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29 juillet 2007 7 29 /07 /juillet /2007 16:46
 
 

 

 

Présentation

 

 

            Ce qu'il y a d'extraordinaire quand on commence à parler de la pensée, c'est que l'on crée systématiquement des espaces nouveaux. Il y a (es gibt) dans le domaine de la pensée une spatialité sémantique qui ouvre sur une quasi-matérialité. Ainsi en suis-je venue à la conclusion suivante : "je parle donc je touche". Qu'est-ce que parler, c'est dessiner, sculpter, forger, façonner, c'est donner prise, donner lieu, solliciter, appeler, confier.

La pensée ne tient ni d'une vapeur métaphysique, ni d'une virtualité sémantique dégageant de la part du locuteur toute responsabilité, elle ne tient pas non plus d'une légèreté qui lui permettrait de devenir multi-forme et de pouvoir s'aventurer de n'importe quelle manière dans n'importe quel domaine.

La pensée est surtout et avant tout un acte de responsabilité et son exercice est l'apprentissage d'une mesure entre formulation et engagement. Penser est un "acte de langage" et cette expression, entrée dans le vocabulaire de la philosophie aussi bien que dans celui de la linguistique (cf. Austin et ses philosophical papers), ne doit pas occulter ce qu'elle cache précisément parce qu'elle est entrée dans un vocabulaire, c'est-à-dire aussi dans une liste.

Quand Calepino, moine italien (1435-1511) commença à recenser les mots latins pour les ordonner dans un dictionnaire, sous forme de fond disponible, il avait conscience de la nécessité d'un répertoire et d'une norme. Le problème du répertoire est que derrière la liste des mots, peut être occultée la profondeur de chacun de ceux-ci. Que cela signifie-t-il au juste ? Cela veut dire que lorsque je regarde une liste de mots, je n'ai pas à l'esprit le contenu de chacun des mots, mais je cherche d'abord le lien qui les unit, la propriété commune, soit-elle graphique ou sémantique, mais je vois d'abord l'ensemble.

C'est aussi le sort qui attend le mot dans les listes de mots que nous énonçons pour former des phrases. Dans une phrase le mot perd son statut de mot de liste pour devenir un ancrage sémantique et syntaxique. La combinaison de ces deux propriétés lui confère sa puissance, c'est-à-dire lui octroie sa présence. Dans les multiples moyens que me fournit la langue, les langues, je peux jouer sur l'intensité des mots. Ainsi, si je dis "Le chat est sur le paillasson", j'énonce une vérité possible, probable, non virtuelle. Si je dis "Regarde ! Le chat est sur le paillasson", non seulement j'énonce cette vérité mais j'attire l'attention de la personne à qui je m'adresse, mon interlocuteur ou mon interlocutrice sur cette vérité. L'impératif possède ainsi comme fonction de rendre possible au locuteur d'aller chercher son interlocuteur comme par la main.

            La difficulté posée par ce qu'est devenu le langage de la vie quotidienne dans notre société –et c'était déjà le cas dans le monde dans lequel évoluait Heidegger, mais aussi dans la langue de "la philosophie, c'est-à-dire de la métaphysique"[1], est que dans la profusion proposée par les réseaux de communication, par la mise en œuvre d'une parole à tout va, qui a, certes le mérite de pouvoir maintenir les liens entre les humains, le monde qu'il y a derrière chaque mot s'efface, le mot perd sa valeur, sa profondeur, son faire-présence, dans les flux nombreux de parole. Le mot s'érode comme un relief soumis aux intempéries. Sa valeur ou consistance est souvent cachée et peu de mots confèrent encore aux interlocuteurs la sensation d'être accueilli ou d'être accompagné d'un geste qui vient les prendre par la main et par là même rendre au mot sa capacité de toucher vraiment, sa capacité d'être toute présence, la capacité d'abriter encore l'Être en faisant entrer celui qui écoute dans son sens.

