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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 13:51

Mercredi 12 mars 2014

de 17.30 à 19.30

Université Catholique de Lille, Faculté de théologie, Salle 256

 

Conférence du Prof. Pol Vandevelde

 

« L’être, la compréhension et l’événement : Heidegger et le romantisme allemand »

 

Pol Vandevelde est Professeur à l’Université de Marquette à Milwaukee, aux Etats-Unis où il enseigne la philosophie française et allemande en s’étant spécialisé en philosophie française et allemande contemporaines. Il travaille tout particulièrement sur les théories de l’interprétation, la théorie de la signification. Son champ d’exploration comporte aussi la littérature. Il a écrit, traduit ou édité quatorze livres, publié plus de cinquante articles ou chapitres de livre.

Sa bibliographie inclut : Etre et Discours La question du langage dans l'itinéraire de Heidegger (1927-1938) (Académie Royale de Belgique, 1994), The Task of the Interpreter: Text, Meaning, and Negotiation (University of Pittsburgh Press, 2005), et Heidegger and the Romantics: The Literary Invention of Meaning (Routledge, 2012) qui vient d’obtenir le prix du Cardinal Mercier.

Il traduit en ce moment, trois volumes d’essais rédigés par Gadamer.

Entrée gratuite

 

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5 février 2014 3 05 /02 /février /2014 18:35

La fraternité à l'épreuve de la déportation

 

 

13-14-15 mars 2014

 

  

Lieu : Université Catholique de Lille,  60 Bd Vauban

 

Renseignements & Inscriptions : 03 27 91 34 10 ou  cathy.leblanc2@wanadoo.fr

 

Chers amis,

J'ai le plaisir de vous contacter pour vous informer de la tenue d'un nouveau colloque sur la fraternité à l'épreuve de la déportation, à l'image de celui que j'avais organisé sur le pardon.

Nous souhaitons aujourd’hui nous interroger sur le sens qu’a pu revêtir la fraternité quand elle a permis aux déportés de se soutenir mutuellement au sein même des camps (cf. dessins de Boris Taslitzky), mais aussi de se comprendre mutuellement dans la nécessité que représentait la résistance dans les camps. En quoi a donc consisté cette fraternité ? De quoi est-elle faite ? Comment parler du lien qui unit les hommes quand ils doivent survivre ensemble ? Quelles sont les histoires qui ont ponctué ce vivre ensemble du camp ? La fraternité est-elle synonyme de solidarité ou de charité ? Est-elle synonyme d’amitié ? Voilà autant de questions qui seront approchées de façon interdisciplinaire. Je vous laisse découvrir le programme copié ci-dessous et vous inscrire si vous êtes intéressés. Je reste à votre disposition pour toute question.

Bien à vous, Cathy Leblanc.

Ps : le programme est susceptible de légères modifications.

 

 

Programme

  

1ère journée

« Les sens de la fraternité »

Jeudi 13 mars 2014

 

 

9.00 Accueil

 

9.15-9.45¨ Introduction par Cathy Leblanc, Université Catholique de Lille, "Qui est là pour moi ? Pour qui suis-je là ? Ou de la représentation du lien fraternel".

 

9.45 – 10.00 ¨ Discussion

 

10.00 – 10.30 ¨  Michèle Clavier (théologienne), UCLille, « Approche théologique de la fraternité ».

 

10.30-10.45 ¨  Discussion

 

Pause

 

11.00 – 11.40 ¨  Christophe Perrin (philosophe), FNRS, Université Catholique de Louvain-La-Neuve, « Avec ».

 

11.40-12.00 ¨ Discussion

 

Pause Déjeuner

 

14.00-14.40 ¨ Stanislas Deprez (philosophe), UCLille,

 « Suis-je le gardien de mon frère ? Ambivalence de la fraternité ».

 

  

14.40-15.00 ¨ Discussion

 

15.00-15.40 ¨ Bruno Mattei (philosophe), « Approche anthropologique et éthique de la fraternité ».

15.40 – 16.00 ¨ Discussion

 

Pause

 

16.20-17.00 ¨ Pol Vandevelde, Université de Marquette à Milwaukee (USA), « l’empathie comme condition de la fraternité ».

17.00-17.30 ¨ Discussions

 

 

 

2ème journée

« La fraternité dans l’impossible »

Vendredi 14 mars 2014

 

 

 

Approches traumatiques de la déportation

9.00 -10.15 ¨ A propos de l'approche psychiatrique et psychologique avec notamment, la participation de  Serge Raymond (psychologue), Fondation pour la Mémoire de la Déportation. « L’une parle quand l’autre se tait (La sororité à l’épreuve de la déportation) ».

 

10.15-10.30 ¨ Discussion 

Pause

  ! Nouveauté dans le programme :

10.45 – 11.15¨ Karl Thir, Université de Vienne, « De l'indifférence à la solidarité - réflexions et expériences de Viktor Frankl dans les camps de concentration».  (Même si on le brutalise physiquement et moralement, l'homme peut préserver une partie de sa liberté spirituelle. V. Frankl).

 

11.15 – 11.30¨ Discussion

 

11.30 – 12.10¨ Corinne Benestroff, Docteur en psycho-pathologie et en littérature, Université de Paris 8, « Partage des ténèbres. Fraternité, Résistance et résilience chez Jorge Semprun ».

12.10-12.25 ¨ Discussions

 

Pause Déjeuner

 

Fraternité et résistance 

14.30-15.00 ¨ Dominique Durand (sociologue), Président de l'Association des anciens déportés de Buchenwald-Dora et Kommandos, "De la fraternité à la solidarité : l'organisation d'une résistance à Buchenwald"

 

15.00-15.15 ¨ Discussion

 

15.15 – 15.45 ¨ Paul Roos, FMD, "En allant cher mon frère..." Témoignage pour aune autre forme de résistance : celle de l'attente fraternelle.

 

15.45-16.00 ¨ Discussion

 

Pause

 

16.15-17.00 ¨ Isabelle Lostanlen, Maître de conférence en littérature espagnole à l'Université de Lille 3, « Pierre Deffontaines : l’esprit des Equipes sociales au secours des réfugiés français en Espagne pendant la seconde guerre mondiale »

17.00-17.30 ¨ Discussion

 

  

3ème journée

 « Fraternité et histoire »

Samedi 15 mars 2014

 

9.00-09.30 ¨ Agnès Triebel, BDK, « A propos de la naissance de l'Europe dans les camps et de la fraternité contemporaine »

9.30-10.00 ¨ Jean-François Fayard, EHESS, « La fraternité : un vocable institutionnellement énigmatique ».

10.00 à 10.15¨Discussion

 

10.15 à 10.45¨Charles Coutel, IEFR, « La fraternité : de la compassion  à la sollicitude ».

