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8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 13:36

REPARATION, RECONCILIATION

QUELLE JUSTICE APRES LE GENOCIDE DES TUTSI AU RWANDA ?

SAMEDI 17 AVRIL DE 10h à 16h par Zoom

Journée d’étude hébergée par l’association Buchenwald-Dora et Kommandos

En partenariat avec le Réseau philosophique de l’interculturel et le Centre de Recherche International sur la Barbarie et la Déshumanisation

Inscription : https://www.weezevent.com/journee-d-etude-sur-le-genocide-des-tutsi-au-rwanda

Animation : Cathy Leblanc (ICL, CRIBED, BDK ), J.-F. Petit (ICP, REPHI)

Alors que nous approchons la date de commémoration du camp de Buchenwald, l’association Buchenwald-Dora et Kommandos a souhaité héberger cette journée de colloque sur le génocide des Tutsi au Rwanda.

Le 7 avril prochain, aura lieu la commémoration des 27 ans du génocide. Le rapport commandé par le Président de la République à une commission indépendante coordonnée par Vincent Duclert sera publié début avril sans qu’il n’ait été relu ou modifié par des instances intermédiaires. La Commission a pu travailler librement sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi. Le rapport porte un regard critique d’historien sur le rôle de l’engagement de la France durant la période allant de 1990 à 1994.

Basé sur l’éclairage des acteurs, le dialogue avec les chercheurs et une enquête archivistique importante, il entend dépassionner le débat et fournir des réponses propres à apaiser les victimes.

Qu’en est-il ? Quels sont les attendus ? La journée d’étude que nous proposons aujourd’hui nous permettra de mieux comprendre quelques-uns de ces enjeux fondamentaux.

 

Programme

10h : présentation et mise en perspectives par Cathy Leblanc et Jean-François Petit

Mémoire et archives

10h30-11h15 : Présentation du rapport de la Commission Duclert par Sylvie Humbert, ICL,membre du C3RD, membre de la commission Duclert.

11h15-12h00 : Par-dessus l’abîme, les archives pour négocier un futur partagé au Rwanda ?  par Assumpta Mugiranza, directrice et fondatrice du Centre Iriba à Kigali.

Justice et réparation

13h30-14.15 : La Mémoire du génocide des Tutsi au Rwanda par Gaudiose Luhahe, Université de Strasbourg.

14h15-15h00 : L’Enjeu des justices réparatrices par Jean-Pierre. Massias, Université de Pau, Président de l'Institut Francophone pour la Justice et la Démocratie Institut Louis Joinet.

 

15h00-15.45 : La Reconstruction de la société civile rwandaise : l’exemple de l’enseignement de la religion par Guido Meyer, Université d’Aix-la-Chapelle.

15h45-16h15 : synthèse et conclusions par Cathy Leblanc et Jean-François Petit

Comme pour le Rwanda, le dépaysement de certaines affaires juridiques de leur Etat d’origine, l’instruction de dossiers de crimes contre l’humanité concernant le Tchad, l’Argentine, le Cambodge, l’Irak, la Lybie, la Syrie, la RDC… invite à réfléchir à la complémentarité des formes de justice et à la préservation des droits humains fondamentaux.

 

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4 février 2021 4 04 /02 /février /2021 18:11

 

 

Programme

Jeudi 11 mars 2021

LA CONSTRUCTION DE LA MEMOIRE

Présidence Olivier Rota

10.00-10.30

Cathy Leblanc, introduction

10.30-11.15

Dominique Durand, La Construction des associations d’anciens déportés

11.15-12.00

Odile Louage, « Le Premier déporté que j’ai rencontré…»

Pause déjeuner

Présidence Renato Boccali

14.00 – 14.45

Olivier Rota, De la mémoire à l’histoire et inversement

14.45-15.30

Serge Raymond, L’Anachronisme historiographique

Pause

15.45-16.30

Renato Boccali, Effraction du trauma et dislocation de la mémoire. Quelle pratique testimoniale ?