 

 

 

 

            Et nous nous posons trois questions fondamentales avec Heidegger :

 

 

1. Comment retrouver l'Être, où chercher pour le retrouver ?

 

 

2. La manière dont l'histoire de la philosophie s'est occupée de la pensée a-t-elle permis de laisser toute sa place à l'Être ou s'est-elle focalisée sur autre chose ?

 

 

3. Quelle méthode pour retrouver l'Être ?

 

 

 

 

            1/ A la première question, celle de savoir comment retrouver l'Être et où le chercher, il convient de considérer une conclusion fondamentale : si l'Être n'est pas présent dans la pensée contemporaine, alors cela veut dire que nous ne pensons pas. Heidegger dans Qu'appelle-t-on penser répètera –et cette répétition possède une fonction éminente conduisant à la méditation- que nous ne pensons pas encore : nous sommes dans un "noch nicht". Cette conclusion ou axiome suscite beaucoup de questions. En effet comment, après toute l'histoire de la philosophie, après toute l'histoire des idées, après toute l'histoire de la pensée, n'en sommes-nous qu'à un tel résultat ? D'autre part, si cette assertion est vraie et nous sommes en droit de nous poser la question, alors pourquoi Heidegger consacre-t-il son attention à l'histoire de la philosophie, pourquoi accorde-t-il toute son attention aux œuvres des philosophes ? Pire pourquoi médite-t-il sur les pensées de penseurs qui n'étaient pas encore des philosophes ? Il ne s'agit pas d'ignorer l'histoire de la pensée ou de la philosophie tout au contraire et dans ce même ouvrage : Qu'appelle-t-on penser (cours du semestre d'été 1952), Heidegger mettra l'accent sur l'importance de la reconnaissance et de son lien au remerciement : "Denken ist Danken". Penser c'est remercier, faire acte de reconnaissance ou de gratitude. Il s'agit par suite d'emprunter un nouveau chemin (Weg) et de considérer que la posture dans laquelle nous nous trouvons ne convient pas pour penser l'Être et penser l'Être, c'est cela que Heidegger nomme "penser". Penser véritablement, c'est penser l'Être. La question devient alors celle de savoir où le chercher ? C'est dans le dire poétique et principalement chez les présocratiques que Heidegger trouvera un sol ontologique véritable. Et ce sol apparaîtra surtout à partir de la deuxième ou seconde partie de son œuvre, celle sur laquelle nous avons choisi de travailler pour des raisons que nous expliquerons d'ici quelques instants.

 

 

 

 

2/ La manière dont l'histoire de la philosophie s'est occupée de la pensée a-t-elle permis de laisser toute sa place à l'Être ou s'est-elle focalisé sur autre chose ?

La question appelle sa propre réponse à savoir que la manière dont l'histoire de la philosophie s'est occupée de la pensée n'a pas permis de laisser toute sa place à l'Être puisqu'elle s'est focalisée sur l'étant et sur la subjectivité ayant ainsi perdu l'Être de vue. Heidegger s'inscrit donc comme l'initiateur d'un autre commencement de la pensée, celle de l'Être. Il faut désormais "penser l'Être". Et pourtant, ceci ne fait pas, selon Marlène Zarader, de Heidegger un penseur du commencement.

L'œuvre s'ordonne à partir de trois moments principaux ainsi que l'indique Jean Greisch dans La parole heureuse : le premier moment se concentre sur la question du sens de l'Être, le second sur celle de la vérité de l'Être et le troisième sur celle du site de l'Être, de son topos. Notons que cette périodisation peut apparaître de façon différente : ainsi la tradition américaine et en particulier William Richardson fera-t-il la différence entre le premier et le second Heidegger. La jonction se situe alors au niveau de l'Ereignis et du tournant.