10.45 à 11.00¨Discussion

 

Pause

 

11.10-11.40 ¨ Odile Louage, Présidente de l’AFMD-DT59, (historienne), « Un journal clandestin dans un camp de concentration ». (à propos de la loge Liberté Chérie).

11.40 à 12.10¨Discussion et clôture

 

 

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BULLETIN D’INSCRIPTION

A remettre à la faculté de théologie 

 

Nom :_______________________________________

 

Prénom :_____________________________________

 

Adresse :_____________________________________

 

_____________________________________________

 

_____________________________________________

 

Tél. fixe :________________ Tél.portable :___________

 

Email :________________________________________

 

Inscription au colloque : 45 € et gratuité pour étudiants

de moins de 25 ans     

 

Total : ______

 

Merci de libeller votre chèque à l’ordre de « L’Institut Catholique de Lille » et de l’envoyer ou déposer à :

Faculté de théologie, « Colloque sur la fraternité »,

60 Bd Vauban – CS40109 - 50016 Lille Cedex.

 

  

 

 

 

 

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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 13:41

 

"DEPORTATIONS EN HERITAGE"

3ème journée d'études et de recherches

 

Le lundi 27 janvier 2014

Bâtiment B - Amphi 7

Entrée gratuite

 

Université Charles de Gaulle-Lille 3, 3 rue du Barreau, 59650 Villeneuve d'Ascq. Métro Pont-de-Bois (dir. 4 cantons).

 

PROGRAMME

 

LES PROCESSUS DE DESHUMANISATION

Du collectif à l’individuel

 

9h - Accueil

Matinée :

 

9.15 - Introduction et modération par Daniel Beaune, Professeur en psychopathologie aux Universités de Lille 3 et Paris 7.

 

9.30 - Mein Kampf et l’embrigadement des esprits, Valéry Coquant, Ecrivain et historien.

 

10.15 : La perversion nazie et la relation homme/animal, René-Lucien Seynave, Ancien président de l’Académie vétérinaire de France et Docteur en droit.

 

11.00 - Pause

 

11.15 - De la désubjectivisation, Cathy Leblanc, Maître de conférences en philosophie à l’Université catholique de Lille, Directrice du CRIBED (Centre de Recherche International sur la Barbarie et la Déshumanisation).

 

 

12.00 - Pause déjeuner

 

Après-midi

 

Modération : Rosa Caron, Maître de conférences (HDR) en psychopathologie aux Universités de Lille 3 et Paris 7

 

14.00 - La déshumanisation extrême : nazisme et conception bactériologique de l’ennemi, Johann Chapoutot, Maître de conférences (HDR), Université Pierre Mendès-France de Grenoble.

 

15.15- Pause

 

15.30 Le cri de l’art, Marie-France Reboul, Historienne, Membre de l’association Buchenwald-Dora et Kommandos.

 

16.15 – Propagande et techniques de conditionnement dans l’Allemane nazie : l’exemple du cinéma, [Actualités allemandes (24 avril 1939) et françaises (14 juillet 1939) ; Cinéma scolaire et de divertissement]. Etienne Dejonghe, MCF en histoire, Université de Lille 3 et Odile Louage, Historienne, Présidente AFMD-DT 59.

 

17.00 - Conclusion par Mme Marie José Chombart de Lauwe, Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Grand Croix de la Légion d’Honneur, Pédopsychiatre et Directrice de recherche honoraire au CNRS.

 

Comité scientifique

Daniel Beaune, Dominique Beaune, Rosa Caron, Valery Coquant, Danielle Delmaire, Cathy Leblanc, Odile Louage, Paul Roos.

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 15:01

La conscience collective obéit à des représentations qui lui sont transmises de façon consciente ou inconsciente. Pourquoi tenons-nous tel ou tel critère comme digne de représenter la ligne à suivre, tel n’est pas toujours justifiable ou explicite. Pourquoi ressentons-nous que nous devons agir de telle ou de telle manière, c’est tout le problème de la liberté et de la détermination. Mais cela relève aussi de ce que je nommerai les « pédagogies indirectes ». Elles reposent sur des paroles que l’on intègre facilement sans réfléchir, sur des images qui véhiculent des messages invisibles ou visibles et qui nous plaisent bien sans que nous sachions véritablement pourquoi, sur des prises de position que nous aimons habiter.

Il est en tout cas manifeste que Stéphane Bern, dans l’émission qu’il proposait hier soir non pas sur l’Inde mais sur la féérie de la vie de la Princesse Gayatri Devi et du Maharadjah Sawai Man Singh II, n’avait nulle conscience des conditions de vie dans l’Inde des années 40 et des années qui suivirent. Qu’il redonne sa crédibilité à une femme qui a œuvré à la libération de la femme hindoue, une femme qu’il qualifie de « plus belle du monde » est une chose, mais qu’il en vienne à réduire Indira Gandhi à une simple rivale, une femme seulement « jalouse » d’une princesse qu’il glorifie pour avoir tué un tigre à l’âge de douze ans lors d’une partie de chasse, ou pour avoir su maintenir un train de vie royal son existence durant est une autre chose. En cause, l’emprisonnement subi pendant plus de 150 jours par la princesse et ordonné par la méchante Indira Gandhi qui cherchait à s’emparer du trésor des Maharadjah. Alors là, c’en est trop.

Stephane Bern, du haut de son sourire angélique aurait mieux fait de réfléchir à l’image qu’il donnait et transmettait d’une femme, la fille de Nehru, Indira Gandhi, qui a eu le courage de refuser le joug de l’impérialisme britannique et dont le premier défit fut de lutter contre la famine. On voit d'ailleurs à peine le Mathma Gandhi dans le film. Si les deux femmes, la princesse et Indira Ghandi deviennent des rivales politiques, on ne parle pas non plus des programmes et idéaux de chacune.

Il faudrait quand même se remémorer ces grandes famines qui ont accablé le peuple indien à un moment où Mère Teresa fonde sa propre congrégation en 1950 pour s’occuper de l’éducation des enfants des rues et ouvrir le mouroir de Klighat à Calcutta, et où Armatya Sen prend conscience qu’en dehors du milieu protégé dans lequel il a vécu, son père étant professeur d’université, des millions de personnes sont mortes de faim :

« L’un des deux événements les plus bouleversants de mon enfance est d’avoir vu la famine de 1943 au Bengale, famine au cours de laquelle, d’après les estimations actuelles, trois millions de personnes environ sont mortes. Ce fut une épreuve d’une férocité incroyable et qui survint avec une brusquerie qu’il ne m’était alors aucunement possible de comprendre. J’avais neuf ans à ce moment-là, et j’étais élève d’une école du Bengale rurale. Chez les gens que je connaissais à l’école et chez leurs familles, on ne voyait aucun signe de détresse, et en fait, comme je devais le découvrir plus de trente ans plus tard en étudiant cette famine, la majorité de la population du Bengale n’a connu que peu de privations durant tout le temps qu’a duré la famine. La famine se trouvait en effet limitée à certains groupes socioprofessionnels précis (comme c’est le cas de presque toutes les famines) tandis que, pour le reste de la population, les choses, en gros allaient bien.