16.30-17.15

Karl Thir, Frankl, Témoin et psychiatre

 

Vendredi 12 mars 2021

EXPERIENCE ET NARRATIVITE

Présidence Jean-François Petit

9.15-10.00 Maria Denysenko, A propos des bienveillantes

10.00-10.45 Eléonore Hamaide-Jager, Du tatouage à l'objet muséal : les traces physiques et sensibles de la Shoah en littérature de jeunesse

Pause

11.00-11.45 Mary Honan, La Construction littéraire de la Shoah

11.45-12.30 Laurent Thierry, Le Livre des 9000 déportés de Dora

Pause déjeuner

Présidence Cathy Leblanc

14.00 – 14.45  Monique Heddebaut, L’Ecriture d’une notice

14.45-15.30 Thierry Magnin, Mémoire et épigénétique

15.30-15.45 Pause

15.15-16.30 Pol Vandevelde, La Mémoire et le poison de l’histoire

 

 

Samedi 13 mars 2021

OUVERTURE : MEMOIRE ET LIEUX

Présidence Charles Coutel

9.00 – 9.45

Jean-François Petit, Comment penser la mémoire des camps français ?

9.45-10.30

Sylvie Humbert, La Mémoire du génocide rwandais

10.30-10.45

Pause

10.45-11.130

Quang Nguyen, La Mémoire du génocide cambodgien

12.15-12.45

Conclusion et synthèse

Pour tout renseignement merci de contacter    cathy.leblanc@univ-catholille.fr

Avec le soutien de : 

L'Association des Anciens Déportés de Buchenwald

Le Rephi

L'IEFR

L'AFHJ

La Fondation de la Catho

La Fondation pour la mémoire de la déportation

 

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23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 17:42

 

 

 

Colloque pour le 70e anniversaire de la mort d’Emmanuel Mounier

Université catholique de Lille

RESPONSABILITE HUMAINE ET CITOYENNE SELON E. MOUNIER

A l'Université catholique de Lille (par zoom et gratuit)

Le mardi 26 janvier 2021

Parmi les pensées susceptibles de service à la compréhension de notre présent, revient régulièrement celle du philosophe Emmanuel Mounier (1905-1950). En son temps, celui-ci avait diagnostiqué une « crise de civilisation ». Mais la responsabilité humaine et citoyenne n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui.

Ce colloque, coorganisé par la faculté de théologie de l’Université Catholique de Lille et l’Association des Amis d’Emmanuel Mounier entend faire un point d’étape des possibilités heuristiques de la pensée du fondateur de la Revue Esprit, à l’occasion la réalisation de l’édition de ses Œuvres complètes.

 

Un lien zoom vous sera envoyé peu avant l’événement ainsi qu’un mot de passe.

Lien pour l'inscription (obligatoire) 

https://www.weezevent.com/colloque-responsabilite-humaine-et-citoyenne-emmanuel-mounier

PROGRAMME

 

9h00 Mot d’accueil, Paulo Rodrigues (doyen de la Faculté de théologie de l’UCLille)

Allocutions de bienvenue et problématique du colloque, Cathy Leblanc (UCLille) / J-F Petit (ICP)

Présidence : Cathy Leblanc

9h30-10h30 Le Chemin sans retour : la responsabilité de l’homme engagé selon Mounier, vue à travers le prisme des réactions à sa mort (Y. Roullière, vice-président de l’AAEM responsable de la nouvelle édition des Œuvres complètes)

10h30-10h45 Pause-café

10h45- 11h45 Anthropologie

                La Dignité de la personne, Paulo Rodrigues (UCLille)/ Gérard Lurol (ICP, philosophe)

11h45-12.00 discussion

12h00-12.30 Histoire

                D’Emmanuel Mounier à Jean Lacroix : Les fondements personnalistes à l’idée de dialogue, Olivier Rota (U. Artois)

12.30-12.45 discussion

 