 

 

 

 

C'est à ce moment que Heidegger prend conscience que retrouver l'Être ne consiste pas à inventer des termes techniques nouveaux comme il le fit dans Etre et Temps (fussent-ils philosophiques), mais d'en revenir à une simplicité de la langue, tâche au combien difficile[2]. Ce tournant est marqué par les Beiträge zur Philosophie (vom Ereignis) qui ont constitué pour nous une pierre d'achoppement d'autant plus que dans ces contributions Heidegger médite sur la notion de Zwischen : l'entre-deux, ce qui est très significatif et dont nous proposons une analyse dans notre huitième chapitre (p.393). Je renvoie ici aussi à l'article que j'avais présenté dans le séminaire de Jean Greisch en décembre 2005 dans le cadre de la préparation académique de la thèse. Il était intitulé "De la vérité de l'Être au sens de l'Être : le tournant 1936-1938" et s'appuyait à la fois sur les Beiträge zur Philosophie et sur Besinnung ainsi que sur les études qu'en ont réalisées Friedrich von Hermann ou Richard Polt dans un ouvrage édité par Scott, Schoenbohm, Vallega-New et Vallega aux Presses Universitaires d'Indiana (2001), ou dans une introduction proposée par Daniela Vallega-Neu dans la même maison d'édition (2005).

Heidegger propose notamment dans les Beiträge un autre commencement de la pensée. En présentant son ouvrage il dira :

 

 

"Les Beiträge questionnent dans un cheminement qui se fraie une voie dans le passage menant à l'autre commencement. Ce cheminement amène le passage dans l'Ouvert de l'histoire et le fonde en tant que très long séjour probable, dans la mise en œuvre duquel l'autre commencement de la pensée ne reste toujours que ce qui est pressenti tout en restant aussi, déjà décisif."[3]

 

 

Si Heidegger décide de placer tous ses efforts sur la pensée de l'Être, c'est qu'il estime que pendant toute son histoire, la philosophie et plus particulièrement la métaphysique s'est occupée de l'étant. En témoigne la place croissante qui sera accordeée à la subjectivité qui trouve son origine dans la philosophie moderne de Descartes et culmine à nos yeux, notamment avec la Logique de la philosophie d'Eric Weil. Il devient donc nécessaire aux yeux de Heidegger de dépasser la métaphysique ou, comme l'affirme Jean-François Mattéi dans un ouvrage intitulé Heidegger, Hölderlin et le Quadriparti, de la contourner :

 

 

"Lorsque Heidegger accomplit le tournant, il ne s'agit pas d'une décision personnelle et d'un choix arbitraire qui le conduirait à tourner le dos à la métaphysique. Son chemin de pensée, qui demeure invariable, contourne de par ses propres forces, le massif métaphysique afin d'ouvrir la vue sur un nouveau paysage. En faisant le détour de la métaphysique, moins pour en effacer l'horizon, comme chez Nietzsche, que pour l'assurer de ses justes limites, Heidegger découvre, entre la cime et l'abîme, cette vaste ampleur du monde que la pensée doit envisager comme un tout. La mesure qui sépare la métaphysique de l'autre pensée tient à la différence d'accentuation entre l'étant et l'Être : ou bien l'on dispose les étants dans l'horizon de l'objectivité pour en diminuer universellement l'être, ou bien l'on fait le saut dans la hauteur de l'être pour s'ouvrir au monde où la métaphysique vient prendre place."[4]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            C'est sur l'étant que l'histoire de la métaphysique a placé ses efforts, il est nécessaire d'ouvrir maintenant une réflexion sur l'Être et par là-même d'ouvrir le champ de la réflexion sur une amplitude nouvelle, sur un paysage nouveau, comme l'énonce Jean-François Mattéi et ce paysage nouveau trouvera un terrain idéal dans la poésie car elle est, pour Heidegger le dire le plus pur (cf. Acheminements vers la parole).