Un matin, un homme très maigre est apparu dans l’enceinte de notre école ; il se comportait de manière anormale, ce qui – comme je devais l’apprendre plus tard – est un symptôme habituel d’une privation prolongée de nourriture. Il était venu d’un village éloigné pour chercher de quoi manger, et il errait dans l’espoir d’obtenir de l’aide. Dans les jours qui suivirent, des dizaines, puis des milliers, puis un défilé innombrable de gens traversèrent notre village – des être émaciés, aux joues creuses, aux yeux hagards, qui souvent portaient dans leurs bras des enfants n’ayant plus que la peau sur les os. Ils recherchaient la charité des familles plus riches et celle du gouvernement. »[1]

« Secret d’histoire » nous présente des lieux extraordinaires qui font rêver, des personnages illustres, certes, mais pourquoi s’investir à ce point dans le parti pris au détriment de l’information contextuelle mais aussi du sentiment d’engagement que doit susciter l’histoire dont c’est aussi la vocation ? C’est de cette manière que l’on modèle les consciences et que l'on risque d'oublier de s'indigner. C'est ici aussi que nous retrouvons l'un des deux mots d'ordre de Socrate : le premier était le célèbre gnôthi seauton, c'est-à-dire "Connais-toi toi-même", le second, qui fut oublié par l'histoire de la philosophie ainsi que le rappelle Michel Foucault dans son Herméneutique du Sujet, était epimeleia heautou, prends soin de toi, c'est-à-dire de la manière dont tu diriges tes pensées. Ce soin là diffère de la thérapie (therapeuein). Ce n'est pas un soin au sens de remède (pharmakos) : le remède s'inscrit dans la postériorité de la temporalité. Ce n'est pas non plus un soin au sens du "care". L'epimeleia heautou est ce par quoi il convient de s'orienter dans le monde : c'est un appel à la vigilance, à l'attention, et à la sagacité. Il nous semble que c'est cette sagacité qui risque d'être endormie par des présentations par trop partiales de l'histoire.

Cathy Leblanc

 


[1] Amartya Sen, L’économie est une science morale, Paris, Editions La Découverte, 2003, p.44-45.

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 20:59

 

CITEPHILO - CITEPHILO - CITEPHILO - CITEPHILO - CITEPHILO - CITEPHILO - CITEPHILO - CITEPHILO

 

 

Vendredi 22 novembre 2013

de 18.00 à 20.00

Université Catholique de Lille, Centre Culturel Vauban

Amphi 47

 

Philosophie continentale contre philosophie analytique

Entretien avec Babette Babich accompagnée de Tracy Strong

Et animé par Cathy Leblanc

 

 

La fin de la pensée? Philosophie analytique contre philosophie continentale. Paris, L’Harmattan, 2012.

 

Dans cet ouvrage, Babette Babich approfondit le débat entre philosophie analytique et philosophie continentale en analysant les grandes différences qui permettent de les distinguer. Elle revient sur le point de vue des tenants de la philosophie analytique qui affirment que les problèmes philosophiques proviennent du manque de rigueur scientifique et souligne que la philosophie continentale s’attache à étudier les questions auxquelles tout être humain est confronté au cours de sa vie, ne serait-ce que ponctuellement. Si le parcours de la philosophie ne mène nulle part, explorer les tours et détours qu’il emprunte, son cheminement, est capital pour la compréhension de notre humanité.

 

003

 

 

 

Babette Babich est Professeur à la Fordham University aux Etats-Unis, elle a étudié la philosophie continentale avec Hans-Georg Gadamer, Jacques Taminiaux, Wolfgang Müller-Lauter et Jacob Taubes. Elle est notamment l’auteur de :

 

The Hallelujah Effect. Philosophical Reflections on Music, Performance Practice and Technology Ashgate, June 28, 2013.

Nietzsches Wissenschaftsphilosophie. Die Wissenschaft unter der Optik des Künstlers zu sehn, die Kunst aber unter der des Lebens, Oxford: Peter Lang, 2010.

Eines Gottes Glück voller Macht und Liebe. Beiträge zu Nietzsche, Hölderlin, Heidegger. Weimar, Klassik Stiftung Weimar, Bauhaus-Universität Weimar, 2009.

Words in Blood, Like Flowers : Philosophy and Poetry, Music and Eros in Hölderlin, Nietzsche, and Heidegger. Albany, State University of New York Press, 2006, paper: 2007.

Nietzsche’s Philosophy of Science: Reflecting Science on the Ground of Art and Life. State University of New York Press. Albany. 1994.

 

Tracy Strong est Professeur à Harvard.  Ses recherches portent sur la théorie politique et ses liens avec l'esthétique, la littérature et d'autres champs. Il est notamment l'auteur de  

Friedrich Nietzsche and the Politics of Transfiguration ; The Idea of Political Theory: Reflections on the Self in Political Time and Space;  Jean-Jacques Rousseau and the Politics of the Ordinary (second edition),

Il a co-édité :

Nietzsche’s New SeasThe Self and the Political Order, Public Space and Democracy, The One and the Many. Ethical Pluralism in Contemporary Perspectives.

Son dernier livre est  Politics Without Vision: Thinking without a Banister in the Twentieth Century (Chicago, 2012) [Winner of the David Easton Prize, 2013].  

 

 

 

 

 

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 17:19

Il faudra sans doute expliquer à ceux et celles qui ne comprennent pas le silence des ex-otages que ceux-ci ont été susceptibles de mourir pendant plus de trois ans, à tout instant et qu’ils ont vécu sous la menace et dans la peur pendant leurs années de captivité. La peur est un instrument de pouvoir. Elle paralyse et ôte à ses victimes quand celles-ci ne peuvent la dominer, toute espérance, tout dynamisme, c’est-à-dire aussi toute vie. Avec la peur, se développe en l’homme le sentiment de l’impossible. Avec la peur, le monde, le progrès, le changement, l’audace, l’humour, le rire, la vie ne sont plus possibles. L’homme n’est pas homme dans la peur et quand celle-ci dure plus de trois ans, alors, des capacités structurantes disparaissent comme, en premier lieu la parole, mais aussi la revendication voire le courage. Imaginons donc un être humain dépourvu du sens du possible. Imaginons ce que cela peut être pour lui ou pour elle que de ne pas pouvoir envisager l’avenir, c’est-à-dire aussi de ne pas pouvoir habiter le temps qui passe et résider tout au fond de l’ennui. Que peut-on espérer d’un être humain ainsi habité d’une force paralysante ? L’aphasie, l’impossibilité de parler sont les indices de l’abandon du monde créé par la peur.