Présidence : J.-F. Petit

14h30-15h00 Ethique et politique

Mystique et politique, orléanisme politique et monde moderne » Charles Coutel (IEFR Arras)

15.00-15.15 Discussion

15h15-15.45 La Dimension personnelle des Pères de l’Eglise (chez Justin, Irénée de Lyon et Augustin), Philippe Henne (UCLille)

15.45-16.00 Discussion

16h00-16h15 Pause-café

16h15 -16.45 Sciences religieuses

                Les Conséquences de la primauté du spirituel sur les sciences humaines et du religieux, Éric Vinson (Sciences po Paris)

16.45- 17.00 Discussion

17.00-17.45 Mounier pour notre temps : Jacques Le Goff (président AAEM, juriste, Quimper)

17h45 Conclusions, J-F Petit/ Cathy Leblanc

18h00 Fin du colloque

 

 

 

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26 novembre 2020 4 26 /11 /novembre /2020 20:02
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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 14:31

 

Thème : une éducation de qualité, gratuite, obligatoire et adaptée à tous les enfants de l’Afrique

 

L’histoire que je vais vous raconter n’est pas tout à fait africaine mais illustre bien les enjeux de l’enfance. Hier en sortant du bureau de l’association A.I.M.E.R. je m’avance chez le bouquiniste iranien. Je le vois statique, assis à côté de son étale qu’il avait disposé à l’extérieur du magasin. Je lui dis bonjour. Il me répond « bonjour », mais reste figé, le regard dans la même direction. Je lui dis « vous êtes plongé dans vos pensées ». Il me répond « non, je regarde cet arbre ». Je vois un petit arbre d’un mètre qui pousse dans un carré de terre à côté d’un grand tilleul. La balle du dialogue était dans mon camp. Je lui dis : « il est très près de l’autre ». Il me répond : « non. Ma grand-mère était une très belle femme. Un jour qu’elle prenait le train, elle jeta une poignée de graines le long du chemin, sur le quai. Quelqu’un rattrapa le contrôleur et lui dit : ‘vous ne balayez pas ces graines ?’. Le contrôleur lui dit ‘non, elles vont s’envoler. Quelques mois plus tard ma grand-mère reprit le train et une myriade de fleurs égayait le quai. Elles avaient poussé tout le long du chemin. Il y a quelques mois, une très belle jeune fille a jeté le reste de sa pomme sur le trottoir devant mon magasin. J’ai vu qu’il y avait une graine dedans. Je l’ai prise et je l’ai semé. Puis, j’ai placé des pierres tout autour. Ensuite, la graine a poussé. J’ai coupé une bouteille en plastic et j’ai entouré la petite pousse. Puis, comme elle grandissait encore, j’ai mis un petit bâton et je l’y ai attachée. Et il y a quelques jours, j’ai dû changer le bâton pour en mettre un plus grand. Et voilà ce que cela donne. Chaque jour je le regarde.

Le thème de la journée de l’enfant africain ce mardi 16 juin 2020 est celui de l’éducation et l’image de cette graine figure admirablement l’éducation de l’enfant, adaptée, suivie, réadaptée et bénéfique jusqu’à produire de beaux arbres. Nous sommes invités aujourd’hui à multiplier nos efforts afin que l’enfant africain puisse accéder aux chances qu’il mérite et que notre société est capable de lui offrir.

Cathy Leblanc

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1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 15:12

1er JUIN 2020 :

JOURNEE INTERNATIONALE DE L’ENFANCE !

                Ce premier juin est dédié à l’enfance, à la pensée de l’enfance. L’association AIMER ne peut que s’y associer ! Il s’agit de prendre conscience de ce qui est vécu par les enfants de par le monde, mais aussi de ce qui a été vécu par les enfants au cours des siècles.

                On se souviendra par exemple des premiers articles du droit du travail consacrés à la longueur de la journée de travail des enfants dans les industries. Outre-Manche, la reine Victoria fut la première à demander à ses ministres Gladstone et Disraeli de rédiger des rapports sur le travail des enfants dans les manufactures de Manchester et à faire appliquer une durée légale de travail. C’est aussi l’époque de la naissance du syndicalisme (unionism).

