il faudrait peut-être aussi cacher un peu. On ne parle pas de l'infidélité, de la fragilité des mariages aujourd'hui, de la difficulté des êtres à continuer de s'aimer et de s'aider malgré les difficultés. On ne parle plus de nos grands-mères qui elles-mêmes se promenaient avec un foulard sur la tête, du voile que portaient les femmes ou de leur beau chapeau pour aller le dimanche à la messe.

Non, on a choisi de passer l'année sur le thème de la femme qui s'enveloppe de son habit pour ne plus laisser voir que la vive expression d'un regard venu du Sud, il y a parfois bien longtemps.

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 14:16

 

Nous célébrons aujourd'hui le 65ème anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz par l'armée russe. C'est un anniversaire qui n'a rien de commun avec les anniversaires que l'on peut célébrer et fêter comme c'est le cas des anniversaires de naissance chez les hommes et même pour les hommes chez des animaux qui peuvent leur être proches.

 

L'anniversaire de la libération de ce camp est à la fois l'anniversaire de la libération des vies mais aussi par cette libération, l'événement qui permettra dans l'avenir de reconnaître ce dont l'homme a été capable. On n'en finit pas de décrire les tortures, les souffrances et de chercher quel sens il pouvait bien y avoir là, de recenser les faits, les récits aussi singuliers qu'émouvants.

 

Et pourtant, cela est essentiel car c'est l'intolérance pratiquée à un degré suprême qui permet de poser la mort d'autrui comme solution de vie. Cette mort n'est plus figurée comme dans le cas des menaces que l'on peut entendre proférer ici et là. Elle est concrète. Etat psychique passé à l'acte. Excès, démesure encore.

 

Les bâtiments où eurent lieu ces infâmes procès, ces crimes douloureux tombent en ruine. Des fissures craquèlent les murs et l'on dit qu'il faut 120 millions d'euros pour les remettre en état. On se pose alors, naturellement, la question de savoir s'il faut remettre en état et ce que cela signifie. On ne reconstruit pas Auschwitz : on préserve les traces d'un fait qui ne doit plus se reproduire. Et le maintien de la vie par l'éducation des faits qui ont eu lieu n'a pas de prix. On ne répare pas Auschwitz. On ne consolide pas les fondations. On ne rénove pas : ce sont les murs de la mémoire qui sont renforcés, réparés. Drôle d'écart entre ces murs-là et les murs du désastre : un entre-deux qui fait toute la différence et qui porte le sens de notre travail à tous aujourd'hui. Pour vivre dans la différence et la faire déférence, pour qu'un jour peut-être l'harmonie et l'amour entre les peuples, entre les personnes puisse prédominer. Fini la guerre, bonjour les concessions. Fini le terrorisme, bonjour le dialogue, la construction dans l'intelligence et dans l'effort d'un idéal acceptable pour tous et pour la vie de tous.

 

Ce chemin sera long et tient peut-être d'un idéal mais s'il parvient à se construire un jour, il faudra rendre hommage aux victimes qui auront su par leur dépouillement dans la souffrance, leur cri silencieux, leurs voix éteintes, retenir à la fois notre cœur et notre raison, parvenant ainsi à se faire entendre.

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  • : Enjeux métaphysiques
  • : Blog de Cathy Leblanc, professeur en philosophie à l'Institut catholique de Lille. Thèmes de recherche : la barbarie et la déshumanisation, la phénoménologie heideggerienne. Contact : cathy.leblanc2@wanadoo.fr Pas d'utilisation de la partie commentaires pour avis publicitaire svp.
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