Peut-être alors devons-nous aussi expliquer ce qu’est le monde. Dans un essai intitulé Le Deuil et la mélancolie, Freud expliquait déjà que le travail de deuil qui s’amorce dès les derniers instants d’un proche absorbe le monde de ceux qui commencent ainsi leur deuil et les prive de tout désir. Il en est de même de la mélancolie : elle prive de monde et plonge dans l’angoisse. On apprendra avec Heidegger et notamment son traité de 1927, que le monde est un réseau de relations : il est le sens. La partie plus tardive de son œuvre insiste sur le sentiment de proximité qu’il ne faut surtout pas négliger quand on se représente un monde à portée de main. Le monde est en effet ce qui nous environne et couvre à la fois ce qui est dans la proximité et ce qui est dans la distance. C’est dans ce périmètre que se construisent nos repères et nos références et si nous pouvons partager repères et références, chaque être humain possède exclusivement la somme des repères et références qui lui sont propres. C’est ce que Jean-Luc Nancy nommera la singularité.

Quand une personne est en proie à la peur ou se trouve dans des conditions de détention qui menacent son existence, elle ne peut plus accéder à son monde ni à sa singularité. Elle ne peut plus continuer de se construire et vit, dès lors, en dehors du monde ou sans monde. Les otages qui sont rentrés du Sahel n’ont plus joui de leur monde, ni de la compagnie de personnes, ni d’espérance d’avenir, ni d’accès à la culture, livresque ou radiophonique : ils ont été plongés dans l’isolement et réduits à cet isolement. Comment ne pas comprendre qu’ils n’aient plus la capacité de parler, et qu’ils n’aient pas la capacité de dire ce qu’ils ont vécu. Ils n’en sont certainement pas encore sortis, loin de là. Comment est-il possible de ne pas comprendre des choses aussi rudimentaires et comment est-il possible de manquer à ce point de respect envers des personnes qui ont vécu dans une immense souffrance pendant toutes ces années ?!!! Comment est-il possible de considérer la souffrance comme suspecte ?!!!

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 17:09

 

            J’ai eu le plaisir d’assister hier à une conférence de Françoise Sironi dans le cadre du congrès régional de l’Association Chrétienne de Lutte pour l’Abolition de la Torture dont l’objectif est de dénoncer les tortures perpétrées dans le monde, lutter contre la peine de mort. A cet égard, l’association écrit aux prisonniers du couloir de la mort aux USA. Il s’agit surtout de citoyens américains d’origine africaine dans les états du sud des USA. La peine de mort, si elle supprime définitivement la vie à des criminels dont on a prouvé la culpabilité selon des méthodes d’investigation et de déduction qui ne sont pas fiables à 100%,  pose aussi le problème du bourreau, de celui qui exécute ce qui reste un meurtre, selon des ordres légalement donnés.

            La conférence de Françoise Sironi portait plus précisément sur le travail d’expertise comme travail de ré-humanisation. Elle a de cette manière réalisé l’expertise de Douch, le trop célèbre directeur de la prison de Tuol Sleng entre 1975 et 1978 et responsable de la torture et de l’execution de 17000 personnes. Un procès a été organisé l’année dernière par un tribunal hybride composé de représentants des Nations Unies et de représentants cambodgiens.

            François Sironi explique que tous les cambodgiens ont eu un proche torturé et assassiné. Dans le tribunal les représentants sont donc nécessairement des personnes qui sont aussi des victimes du meurtre de masse qualifié et reconnu comme « crime contre l’humanité ». J’aurais souhaité lui poser la question de la neutralité des personnes. Mais c’est une question impossible à poser dans la mesure où tout le peuple cambodgien est concerné. Par ailleurs la culpabilité de Douch ne fait aucun doute. La neutralité des personnes n’a donc aucune chance d’influencer un jugement qui est déjà manifeste. Notons que le co-expert psychiatre travaillant avec F. Sironi était cambodgien et lui aussi victime. Pendant le régime des Kmers rouges, il avait dû cacher qu’il était étudiant en médecine et enlever ses lunettes. La question que pose ce tribunal international est la suivante : comment l’homme Kang Kek Leu est-il devenu le bourreau que l’on connaît.

            Cette question rejoint la problématique sur laquelle nous travaillons dans le cadre du devoir de mémoire. Un travail interdisciplinaire permet de rassembler des éléments qui indiquent ou n’indiquent pas comment un bourreau devient un bourreau, parallèlement à quoi, un autre travail interdisciplinaire a pour fonction de révéler l’impact de la barbarie nazie sur les déportés. Cette quête nous permet aussi de comprendre la portée des traumatismes non plus seulement chez les déportés mais chez toute personne. Elle nous permet aussi d’identifier les processus de déshumanisation dans notre société quand le travail s’organise à une échelle de plus en plus grande laissant de plus en plus de côté, la considération de l’humain. Nous sommes convaincus que le travail de la pensée et de la transmission du savoir sous une forme ou une autre permet de libérer l’humain de la barbarie ou en tout cas d’y contribuer.

            Françoise Sironi explique qu’elle a souhaité travailler avec un interprète. Celui-ci sera également une victime. Il a 30 ans et son père est mort pendant la grossesse de sa mère. F. Sironi précise aussi que l’histoire du Cambodge telle qu’est est enseignée ne fait pas mention de la dictature Kmer. L’équipe composée de la psychologue française, du psychiatre cambodgien et du traducteur cambodgien se réunira avant de procéder à l’expertise.

            Nous apprenons qu’une telle expertise est souvent la première fois pour un accusé de pouvoir réfléchir sur lui-même et qu’elle constitue une façon pour un bourreau de co-construire le sens de son histoire personnelle, histoire qui s’articule pour lui  à l’histoire d’un lieu géographique.

Douch parle français et s’exprimera tantôt en français, tantôt en cambodgien. Il ne fait pas partie des tyrans qui ont une pathologie particulière. F. Sironi recherche donc les facteurs qui ont l’ont conduit à devenir qui il est devenu. Parmi ces facteurs, et ceci rejoint aussi notre problématique relative à la déportation et au nazisme, il faut savoir que beaucoup des anciens instituteurs pétinistes qui ont été actifs pendant le régime de Vichy ont été envoyés dans les colonies. Douch a ainsi été formé par des instituteurs aux idéologies peu recommandables. Les modèles éducatifs sont un facteur très important dans la formation des bourreaux –et l’on retrouve cela aussi dans l’Allemagne des années 30-. On sait que des blessures de l’enfance peuvent facilement être instrumentalisées par les politiques visant à contrôler les masses d’une façon plus ou moins tyrannique. F. Sironi explique que les situations d’impuissances vécues constituent de véritables bombes à retardement. Le chagrin peut aussi se transformer en colère.