                En France, et particulièrement dans les régions minières, on se souvient des galibots qui, dès l’âge de huit ans allaient pousser les berlines dans les mines, là où les chevaux ne pouvaient accéder ou encore des « cafus », ces jeunes filles que l’on mettait au triage et qui partageaient la silicose avec les adultes. Dans le Nord, il y a aussi cette berceuse de la dentelière qui demande tendrement mais instamment à son bébé de dormir jusqu’à demain pour qu’elle puisse exécuter son ouvrage :

« Te’m f’ra du chagrin si te’ dors pas s’qu’à d’min »

                La révolution industrielle a particulièrement été féroce avec les enfants cantonnés avant cela dans le travail des champs et les petits métiers, déjà très rudes. Le XXème siècle n’a pas été féroce mais cruel et meurtrier avec les enfants, en particulier avec les enfants juifs qui périrent dans les camps, ou qui furent pour une partie, envoyés, grâce aux Quakers, en Angleterre où ils furent hébergés dans des familles qui, parfois, les prenaient pour des esclaves. Ce n’est qu’en 2018 que le gouvernement allemand accepta de verser une compensation unique de 2800 dollars à ces enfants qui ont aujourd’hui plus de 85 ans.

                Ce qui interpelle nos consciences formées au respect de la dignité humaine, c’est le mauvais traitement infligé aux enfants. Malheureusement ce mauvais traitement, ces conditions inhumaines de vie n’appartiennent pas qu’au passé. On les retrouve dans le monde entier. A nos portes, la question de la traite des enfants.

                Un programme d’étude des enfants victimes de traite a été développé : « Aux termes du Protocole des Nations Unies relatif à la traite des personnes comme de la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains du 16 mai 2005 et de la loi n°2013-711 du 5 août 2013, la traite des enfants s’entend de la combinaison d’un acte (ex : recrutement ou transport ou transfert) et d’un but d’exploitation (ex : exploitation de la prostitution ou d’autres formes d’exploitation sexuelle, exploitation par l’esclavage, le travail forcé incluant la mendicité forcée ou la contrainte à commettre des délits) ou le prélèvement d’organes » déclare le livret d’information coordonné par le Secours Catholique et soutenu par le ministère de la culture, le CNCDH, et les Défenseurs des droits.

                Dans les pays pauvres, le souci va aux enfants en errance qui n’ont plus de foyer, dont les parents sont morts dans des violences civiles ou militaires ou ont disparu. Une petite association AIMER qui a le statut d’ONG et dont le siège est à Paris, soutient ces enfants, leur fournissant hébergement et scolarité. Dans certains pays d’Afrique ou en Afghanistan, un enfant errant peut facilement être kidnappé par des groupes armés et devenir enfant-soldat. En leur fournissant un foyer et en assurant un suivi sérieux, avec des visites sur place, les enfants ont accès à des études, un métier et peuvent eux-mêmes s’investir pour sauver les autres.

                C’est pourquoi la journée internationale de l’enfance porte un sens particulier pour nous qui œuvrons à protéger leur vie, leur dignité et leur droit à un avenir prometteur.

                                                                           Cathy Leblanc

                                                                           Secrétaire de l’association AIMER

 

Un juge s’adresse à des enfants

 