 

 

3/ La méthode : elle consiste en un franchissement de seuils, en l'éclaircissement ou l'établissement de jointure, la première jointure apparaît dès Etre et Temps à travers la différence ontico-ontologique, la seconde jointure se trouve à notre avis dans le saut et dans la dynamique du saut qui permet de passer d'un domaine à un autre, qu'il soit le domaine de la science au domaine de la pensée ou le domaine de l'étant à celui de l'Être. Notons que lors d'entretiens avec Frédéric de Towarcki, personnage essentiel dans la jointure philosophique entre la France et l'Allemagne après-guerre, Heidegger aurait confié qu'il regrettait la pensée du saut et qu'il fallait plutôt penser le passage d'une façon plus harmonieuse. Ces jointures, nous les retrouvons au nombre de six dans les Beiträge, ce dont j'avais proposé une analyse à travers cet exposé sur le tournant dont je parlais il y a quelques instants. Il n'est pas anodin que le terme pour désigner la jointure, en Allemand est le mot "Fug". Ce terme appartient à la fois au vocabulaire quotidien et au vocabulaire musical. En effet que se passe-t-il dans une fugue si ce n'est une jointure des thèmes à travers leur relais. Composée à l'origine pour l'orgue, la fugue requiert de la part du clavieriste, un jeu de passage des voix (3 ou 4). La main droite commence un thème, la main gauche en prend le relais, c'est dans ce relais que se trouve la jointure. Elle marque le passage et le fait que quelque chose de nouveau, le chant, est confié à la main qui accompagnait, tandis que la main qui jouait le thème se voit confier l'accompagnement. Une fugue est ainsi un jeu de relais, de jointure et ce thème est si important que j'ai choisi d'ouvrir ma thèse avec une strophe d'un poème de Hölderlin dont le titre est : Am Quell der Donau : aux sources du Danube. En effet, ce poème figure parfaitement le jeu de la fugue :

 

 

"Ainsi qu'à l'orgue, en accords sonores et splendides,

Dans l'enceinte sacrée, très haut

Jaillissement pur hors des tuyaux inépuisables,

Sonnant l'éveil le prélude au matin commence,

En nappe de fraîcheur le fleuve mélodieux s'épanche

Et gorge d'enthousiasme peu à peu

Toute la demeure au replis d'ombre glacée,

Et voici naître alors, voici qui montent vers le

Soleil de la fête et lui répondent, les voix en chœur

Des fidèles : telle s'en vient

De l'Orient à nous la Parole,

Et contre les rocs du Parnasse, au flancs du cithéron, ô

Asie ! j'entends l'écho venu de toi et il se brise

Au Capitole et des Alpes vertigineusement descendue

 

 

            Et j'ai trouvé à Basilique d'Ottobeuren, la grandeur, l'immensité, le style aussi capable d'accueillir un tel élan, une telle amplitude. C'est le chœur de cette basilique que j'ai fait figurer en arrière plan du poème qui ouvre ma thèse comme pour lui en donner la Grundstimmung ou indiquer qu'il y aura effectivement un certain nombre de seuils à considérer.

            Ce poème mais aussi le décor de la Basilique d'Ottobeuren figurent une amplitude. Or c'est précisément cette amplitude que Heidegger cherche à capturer de nouveau –et cet oxymore (capturer l'amplitude) est très parlant puisqu'il s'inscrit dans la pensée antithétique de Heidegger et dans sa formulation, faisant de la langue nouvelle de la pensée une impérieuse nécessité.

            Or pour le lecteur habitué à suivre l'enseignement et la pensée de la subjectivité, il ne va pas de soi d'accepter, voire de se conformer ou de suivre une pensée qui prend non plus le sujet mais l'Être comme centre. C'est pourquoi l'étude de Heidegger constitue à la fois une expérience de lecture et une expérience de pensée visant à déplacer les repères à partir desquels la philosophie s'est construite tout en s'égarant de la pensée de l'Être. Et si je voulais indiquer en quelques mots le travail que j'ai fait dans ma thèse, je dirais que j'ai voulu analyser la manière dont Heidegger interpelle ce lecteur si familier du repère subjectif pour le transporter en un autre lieu de pensée. J'ai proposé d'une façon ordonnée, une analyse des fondements de cette transposition ontologique, ce qui a nécessité des outils linguistiques comme philosophiques.