            Quand Douch a été arrêté, en 1999, il était professeur de mathématique dans un camp de Kmers rouges et faisait de l’aide humanitaire. En 1996, il s’est converti au christianisme, nous dit F.S. La raison en serait que le christianisme a gagné contre le communisme. Il a donc converti 14 familles cambodgiennes. On a donc affaire à un homme qui a changé. Et lors de son arrestation il dira « oui, c’est moi, c’est Dieu qui l’a voulu. » Il reconnaîtra 85 % des faits contre lesquels il est accusé. Il a exprimé, nous dit F.S. des regrets mais aucune culpabilité. Il a aussi précisé qu’il portait une responsabilité collective. F.S. emploie l’expression d’homme clivé, ce qui rejoint l’analyse que j’avais proposé dans ma dernière conférence sur les bourreaux en m’appuyant sur le cas de Richard III (cf. pièce de Shakespeare) qui dit et répète : I am me, pour se convaincre que le « je » est aussi le « moi ». Dans cette œuvre on voit bien la dissociation qui s’est effectué entre le criminel qui assassine ses deux neveux pour prendre le trône et l’homme qui prend conscience petit à petit de son acte. Les deux personnalités se battent en un même esprit. Ceci est d’autant plus visible qu’Edward, le roi malade, dans son lit de mort demande la réconciliation des ennemis, réconciliation à laquelle va se plier Richard. Mais revenons-en à notre compte-rendu : F.S. parle donc de « clivage ». L’homme, l’humain et le criminel font deux.

            Le point fort et absolument admirable de la démarche de F.S. est la conception selon laquelle le procès a servi pour faire en sorte que Douch sorte de l’effet de désempathie dans lequel il était plongé et il me semble que c’est là, la pierre angulaire de l’étude de la barbarie. Pendant les vacances dernières, j’ai écrit un article sur la transmission du savoir issu du récit de déportation et j’y montre toute l’importance de la prise en compte de l’émotion dans la constitution de l’humain. Un homme, un femme que l’opinion qualifie de « sans cœur » devient capable de nuire à autrui et de trahir sa propre humanité. C’est semble-t-il dans cette forme de trahison qu’est plongé Douch. Le procès a donc aussi pour fonction d’objectiver les faits et de les placer devant le sujet qui les a commis. Je pense qu’en procédant de la sorte on fait aussi ressortir la responsabilité du criminel, c’est-à-dire ce qui le constitue fondamentalement en tant que sujet. Aristote, dans La métaphysique, disait que le fou n’a pas de responsabilité. Pour être pleinement responsable, il faut être conscient de ses actes, mais si nous sommes blindés, c’est-à-dire si un système totalitaire nous empêche d’avoir accès à notre propre sensibilité et de la vivre en l’utilisant comme soupape de sécurité, alors nous nous trouvons dans ce que F.S. nomme la désempathie. C’est ce que j’ai montré dans mon article sans avoir songé à cette idée fondamentale de désempathie. L’empathie est pourtant très étudiée aujourd’hui en philosophie et dans les sciences neuronales. Elle constitue un lien fondamental entre les hommes. Ne plus être capable d’accéder à son empathie, c’est donc déjà être suffisamment modelé pour répondre à des ordres déshumanisants. Cette absence d’empathie on la retrouve dans un système philosophique très connu : le stoïcisme dont la maxime est de rester indifférent aux choses indifférentes, c’est-à-dire aussi insensible à la douleur (cf. à cet égard les travaux de Pierre Hadot). F.S. évoque dans le cas de Douch, cette fascination pour le stoïcisme.

            F.S. évoquera aussi les facteurs qui ont pu conduire Douch a éprouver cette impuissance dans l’enfance. Ces facteurs sont nombreux et semble a priori, mais à priori seulement donner une version rationnelle d’une relation de cause à effet qui a pu conduire un homme humilié à devenir un bourreau. On pourrait aussi évoquer le cas d’Hitler.

            J’ai trouvé cette conférence tout à fait passionnante, mais certains points m’interpellent. En effet, je me demande s’il est vraiment possible d’aborder un homme qui est passé dans le domaine de l’irrationnel ou de la dis-proportion, pour reprendre le vocabulaire que j’ai utilisé dans des articles publiés récemment, à partir de catégories rationnelles. Je ne vois pas comment aborder le bourreau autrement qu’avec ces catégories, mais, je pense qu’il serait aussi intéressant de connaître les silences du bourreau. Je pense aussi, à l’inverse de F.S., qu’il n’est pas mauvais de considérer le bourreau comme un monstre : je vois dans ce positionnement la possibilité pour l’analyste (qu’il soit philosophe ou psy…), de poser sa négativité et toujours éprouver les repères de sa propre humanité, de sa propre personnalité. Ceci dit, je suis tout à fait d’accord pour considérer la réhumanisation du bourreau ou disons, la prise de conscience restauratrice, à ceci près que l’acte qu’il a perpétré ne sera jamais restauré ou réparé, la peine de prison, soit-elle conçue dès l’antiquité comme une réparation. Rien ne se répare quand il s’agit de crime qu’il soit celui d’une personne ou celui de dizaines de milliers de personnes. Il me semble donc sage de s’armer de notre différence de manière à ne pas sombrer dans une forme de compassion pour le bourreau qui a pu mener le jeune Kingsley, expert de Goering à suivre l’exemple de son suicide.

            Le problème posé ici est celui de l’approche du bourreau : faut-il le ramener à son humanité muni de notre compassion ? Faut-il le ramener à son humanité muni de notre capacité de négativité ? Le problème du travail avec des bourreaux, soit-il un travail philosophique est aussi le problème de la posture dans laquelle nous devons nous trouver. Comment penser le crime ? Comment penser le bourreau ? La question du pardon était d’actualité lors de ce congrès, le pardon pose la question de l’empathie vis-à-vis du bourreau.

 

 

 

 

 

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 10:48

Bien que la philosophie, dès ses origines, s’applique à elle-même les leçons de la vie, nous ne nous trouvons pas du tout dans le même domaine que dans les sciences occultes. Le penseur de l’origine essaie de comprendre le monde dans lequel il vit et d’élaborer des récits probables correspondant à la réalité perçue de ce monde.

Même si, dès ses débuts, la philosophie n’est pas tout à fait affranchie de certaines pratiques religieuses, elle ne pratique pas les formules d’incantation. Ces formules sont le fait d’une croyance en un rapport de cause à effet : c’est parce que je vais dire des formules magiques, que, par exemple, les états du ciel me seront bénéfiques. Si je suis paysan, les dieux pourront m’écouter et faire pleuvoir.