                Juge pour enfants et président du tribunal de Bobigny, Jean-Pierre Rosenczveig n’a pas hésité à s’adresser à eux lors d’une conférence à Montreuil il y a 10 ans. C’est l’objet de cette petite conférence. La vigilance vis-à-vis des droits des enfants doit rester constante. La France elle-même respecte-t-elle toujours ses engagements ? La montée des violences faites aux enfants devrait nous interroger. Conditionner les allocations familiales devrait nous faire réagir. Démanteler des camps et augmenter la répression des jeunes mineurs aussi. Mais si l’on n’explique pas à un enfant les règles du jeu, comment peut-il les respecter ? Toute une éducation aux droits s’imposerait. Une chose est d’avoir des droits, une autre est de les exercer. Pour un enfant, c’est souvent à travers ses parents ou des tuteurs. Ils l’assistent ou le représentent. Mais un enfant peut porter plainte. Il est une personne à part entière. Il doit être respecté à part entière, dans son corps comme dans son intimité. Personne n’a le droit le violenter ni de le perturber. Certes, il est encore fragile, vulnérable. Mais il peut être entendu en France directement en justice. Certes les parents et enfants doivent veiller et protéger leurs enfants. Mais l’exercice de l’autorité parentale ne doit pas donner lieu à des abus ou être source de divisions en cas de séparation. L’enfance maltraitée et l’enfance handicapée doivent donner lieu à des formes de vigilance particulière. La situation est encore largement perfectible, selon Jean-Pierre Rosenczveig !

                Faut-il consacrer de nouveaux droits aux enfants ? Par exemple, celui de reconnaitre leurs origines ? de changer de prénom quand celui-ci est ridicule ? Dans la discussion à l’issue de la conférence, les jeunes auditeurs ne sont pas demeurés sans questions.  Le droit pénal s’apprécie en fonction de l’auteur du délit. Les enfants peuvent jouer un rôle actif dans une meilleure connaissance des mécanismes de la justice et aussi de la solidarité entre eux, en particulier ceux qui sont moins favorisés. Faisons en sorte que les inégalités entre eux diminuent. Et que l’accès à l’alimentation, à l’éducation, aux soins soit un jour offert à tous.

                     (Livre de Jean-Pierre Rosencveig, Le droit des enfants, Bayard, 2011)

                                                                       Jean-François PETIT

                                                                       Président de l’association AIMER

 

 

Pour nous aider :

Vous pouvez envoyer vos dons à l’association A.I.M.E.R. 79 av Denfert-Rochereau, 75014 PARIS. Un reçu fiscal vous sera adressé pour des dons supérieurs à 10 euros

 

Site de l’association : www.association-aimer.fr. Merci de votre soutien !          

 

Vous pouvez vous abonner gratuitement au bulletin en envoyant un mail à association.aimer@wanadoo.fr

ou en écrivant à l’association.

 

En 2020, A.I.M.E.R. soutient 26 projets en faveur des enfants de la rue dans 15 pays : Afghanistan, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Colombie, Haïti, Inde, Madagascar, Maroc, Philippines, République Démocratique du Congo, Rwanda, Sénégal et Yémen.

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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 15:43

Chers amis,

En ce 8 mai 2020, alors que nous commémorons le 75ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, j'ai réalisé une présentation synthétique des colloques sur la déportation que j'ai organisés à l'Université catholique de Lille avec le soutien de mon institution mais aussi de l'Association des anciens déportés de Buchenwald-Dora et Kommando, de la FNDIRP, de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, de la Fédération André-Maginot, du Rotary-club et de l'ONAC sans oublier l'Association Française pour l'Histoire de la Justice. Je remercie aussi l'Université de Milwaukee pour son soutien indéfectible qui nous a permis de bénéficier de l'expertise de Pol Vandevelde. Depuis quelques années, le centre de recherche sur l'interculturel de l'Institut catholique de Paris dirigé par Jean-François Petit est aussi venu nous rejoindre et nous soutenir si bien que les problématiques abordées par le Centre de Recherche International sur la Barbarie et la Déshumanisation peuvent dès lors être croisées avec un public élargi et une nouvelle forme d'expertise. 

Je profite de ce message pour dire un grand merci à tous les membres nationaux et internationaux du CRIBED ainsi qu'aux membres du comité scientifique.

Je remercie également les éditions lilloises du Geai Bleu d'avoir accepté d'héberger la collection universitaire que j'ai créée "L'Existence à l'épreuve" pour accueillir ce type d'ouvrage.  

Enfin je remercie les secrétaires de la Faculté de théologie de l'Institut catholique de Lille pour leur aide précieuse.