            Mais le terme de "méthode" est quelque peu trop ordonné pour correspondre à ce dont il est question chez le second Heidegger et qui culmine dans l'éloge poétique. En effet, Heidegger dira dans les Concepts Fondamentaux que philosopher, c'est "questionner sur ce qui est en dehors de l'ordre." L'ordre fait référence à l'organisation d'une pensée que l'on a pu traduire en français par "la pensée qui calcule" et dont la critique est proposée dans un texte intitulé Gelassenheit (1955), dans les Beiträge (1936-1938) ou encore dans la très célèbre question de la technique (1949) publiée dans les Essais et Conférences. Peut-être alors faut-il préférer au terme de méthode, celui de manière que l'on traduit en allemand par weg et qui signifie également chemin. La question motivant cette avancée sera celle d'en venir à la chose même et celle de l'accès à l'Être. C'est le va-et-vient de cet accès vers l'Être ou à partir de celui à qui s'adresse le texte heideggerien qui nous permet d'envisager un Zwischen de l'expérience de pensée visant à cette transposition ontologique et j'ai voulu retrouver en procédant au chemin à rebours, les traces ou propriétés de ce nouveau sujet de la pensée ontologique, qui est aussi celui qui reçoit l'enseignement ontologique. C'est pourquoi, j'ai composé mon huitième et dernier chapitre sur la place du sujet dans le rapport langue/ontologie en confrontant ce sujet à des théories de la philosophie et de la philosophie analytique, en particulier, celle de Gilbert Ryle, philosophe anglais contemporain à Heidegger et dont le Concept of Mind paraît en 1949.

 

 

Deux mots sur notre méthodologie :

 

            Il a fallu considérer le lien qui unit philosophie et linguistique et si la question du langage chez Heidegger réside dans le domaine de la pensée, analyser cette question dans le domaine de la pensée présuppose que l'on effectue un certain nombre de mesures, que l'on éclaire cette question de façons différentes. L'une des difficultés qui s'est présentée à moi lorsque j'ai voulu entreprendre une analyse de la question du langage chez Heidegger à l'aune de la traduction ontologique et en vue d'en dégager les vestiges de la subjectivité, fut celle de l'option. C'est cette option que médite également Peter McCormick dans  son ouvrage intitulé Heidegger and the language of the world publié en 1976 et que ma famille ici présente m'a offert dernièrement après avoir effectué de nombreuses recherches électroniques. Quelle est cette option ou quelles sont ces options ?

            Nous sommes dans le domaine de la pensée qui implique chez Heidegger, celui de l'émotion, celui de l'éprouver et le savoir essentiel chez Heidegger passe nécessairement par quelque chose qui s'éprouve et ouvre sur un lien crucial entre connaissance et affection, thème du séminaire de Jean-Yves Lacoste lors du premier semestre de cette année universitaire. Penser, c'est sentir, ressentir, être capable de s'émouvoir.

A cet égard, Heidegger parlera de la froide audace du concept. Nous l'avons opposée à la chaleur qui émane du chalet dans soir d'Hiver (Winterabend) de Trakl et dont nous avons proposé une étude dans notre quatrième chapitre parce que l'analyse qu'en propose Heidegger est très significative au regard de son traitement des seuils ou des limites. Le voyageur du poème, dans la détresse, après avoir marché longtemps dans la neige, éprouve un sentiment très fort. Il est touché par la chaleur du foyer devant lequel il arrive et à l'intérieur duquel resplendissent en pleine lumière pain et vin. S'il est possible de parler de la froide audace du concept, c'est que le concept ne conduit plus chez Heidegger dans la chaleur et la vérité de l'Être.