Dans un ouvrage intitulé Penser la Bible, Paul Ricoeur spécifie que même la prière n’a pas pour objectif d’accorder un état du monde aux souhaits formulés par le croyant.

Les sciences occultes, qui peuvent être associées à une forme religieuse très particulière, n’ont pas, comme leur nom l’indique, pour vocation d’éclairer leur adepte. Elles s’appuient souvent sur des rituels par lesquels on croit que le monde va se transformer selon le vœu que l’on prononce.

Je ne suis pas spécialiste de la branche de l’anthropologie qui réfléchit sur les sciences occultes, mais ce que je peux vous répondre c’est que j’ai eu l’occasion d’aller à un congrès à La Nouvelle Orléans et que mon hôtel se situait dans le quartier français où il y avait toutes sortes de petites boutiques vendant des objets pour pratiquer le vaudou. Par curiosité, je suis entrée dans l’une de ces boutiques en en ressortant très vite tellement j’ai été horrifiée de constater à quel point la haine peut habiter le cœur des hommes. Dans cette boutique, il y avait des poupées, avec des jeux d’épingles que l’on enfonce dans le corps de la poupée que l’on identifie à une personne que l’on souhaite voir souffrir. Il y avait aussi des poupées de femmes enceintes. Le processus est le même : on utilise des aiguilles pour leur souhaiter malchance et souffrance. Il y avait beaucoup d’autres choses. Pour aller plus loin dans la haine et le souhait de haine, on pouvait aussi payer des « spécialistes » capables de jouer à votre place de ces petites aiguilles.

Voilà un monde très sombre et foncièrement à l’opposé de la réflexion philosophique qui vise pour celui qui la pratique à toujours mieux comprendre le monde dans lequel il se trouve et à manifester toujours mieux la bienveillance résultant de la réflexion. Cette pratique de la philosophie ne peut qu’être bénéfique et elle est sans risque pour celui qui s’y adonne. Au contraire des sciences occultes, je dirai qu’elle apporte beaucoup de bonheur et de force d’âme, une joie profonde et indéfectible. Cette joie est peut-être le résultat du sentiment de liberté et de hauteur que provoque la réflexion (cf. Pierre Hadot, N'oublie pas de vivre : Goethe ou la pratique des exercices spirituels). Il serait intéressant d'y réfléchir. La culture de la haine, quant à elle emprisonne la personne et l'empêche de jouir de la richesse du monde. La pratique des sciences occultes n’est pas non plus sans risque, surtout quand on consulte, pour de l’argent des personnes peu recommandables et spécialistes de la haine.

Il est surprenant que ces pratiques ancestrales, issues de croyances ancestrales puissent perdurer dans notre société. Elles montrent que nous avons encore bien du travail pour éduquer les esprits et surtout pour empêcher la barbarie.

J'espère à travers cette petite réflexion vous avoir montré la différence fondamentale qui sépare la philosophie des sciences occultes. Je terminerai en disant que la personne qui se livre à de sombres pratiques ne fera pas changer le monde par la magie. Si une chose peut changer toutefois, c'est elle-même parce qu'elle cultive de mauvaises pensées. Quant à l'argent dépensé dans de telles choses il ne fera pas fructifier la joie et pourra entraîner des ennuis. Par contre, je pense foncièrement que l'argent que l'on peut verser à des associations humanitaires ou aux personnes en difficulté  peut lui non seulement répondre à un besoin vital mais aussi, par voie de conséquence nous procurer le plaisir d'avoir pu aider. C'est précieux, il me semble, surtout dans une société où la pauvreté ne cesse de croître et c'est une autre façon de transformer le monde tout en s'octroyant à soi-même la joie que suscitent en chacun la générosité et le partage.

"Cultive ton jardin" disait Voltaire.  Le jardin, c'était l'école d'Epicure, au même titre que l'Académie était celle de Platon et le Lycée, celle d'Aristote.

Je reste à votre disposition pour toute question.

Cathy Leblanc

 

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 09:07

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                                                                           "Resister"

                                                      Inscription figurant sur la margelle du puits

 

                                                                                                             Par Marie-France REBOUL 

Compiègne 3 septembre 1943 : départ de 943 prisonniers du camp de Compiègne-Royallieu pour le camp de travail nazi de Buchenwald. C’est le deuxième grand transport parti de Compiègne pour ce camp ; le premier est parti le 25 juin avec 944 hommes, 435 en revinrent, 415 déportés du 2ème convoi rentrèrent en France. Dans les deux cas, plus de la moitié des déportés disparut.

 Depuis le 24 septembre 1942, Laval, chef du gouvernement du général Pétain, sous la pression des Allemands, a créé le Service du travail obligatoire qui contraint les hommes de 18 à 50 ans et les femmes célibataires de 18 à 35 ans à partir travailler en Allemagne. Si de jeunes hommes et jeunes femmes se sont engagés dans la résistance, d’autres refusent de partir travailler pour l’Allemagne nazie et décident de rejoindre l’Afrique du Nord où les Alliés ont débarqué le 2 novembre 1942. Beaucoup d’entre eux se font arrêter par la Gestapo avant la frontière espagnole d’où le nom de « frontaliers » qui leur a été donné par les historiens actuels. Ils n’en sont pas moins des résistants. Je ne commenterai pas davantage l’historique de ces convois, des historiens l’on fait avant moi. Du deuxième convoi les déportés portent le matricule 20 000 et …  mais ce qui m’intéresse ici c’est le sort de quelques hommes et non de matricules. C’est la raison aussi pour laquelle je ne parlerai pas d’hommes connus tels Hélie de Saint-Marc et le général d’Astorg, tous deux du convoi du 3 septembre et transférés ensuite dans les Kommandos de Langenstein pour l’un, de Dora pour l’autre. Je ne parlerai que de quelques déportés que j’ai connus et qui me sont proches.