En moyenne 60 à 80 personnes assistent chaque année au colloque thématique sur la déportation. Cette année, alors que nous nous apprêtions à commémorer le 75ème anniversaire de la libération des camps, c'est-à-dire la victoire du courage et du juste sur le crime, une pandémie s'est invitée au programme nous obligeant à annuler l'événement. Nous proposerons donc rapidement une publication des actes de manière à faire événement. 

Qu'avons-nous appris ? Voici en bref la rétrospective de tous ces colloques : 

A propos du pardon - colloque du 10 au 12 mars 2011 (publié aux éditions du Geai Bleu)

Quel était l’état d’esprit de ceux qui ont été soumis à une souffrance extrême. Comment ses personnes retrouvent-elles des repères dans un monde apaisé ? Qu’ont montré les questionnaires ?

Les uns sont prisonnier de la haine et le disent. Ils ne trouvent pas le moyen de s’orienter autrement et craigne l’oubli.

D’autres réussissent à trouver des repères politiques ou spirituels. Politiques : construire la paix avec les enfants de l’ennemi. Spirituel : « C’est pour toi que tu pardonnes » disait Sam Braun à Marie-Josée Chombard de Lawe. Certains ont aussi été témoin de l’humanité d’un bourreau nazi ou SS, comme François Pierrot (cf. annexe de l’ouvrage sur le pardon) alors que d’autres se refusent à leur supposer une once d’humanité. Une maxime réunit tout le monde : ni pardon, ni oubli.

A propos de la fraternité - colloque du 13 au 15 mars 2014 (publié aux éditions du Geai Bleu)

Les réponses au questionnaire permirent de comprendre que la survie de l’homme dans les camps dépend de son réseau fraternel. Celui qui fait bande à part pour garder ce qu’il peut obtenir ne survit pas.

L’habitude seule solidifie le lien fraternel : se croiser à intervalle régulier permet d’apprendre à se connaître, ce qui est possible dans les grands camps, alors que dans les kommandos le travail de façon plus spontanée.

La fraternité n’était pas automatique mais existait. Elle constituait une condition de survie essentielle.

A propos du corps - colloque du 12 au 14 mars 2015 (publié aux éditions du Geai Bleu)

Si l’humiliation et les blessures morales et psychiques sont profondes, le corps est au centre de la barbarie : corps meurtri, torturé, humilié quand il est rasé et exposé, nu, corps souffrant de la maladie et de la faim ou des expériences biologiques. Corps marchandisé quand les cendres des fours crématoires sont vendues aux fermiers du coin pour fertiliser les terres. Le miracle est naturellement la survie, mais à quel prix ? Le corps continue de porter les traces des blessures. Il est clairement apparu, dans l’approche psychologique, qu’un corps subsiste malgré tout : le corps collectif des déportés, qui se reconstitue lors des assemblées, des pèlerinages, des commémorations.  

A propos de l’écriture – colloque du 10 au 12 mars 2016

L’écriture fait partie des moyens de survie. Elle prend la forme de journaux ou de poèmes (cf. poèmes de Buchenwald), de dessins, et contribue à la résistance psychique. Elle témoigne immanquablement de la vulnérabilité. La créativité permet la survie. Mais comment écrit-on l’histoire de la déportation ?  Nous avons appris que cette écriture est constamment à renouveller et adapter à la réalité contemporaine pour être comprise. Des aspects comme l’architecture furent abordés et confirment la stratégie meurtrière. 

A propos de la religion et de la spiritualité – colloque du 9 au 11 mars 2017

La question de la religion apparaît d’abord dans la judéité et la traque des Juifs qui va conduire à la Shoah. On constate aussi l’implication des religieux, comme le Pasteur Bonhoeffer en Allemagne, ou l’abbé Tanguy en France. Au nom de la foi, on va s’engager corps et âme pour combattre le mal. La religion est vécue dans les camps. On a insisté sur la barraque des prêtres à Dachau où se trouvent à la fois chrétiens et musulmans et où des prêtres catholiques deviennent aumônier des musulmans. L’œcuménisme prend tout son sens dans la détresse. On s’interroge aussi sur la présence de Dieu dans les camps. 