 

 

Remarques méthodologiques :

 

Je voudrais expliquer ici comment j'ai conçu un certain aspect de mon travail de thèse qui ne s'est pas limité à la rédaction de la thèse. J'ai tenu à accompagner le travail de rédaction d'un travail de communication. C'est pourquoi j'ai pris soin de présenter des conférences de façon régulière en France et à l'étranger (Angleterre, Etats-Unis). J'ai cependant voulu offrir un travail original à chaque fois et j'ai évité d'exploiter deux fois la même chose si bien que ce qui se trouve dans ma thèse ne se trouve pas dans mes articles ou communications, de même ce que j'ai exploité dans ces articles n'apparaît pas dans ma thèse même s'il y a concordance. Par contre, j'ai pris soin d'établir des liens entre les deux en renvoyant dans mes articles au travail qui se trouve dans la thèse. Ainsi trouvera-t-on des moments de réflexion décisif à propos des Beiträge ou de Besinnung dans ma thèse mais un article que j'ai voulu le plus complet possible est consacré tout particulièrement à ces ouvrages. En revanche, j'ai tenu compte des discussions que j'ai eu le plaisir d'avoir au sein du cercle doctoral ou dans d'autres lieux comme la conférence nord-américaine sur Heidegger présidée par William Richardson où j'ai présenté à deux reprises un travail relatif à mon thème de thèse. Je n'ai pas procédé à un copier-collé qui aurait consisté à inclure ces travaux dans ma thèse mais j'ai gardé les questions qui m'ont été posées pour les méditer plus longuement dans la thèse. Je pense en particulier aux questions de Lawrence Hatab sur le lien entre écoute et utilité, aux questions de Allan Rosenberg sur l'expérience de lecture et l'applicabilité de la pensée heideggerienne dans la vie quotidienne, aux questions de Théodore Kiesel sur la nature de l'utilité chez Heidegger, je pense au commentaire de David Pettigrew qui a formulé une response lors de ma conférence à Boston en ouvrant la réflexion sur Paul Celan. Je le remercie d'ailleurs des remarques bibliographiques que j'ai trouvées à travers le commentaire qu'il a fait de ma conférence, ainsi celle de Hadrien France-Lanord et de son analyse. Je pense également au travail intensif et aux discussions très riches que j'ai eu le grand plaisir d'avoir avec Julia Davis, co-traductrice avec William McNeil de l'Ister de Heidegger. Je pense à toutes les questions que j'ai abordées avec Werner Fischer, professeur à l'université de Fribourg et maire de Messkirch, qui m'a d'ailleurs confié les clefs du château à plusieurs reprises pendant des demi-journées complètes! Je pense aux questions de Béatrice Han et des étudiants de l'Université de Colchester lors de ma présentation d'une approche de la question de la technique à la lumière d'un roman de Charles Dickens lors d'une conférence de post-graduate students. Mais je pense aussi à toutes les discussions que j'ai pu avoir ici avec mes professeurs et amis. La discussion que j'ai pu avoir autour et à partir de tous ces articles et conférences a ainsi été exploitée dans ma thèse sans y figurer cependant comme tel.

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Equation utilisée par Heidegger lors des entretiens qu'il accorde à la télévision allemande dans les années 1970 et qui paraît sur le site "Parole des jours" avec d'autres commentaires de Heidegger sur ses œuvres. Je remercie Gille de Beaupte de m'avoir indiqué ce site tout à fait passionnant.

[2] Cf. supra.

[3] Trad. pers. Martin HEIDEGGER, Beiträge zur Philosophie, GA 65, Frankurt am Main, Vittorio Klostermann, 2003, p.4 – cité dans le second volume de ma thèse page 309.

 

[4] Jean-François MATTEI, Heidegger, Hölderlin et le Quadriparti, Paris, Epiméthée, 2001, p.195, cité dans le premier volume de ma thèse page 56.

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Published by Cathy Leblanc - dans cathy leblanc
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commentaires

Stéphane Domeracki 20/01/2008 20:32

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