 

 Mon oncle maternel et deux de ses amis, âgés de 21 à 23 ans ont été arrêtés à la frontière avant Irun et ont été enfermés à la prison du Hâ de Bordeaux puis transférés à Compiègne en août 1943. Ils étaient tous trois protestants et y ont connu Aimé Bonifas, fait prisonnier le 13 juin 1943 à 2 kilomètres de la frontière au sud de Perpignan, détenu à Toulouse puis envoyé à Compiègne en juillet. Avec Aimé Bonifas[1], devenu ensuite pasteur, vous vous êtes mutuellement soutenus. La vie au camp de Royallieu est, si j’ose le dire, un « paradis », avant les camps de concentration « …nos journées sont bien remplies par nos diverses activités culinaires, sportives, théâtrales, intellectuelles et spirituelles ; il nous arrive même de répondre à une invitation : « je n’ai pas le temps ! ». Nous avons le sommeil bon malgré le fléau des puces.[2] »

 

Le soir du 2 septembre, vous faîtes partie de ceux retenus à l’appel. Le 3 septembre c’est le départ à pied pour la gare de Compiègne puis la montée dans les wagons à chevaux. Beaucoup voulaient s’enfuir pendant le voyage. Trois d’entre vous ont essayé de s’échapper. Tu m’as raconté, mon oncle, que tu faisais partie du 3ème groupe qui devait tenter une évasion, mais la deuxième tentative à Revigny échoua et les SS vous obligèrent à vous déchausser, puis à vous entasser dans un autre wagon où vous étiez plus de quatre-vingt-dix. Aimé Bonifas fait la même expérience dans un autre wagon, décidé avec d’autres à s’échapper mais les SS devant les différentes tentatives se méfient « Un soldat… ouvre notre porte et nous menace horriblement. Il nous fait retirer nos chaussures (…) un madrier est cloué de l’extérieur sur l’ouverture que nous avons fabriquée…nos espoirs s’envolent. [3] »

 

 

Seul P.Geistodt-Kiener réussit à s’évader, il est repris, interné à Metz puis à Sarrebruck et arrive à Buchenwald le 21 ou le 28 septembre.

 

Arrivés à Weimar « …nous voilà sur le quai d’une gare de triage. De tous les wagons sortent des êtres ridicules, en caleçons, en pans de chemise, pieds nus. Certains ont le visage meurtri[4]

Vous gagnez Buchenwald à pied par le « chemin de sang » comme l’appelèrent les déportés qui construisirent la route car rien ne reliait Weimar à l’emplacement où le camp fut bâtit par les déportés en 1937, mais vous ne le savez pas encore.

« Soudain, un panneau jaune et noir attire mon regard. Je lis un nom : « Buchenwald »… Buchenwald…Buchenwald…ce nom me rappelle quelque chose, mais quoi ? …Je me souviens maintenant…c’est un soir de novembre, en 1939…Confortablement assis dans un fauteuil de ma chambre, la T.S.F en sourdine, je lis un ouvrage. Il s’agit du « Livre Blanc n°2 » en anglais qu’a publié le ministère des Affaires étrangères. Ce document traite des atrocités nazies dans les camps de concentration de Dachau, d’Oranienburg et de…Buchenwald…Vais-je m’arrêter, me laisser abattre ? Non, je continue à courir, serrant les dents.[5] »

Arrivés au camp, les soldats et les gardes font aligner les déportés en carré. « Devant nous, un cadavre gît les bras en croix[6] » raconte Aimé Bonifas. L’attente est longue, puis l’on vous fait entrer dans la salle des douches, vous devez vous déshabiller et salle par salle vous entrez dans le monde concentrationnaire, douchés, désinfectés, rasés des pieds à la tête, habillés de vêtements rayés avec des galoches en bois aux pieds et un triangle rouge avec un F inscrit en noir puis un carré portant des chiffres : 20 302, 20 424, 20 801 qui vous désignent désormais : vous voilà transformés en stück[7] de par la volonté des nazis. Mais vous restez des hommes, des résistants.

 

C’est en décembre 1943 que toi, mon oncle, tu retrouves sur le chantier où tu travailles « deux bons amis coreligionnaires, Guy Raoul-Duval et Pierre Walter. Le premier venait d’être reçu à l’Ecole Normale Supérieure quand… et le second est lieutenant aviateur. Ils ont été arrêtés ensemble pour les mêmes motifs que moi. Maintenant nous sommes occupés à creuser un fossé le long d’une baraque qui est destinée à loger du personnel civil allemand de l’usine.[8] » Arrivés par le convoi du 17 septembre, tes amis veillent sur toi fragilisé par de la fièvre qui t’a conduit au revier[9]. Pendant quinze jours vous réalisez « un des meilleurs coups de votre vie de bagnards  en creusant une partie de la journée et en rebouchant un autre tronçon pendant l’autre partie.[10] »

 

Vous serez ensuite séparés, Aimé Bonifas, Guy Raoul-Duval et Pierre Walter transférés à Dora. Toi, mon oncle, hospitalisé au revier pour un abcès à la jambe, tu resteras à Buchenwald ou d’autres kommandos dont Weimar après le bombardement d’août 1944. Sont toujours aussi à Buchenwald  tes 2 amis Georges Liabeuf et P.Geistadt-Kiener. Mais en septembre 1944, vous êtes séparés, tes amis envoyés en kommandos extérieurs. C’est un coup terrible « Désormais, je vais être seul à lutter. J’aurai des camarades nombreux…mais je ne retrouverai plus cette chaleur, cette confiance qui nous a liés pendant la plus dure période de notre existence concentrationnaire[11]…Seule la foi en Dieu demeure »

 

Vous étiez jeunes, étudiants et ce sont vos meilleures années de jeunesse qui ont été assassinées dans les camps. Aussi me suis-je interrogée sur cette force de résistance qui vous a fait tenir. Vous étiez tous protestants ; le terme de RESISTER a une connotation protestante. On a trouvé ce verbe gravé sur la margelle du puits de la Tour de Constance à Aigues-Mortes, prison royale pour les femmes protestantes surprises à pratiquer leur foi qui avait été interdite par la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685. Ce serait Marie Durand, fille de pasteur, âgée de dix-neuf ans, enfermée dans la tour de 1730 à 1768 pour avoir assisté à un culte clandestin dans le Languedoc, qui l’aurait gravée pour encourager ses compagnes à ne pas abjurer leur foi.

 

Résister a été à nouveau le mot d’ordre des protestants français pendant la 2ème guerre mondiale. « Résister ! C’est le cri qui sort de votre cœur à tous, dans la détresse où vous a laissés le désastre de la Patrie. C’est le cri de vous tous qui ne vous résignez pas… » écrit la protestante Yvonne Odon, bibliothécaire du Musée de l’Homme, dans l’un des premiers fascicules de ce groupe de résistance organisé très tôt.

Résister est écrit à Londres par les protestants des Forces françaises libres au bas d’un écusson au-dessus duquel étaient dessinées la croix de Lorraine, la croix huguenote et la Tour de Constance.

 

On sait combien une idéologie politique peut aider à tenir dans de telles circonstances, par exemple celle des communistes convaincus de la possibilité d’une société meilleure.

Protestants convaincus, vous avez résisté aux camps, soutenus par la foi « O Dieu, toi qui es toute réponse, toi seul qui peut finir nos angoisses, nous te supplions de venir à notre secours car nous périssons [12]» murmure mon oncle un jour d’appel.

