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Vous trouverez ci-après une question que m'adresse Murielle, étudiante dans le groupe FORTUL à Cambrai ainsi que quelques éléments de réponse que je lui ai fournis.
Le 19 octobre 2009

Bonjour Cathy
 
J'espère que vous allez bien. Je viens de terminer le livre : oser parler du handicap. Approches éthiques et théologiques. Vous remercierez vos collègues de l'université catholique de Lille de ma part car je trouve ce livre merveilleux.
D'autre part, pour revenir au cours, tout en établissant une relation avec ce livre que je viens de lire, je me pose une question.
Platon voulait tout mettre en commun et nous avons vu la notion d'hospitalité du point de vue matériel mais qu'en est-il du point de vue humain ? Qu'en est-il des plus faibles et des plus démunis, de ceux qui ne peuvent accéder à la réflexion ? Mettre en commun femmes et enfants, ce n'est pas la le plus difficile, car je pense que c'était surtout les femmes qui s'occupaient des enfants mais s'occuper des plus démunis, dans le terme, c'est autre chose ? Etait-il comme Aristote, pour l'euthanasie ?
A l'avance, je vous remercie de m'éclairer sur mes questions philosophiques
 
Bonne semaine
Murielle



Chère Murielle,
 
Je transmettrai vos remerciements à mes collègues et je vous remercie personnellement de votre mail et de vos questions....ESSENTIELLES !
Je fais un cours de philosophie antique sur l'origine du logos et les sources de la rationalité à Lille et la raison en est liée à mon intérêt
pour ce que j'appellerai la cause humaine.
 
L'histoire des hommes peut être vue de deux manières : soit l'histoire de la barbarie
étant donnée que les événements historiques sont, le plus souvent et jusqu'à très tard, toujours liés à des "batailles" et des morts,
soit l'histoire de la raison. Mais l'une ne va pas sans l'autre et dans l'histoire de la raison, si l'on se penche donc sur le monde
des idées, un manque crucial apparaît : celui de l'humain. Quand Hegel parvient, à l'issue d'une longue épopée (La phénoménologie
de l'esprit) à l'esprit absolu, l'humain a complètement disparu, il est méprisé par la puissance de l'esprit. Chez Nietzsche, même
topos. Chez Kant la morale est dédiée au plus fort. Pas de place pour la faute, pour la faiblesse, pour l'écoute.
Cette histoire de la rationalité est loin de penser le handicap, la faiblesse, la faute, le pardon, l'humilité même et puisque
le sujet est devenue à travers elle tout puissant.
 
Pour en revenir aux théories platoniciennes. On pense d'après cet extrait du livre V de la République, que l'infanticide est pratique conseillée dans les cas de difformité :

Quant aux jeunes gens qui se seront signalés à la guerre ou ailleurs, nous leur accorderons, entre autres privilèges et récompenses, une plus large liberté de s'unir aux femmes, pour qu'il y ait prétexte à ce que la plupart des enfants soient engendrés par eux.
Tu as raison.
Les enfants, à mesure qu'ils naîtront, seront remis entre les mains de personnes chargées d'en prendre soin, hommes, femmes, ou bien hommes et femmes réunis; car les charges sont communes à l'un et à l'autre sexe.
Oui.
Ces préposés porteront les enfants des sujets d'élite au bercail, et les confieront à des nourrices habitant à part dans un quartier de la ville. Pour les enfants des sujets inférieurs, et même ceux des autres qui auraient quelque difformité, il les cacheront en un lieu interdit et secret
, comme il convient.
... Si l'on veut conserver sa pureté à la race des gardiens, ajouta-t-il.


C'est pour ces raisons précises, parce que l'humain m'a paru trop absent voire bafoué dans certaines philosophies que j'ai choisi de faire ma thèse
sur un auteur pour lequel l'humain est remis à l'honneur à l'aune de l'Être. Il y a chez Heidegger une approche très chrétienne de l'humain même
s'il s'affiche comme philosophe ayant rompu avec la religion. J'ai également beaucoup d'admiration pour les pensées de Paul Ricœur et d'Emmanuel Levinas.
Et je trouve qu'une pensée comme celle d'Augustin permet de trouver à la fois joie et humilité puisque justement le sujet n'est pas tout puissant et que son rapport à la transcendance s'appuie sur l'écoute.
 
 Cathy
 

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