Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 17:07

Le week-end dernier, se sont réunis à Angers, quelques quatre cents participants désireux de réfléchir sur le respect. L’événement était organisé par l’Université Catholique de l’Ouest et rassemblait des membres, étudiants, personnels des cinq universités catholiques de France et de Navarre. L’ambiance était très conviviale et chaque participant avait choisi des ateliers correspondant à des aspects de la notion qu’il souhaitait approfondir.

Je sors d’une tradition laïque très marquée puisque j’ai enseigné douze ans à l’Université de Lille 3 et que j’ai aussi transité par l’Université d’Artois et j’occupais un poste d’observation à partir duquel je pouvais comprendre ce qui était là en train de se construire.

J’ai souvent essayé d’aider les étudiants, j’ai souvent été soucieuse de leur transmettre un enseignement de qualité dans une bonne atmosphère mais je me suis souvent posé des questions face à l’absence d’espérance ou même d’ambition qui habitait ces étudiants. En début d’année, je demandais aux étudiants de me faire une petite fiche, afin de mieux les connaître, d’avoir leur coordonnées pour communiquer avec eux ou encore connaître leurs attentes. Entre autre, je leur demandais à quel rêve professionnel ils se vouaient. Mais le simple emploi du mot rêve dans le cadre d’une projection professionnelle les faisait sourire et manifester leur surprise. Un jour un étudiant m’a même dit que l’on avait plus le droit de rêver. J’avais donc décidé de transmettre mon enseignement en faisant en sorte d’amener les étudiants à prendre confiance en eux, à leur montrer qu’ils pouvaient réussir et éprouver de la satisfaction vis-à-vis de leurs réalisations. C’était nouveau. Mais je pense qu’une telle approche n’aurait pas été possible si j’avais directement traité du thème de la confiance en soi. Ce n’est que je façon transversale que la confiance est devenue une donnée essentielle de la relation pédagogique. Ceci correspond à ce que Dewey a nommé la vertu des savoirs collatéraux : c’est à partir de la différence que je m’adresse au même.

Lors des rencontres inter-cathos sur le respect, j’ai rencontré un public de jeunes très différents : des jeunes qui étaient encore capables de s’amuser simplement, d’éprouver la joie, des jeunes qui sourient et sont nourris d’espérance. Je me pose donc la question de la différence. En même temps, je m’inquiète de voir une partie de cette jeunesse étudiante qui n’est plus capable de cette joie et qui est quelque peu désabusée. Pour quelle raison les jeunes de l’université publique se trouvent-ils dans cet état de souffrance et de solitude, cette même solitude dont m’avaient fait part des étudiants ERASMUS il y a quelques années.

J’ai constaté à l’Université Catholique de Lille, le déploiement d’un geste chrétien : le déploiement de la compassion pour la personne, de la charité aussi, la possibilité d’une communauté de prière. Dans l’Université publique aujourd’hui, le principe se veut démocratique mais est-il humain pour autant ? Est-il ressenti de cette façon ? Dans le respect des règles fondamentales de la laïcité, y-a-t-il dispensation d’un suivi émanant d’un effort visant à accompagner le jeune ? Ou bien la laïcité telle qu’elle est conçue ne risque-t-elle pas de rompre certains liens communautaires ? Où commence le religieux ? Où finit le traditionnel ? La limite n’est pas manifeste. Mais il reste que la tradition peut « rassembler » autour de fêtes, d’événements où l’on célèbre, où l’on s’amuse.

Alors voilà, je crois qu’une très grande responsabilité nous incombe à tous : celle de rompre la solitude de nos étudiants et de montrer que par-delà nos croyances soient-elles religieuses ou politiques, par-delà nos pratiques, soient-elles religieuses ou politiques, par delà nos clivages, soient-ils religieux ou politiques, nous avons le devoir d’accompagner une jeunesse qui rencontre aujourd’hui les pires difficultés d’un temps de crise où les séniors sont remis au travail et où les jeunes sont condamnés à manquer l’autonomie financière et affective dont ils devraient pouvoir jouir.

Proposition

Ma question en ce moment est la suivante : étant donnée la désagrégation sociale, ne pourrait-on, comme forme de lien pédagogique, envisager un lien amical de telle sorte qu’il donne à l’étudiant le sentiment d’être écouté et suivi et de telle sorte qu’il ressente que ce qui lui arrive importe à l’autorité. Que ce qui arrive à autrui m’importe rend à la fois l’événement et la personne inscrite dans l’événement importants.

Il ne s’agit pas de déresponsabiliser la jeunesse mais seulement de soulager une souffrance patente et de rendre confiance en une relation complètement abandonnée aujourd’hui : celle de l’autorité comme garantie.

 

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Cathy Leblanc

Maître de Conférences en Philosophie

Université Catholique de Lille

Responsable des Relations Internationales

de la Faculté de Théologie

et de l'IPSR

2005leblanc - Copie

 

 

 

 

 

 

Pour tout contact ou toute question :

cathy.leblanc2@wanadoo.fr

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  • : Cathy Leblanc
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  • : La philosophie peut parfois sembler déconnectée de la réalité et j'ai voulu construire ce blog en vue de montrer comment, à partir du monde vécu s'élabore un problème philosophique. Les articles proposés sont de petites tailles et facilement compréhensibles. Le thème qui les relie le plus souvent est l'un de mes thèmes de recherche : "la barbarie ou les dénis d'humanité", thème que j'ai abordé en premier lieu à partir de la problématique heideggerienne de l'être.
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A propos de l'histoire :
" Commençons par Hérodote, que Cicéron appelait pater historiae et qui est resté le père de l'histoire occidentale. Il nous dit dans la première phrase des Guerres médiques que le but de son entreprise est de sauvegarder ce qui doit son existence aux hommes, en lui évitant de s'effacer avec le temps, et de célébrer les actions glorieuses et prodigieuses des Grecs et des Barbares d'une manière qui suffise à assurer leur souvenir pour la postérité et, de la sorte, à faire briller leur gloire à travers les siècles". Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Folio, 1989, p.58

Sur la parole :
"Dans le discours qu'aujourd'hui je dois tenir, et dans ceux qu'il me faudra tenir ici, pendant des années peut-être, j'aurais voulu pouvoir me glisser subrepticement. Plutôt que de prendre la parole, j'aurais voulu être enveloppé par elle, et porté bien au-delà de tout commencement possible. J'aurais aimé m'apercevoir qu'au moment de parler une voix sans nom me précédait depuis longtemps : il m'aurait suffi alors d'enchaîner, de poursuivre la phrase, de me loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices, comme si elle m'avait fait signe en se tenant, un instant, en suspens." Michel Foucault, L'ordre du discours, Paris, Gallimard, 2009.

Salon de lecture

Roman sur l'écriture de la mémoire :

Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Paris, Grasset, 2009.

Rares sont les romans où l'on est transporté à ce point : dans l'histoire d'une rencontre entre le présent et le passé. Nous sommes tenus en haleine et, pendant ce temps, le texte devient matière. C'est dans l'espoir de l'écriture que tout se produit, que l'émotion s'exhale.

L'histoire nous porte au cœur d'une attente : celle de la biographie d'un ancien résistant. Témoignage d'une histoire vécue, de récits de bravoure.
Au rendez-vous finalement, le grand homme recroquevillé sur sa canne commence par renverser les rôles et  écouter le biographe, lui aussi mû par un récit... 

Trames de vies qui se croisent et se tissent au gré d'une écriture sobre et émouvante à la fois.

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