 

RESISTER c’est ce que fit le pasteur Marc Boegner, président du Conseil national de l’Eglise Réformée de France en condamnant publiquement le 26 mars 1941 le premier statut des Juifs et le 20 août 1942, après la rafle du Vel d’Hiv, les persécutions contre les Juifs.

Le dimanche 6 septembre 1942, à l'issue de l'Assemblée du Désert à Mialet, qui réunit les protestants français chaque premier dimanche de septembre pour commémorer leur résistance religieuse après la révocation de l’Edit de Nantes, Marc Boegner demande aux nombreux pasteurs présents de tout faire dans leur paroisse pour cacher les Juifs.

En 1943, il condamne aussi l'envoi forcé des travailleurs en Allemagne au titre du STO.

 

Le 11 avril 1945, présent parmi les déportés sur la place d’appel qui célèbre la libération du camp de Buchenwald, le détenu 20 421 redevenu Michel Julien s’écrie « Sur cette même place où tant et tant de nous ont souffert pendant des années, sur cette place où j’ai eu froid, où j’ai désespéré, où j’ai eu faim, où j’ai prié, d’où sont partis tant de mes camarades vers la mort : aujourd’hui sur cette place, je me tiens DEBOUT VIVANT ET EN HOMME LIBRE [13]! »

Il dédie les pages du récit de sa captivité « A ses deux amis dont l’un ne revint pas et à tous les assassinés et morts dans les camps. »

 

Le 3 septembre 2013 souvenons-nous des déportés des convois de Compiègne et d’ailleurs.



[1] Détenu 20801 dans les bagnes nazis, éd. FNDIRP, 5ème édition, 1999.

[2] Ibid, page 33

[3] Ibid, pages 35, 36

[4] M.J. matricule 20 424, Souvenirs de captivité, manuscrit inédit, 1947

[5] Ibid, pages13, 14

[6] A.Bonifas, op.cit., page 39

[7] Morceaux, en allemand

[8] Op.cit. 4, page81

[9] infirmerie

[10]Op.cit.4, page 82

[11] Ibid, page203

[12] Idem, page 125

[13] Idem, page 290

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 13:42

Cathy Leblanc

L’édition du samedi 29 décembre 2012 du journal « Le Monde » est particulièrement riche en ceci qu’elle montre les changements insensibles mais certains que nous sommes en train de vivre aux quatre coins de la planète. Face à ces changements multiples qui viennent petit à petit faire changer le visage et la personnalité du monde, de grandes questions se posent.

On nous parle du séquençage du génome humain. Nous pouvons donc désormais être « décodés », entièrement identifiés, par delà les mots que nous pouvons utiliser pour le dire. Il s’agit en fait davantage d’un décryptage que d’un décodage si bien que ce qui constitue le secret de ce que nous sommes, ou en tout cas d’une partie essentielle de ce que nous sommes : nos gènes, peut désormais être exposé à une pratique à laquelle nos sociétés occidentales s’adonnent avec des excès non dissimulés, à savoir l’évaluation. S’il devient désormais possible de prévenir les maladies, il devient désormais possible de construire une société signée Aldous Huxley et le débat sur l’eugénisme n’est pas prêt de se tarir. Cette pratique est un peu à l’image du pharmakon grec, qui est à la fois remède et poison. Remède et poison : la révolution industrielle, le communisme, mais aussi le national socialisme qui a commencé par rétablir la balance économique de l’Allemagne prisonnière de la crise économique de 29 et de la donne du Traité de Versailles. Remède et poison : la religion hors des limites de la simple raison. Remède et poison, le sur-développement du crédit. Dans tout ceci, le manque crucial est une notion qui était fondamentale en Grèce antique, celle de l’équilibre. Sous-jacente à tous les domaines de réflexion, l’équilibre produit la tempérance (Platon), la santé (Hippocrate), la justice (Aristote).

Mais a-t-on les moyens de veiller tout particulièrement sur l’équilibre ? L’éducation veille-t-elle aujourd’hui à enseigner cette valeur et la manière de la vivre ou de l’appliquer ? La notion d’équilibre fait-elle partie de la conscience contemporaine ? On pourrait répondre que oui, tant l’équilibre économique est présent dans le discours d’actualité. Le problème est qu’il est tellement présent qu’il n’incarne plus l’équilibre. L’économie est devenue l’étalon par rapport auquel faire ses choix. Elle est essentielle puisqu’elle permet la répartition des richesses de la planète et le fonctionnement du commerce, mais n’oublie-t-on pas les biens de l’esprit, de la culture, de l’art ? On parle de la balance commerciale mais on ne parle pas de niveaux de débats. Il n’y a d’ailleurs aucun indicateur pour cela.

L’évaluation est donc aussi une affaire d’économie. Souvenons-nous du sens de ce terme « économie » que l’on peut utiliser dans une expression peu usitée pourtant : « l’économie d’une pensée », qui signifie la manière dont elle est constituée et répartie. Aujourd’hui le sens chiffré de l’économie est devenu l’unique sens qu’elle porte. Pourquoi cet attrait pour le chiffre aujourd’hui ? Pourquoi cette quasi-obsession de l’évaluation ? Il faut tout évaluer et faire des bilans de tout si bien que plus rien n’est gratuit. Derrière cette disparition de la gratuité, c’est aussi paradoxalement la valeur ajoutée qui disparaît : ce que l’on ne peut mesurer. On peut alors finalement se demander si notre société ne manque pas de confiance si bien que l’équation fait se rencontrer le chiffre d’un côté et l’indice de confiance de l’autre : plus on évalue, moins fait confiance. On pourrait dire les choses autrement : plus on évalue, moins on laisse de liberté à l’initiative personnelle si bien que les savoirs personnels deviennent des savoirs communautaires et que la notion de création, d’originalité, et même de personnalité reculent devant des absolus surévaluant le fonctionnement du groupe. Et petit à petit, on configure le groupe comme on configure un ordinateur. Peut-être même, l’ordinateur et son fonctionnement sont-il la clé de nos nouvelles représentations et des nouveaux fonctionnements institutionnels. On est aussi à proximité du couple conceptuel local/global qui trouve à se vivifier en essayant de transposer le global au niveau du local, le local étant toujours davantage à proximité de la personne que le global, dans l’ordre duquel la personne devient un individu.

De l’évaluation, qui tient de l’approche globale et a pour effet de ramener le local au niveau du global, nous pourrons dire qu’elle institue une distance vis-à-dire de la personnalité et que par suite, la notion de personnalité s’efface au profit de l’adaptabilité dans l’ensemble global. Mais alors à quel besoin métaphysique correspond pour l’humain, le fait de se diriger vers d’adaptabilité de groupe ? Souffre-t-on d’un manque crucial de cohésion ? Quel remède le global constitue-t-il ?

 

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