A propos de la loi – colloque du 15 au 17 mars 2018

Un aspect inconnu est apparu dans ce colloque : celui de l’engagement de juristes allemands anti-nazis. Il complète des aspects de la résistance allemande qui ont été évoqués dans le colloque sur la religion.  Il éclaire la subversion du droit : on fait le mal pour le bien du pays. Le crime entre dans la légalité. La résistance et la fidélité à l’humanisme deviennent condamnables. C’est « La loi du sang ». Ensuite il faudra condamner les bourreaux mais avec quel chef d’accusation ? Le motif de « crime contre l’humanité » est créé et la notion de génocide émerge. 

A propos de langue et parole – colloque du 14 au 16 mars 2019

La langue du camp est l’allemand. Le détenu doit connaître son matricule en allemand. La langue est aussi une façon de résister, de maintenir le lien avec les autres, de revendiquer son humanité. Autre aspect : la propagande où le vraisemblable tient lieu et place de vérité. Car il fallut une rhétorique soigneusement mise au point pour convaincre le peuple du bienfondé du crime. Mais la langue, c’est aussi l’expression du traumatisme quand elle se meurt dans le silence après le retour : l’indicible, l’aphasie.  

A propos de l’humanité – colloque du 19 au 21 mars 2020 (non tenu en raison du Covid, donc en cours de publication). La réflexion se tient entre deux questions : comment se fait-il que l’homme soit capable du pire ? Comment l’homme résiste-t-il au pire ? L’homme n’est pas mauvais par nature et tous les hommes ne sont pas des bourreaux. Mais sous certaines conditions la catastrophe peut être orchestrée. Le droit seul permet de maintenir la dignité humaine dans un pays.   

Cathy Leblanc

 

 

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 11:32

75ème anniversaire de la libération du camp de Buchenwald

            Il y a 75 quinze ans, on découvrait avec horreur ce qui s’était produit dans les camps de concentration nazis. On découvrait l’horreur dont est capable le genre humain. A la sortie des camps, les survivants furent rapatriés à l’hôtel Lutétia, à Paris, dans un état que les mots auront du mal à décrire. La lumière était éteinte dans leur regard.

            Les procès de Nuremberg intervinrent peu de temps après et durèrent jusque 1946. Lors de ces procès, on dût imaginer un nouveau chef d’inculpation. Ce à quoi s’étaient livrés les bourreaux nazis n’était pas seulement des crimes. Raphaël Lemkin, un juriste polonais émigré aux Etats Unis forge en 1943 le terme « génocide ». Le 17 novembre 44, le New York Times écrit :

« Une analyse des lois et des décrets promulgués par le gouvernement nazi dans les zones conquises de l’Europe vient d’être publiée par le Docteur Raphael Lemkin, un juriste polonais à présent dans ce pays, dans un livre intitulé Les règles fondamentales dans l’Europe occupée. »

            Il fallut des années, des dizaines d’années pour commencer à comprendre comment l’horreur avait été possible et s’il est un point essentiel, c’est celui qui concerne le droit. Ce sont des lois de plus en plus liberticides et criminelles qui furent votées et mises en œuvre pour aboutir à la pire déshumanisation que le monde avait vécue. Aussi, est-ce sans doute vis-à-vis des lois qu’il faut être aujourd’hui le plus vigilant afin de vérifier si elles garantissent la dignité et la reconnaissance de chacun en son humanité.

            Outre la compréhension de l’escalade, des rouages de cette industrie criminelle politique, il fallait aussi réfléchir à la manière d’empêcher une réitération des faits tout comme honorer les très nombreuses victimes.  

            C’est pourquoi, à partir de 1949, les déportés décidèrent de retourner régulièrement dans les camps où ils avaient été faits prisonniers et où douze millions de personnes ont été assassinées. Douze millions de personnes ! Imaginons-nous aujourd’hui ce que cela représente. Alors que nous sommes terrorisés par le Covid-19 qui a fait en France à ce jour près de 12000 morts, imaginons ce que représente l’assassinant de douze millions de personnes ! Imaginons la détermination qu’il a fallu pour venir à bout de cette entreprise diabolique ! Car elle a été pensée et voulue jusqu’au bout. Elle a duré. Elle a été organisée, planifiée. Imaginons aussi l’intensité de l’horreur en la comparant aujourd’hui avec l’effroi que nous éprouvons lorsque nous prenons quotidiennement connaissance de notre situation sanitaire.

            La Déportation, l’extermination des personnes n’est pas seulement un fait historique que l’on classe parmi les dates de notre histoire. Elle est aussi un fait anthropologique qui nous indique qu’à un moment donné, les hommes sont capables de se détruire les uns les autres ou de produire leur anéantissement. La crise qui fait rage aujourd’hui nous rappelle que lorsqu’on menace les équilibres naturels, que l’on supprime l’habitat animal, que l’on engrange des forêts entières à des fins de consommation, des mutations peuvent avoir lieu.

        Après la libération des camps, la fin de la guerre, se mirent donc en place des « pélerinages ». Ils consistèrent pour ceux qui n’étaient pas encore des « anciens déportés », mais des prisonniers de misère juste libérés, à retourner sur les lieux de l’emprisonnement. Pourquoi ? C’était en mémoire de leurs disparus, familles, amis. C’était pour retrouver cette part d’eux-mêmes que jamais ils ne retrouveraient. C’était aussi pour initier un mouvement de rappel pour que personne n’oublie jamais ce qui s’était produit dans ces camps sordides.

          Dans le numéro 375 du Serment, le journal de l’association des anciens déportés de Buchenwald-Dora et Kommandos, rédigé par Dominique Durand, président du comité international de BDK, Olivier Lalieu, président de l’Association Française Buchenwald, Dora et Kommandos cite Guy Ducoloné, ancien résistant communiste déporté à Buchenwald, et ancien président de l’association :  

« Nous pouvons être utiles par nos témoignages pour empêcher l’oubli de prendre le dessus. Nous le pensons d’autant plus que notre tâche est encore inachevée. Les nostalgiques de la croix gammée existent toujours, quelle que soit l’image qu’ils portent. Ils voudraient bien sûr faire oublier ou pour le moins, dans le présent, banaliser la Résistance et la Déportation. (…) Nous pouvons mettre en échec ces idées et menées séditieuses. »

Il s’agit d’un entretien que Guy Ducoloné donnait le 26 août 2008 pour l’Humanité, à Olivier Meyer.

        Pour la première fois cette année, nous sommes privés des manifestations de commémoration et qui plus est, celle qui devait se tenir la semaine dernière célébrait le 75ème anniversaire de la libération des camps. Elle était sans doute plus importante qu’à toute autre époque puisque les pensées liberticides, xénophobes, antisémites refont surface et s’installent de nouveau politiquement et légalement.

                 Que sera l’avenir ? On ne peut ni ne doit sans doute le prédire mais la mise en place des mesures dites « de distanciations sociales », si elles sont absolument nécessaires risquent pour le moins de nourrir le mépris de l’altérité qu’a si bien cultivé le National Socialisme allemand, mais aussi les mouvements d’extrême-droite apparentés.

                  Que sera l’avenir, à plus long terme ? Dans un entretien qu’il donnait sur France Inter le mercredi 25 mars, Boris Cyrulnik parlait de la manière dont nous sommes contraints d’enterrer nos défunts, sans accompagnement, sans célébration. On voit aujourd’hui la manière dont se constituent les morgues à New York : des corps sont simplement glissés dans des bâches et, sans davantage de soin, placés dans des cercueils rassemblés dans une gigantesque fosse commune. Le fait de ne pas accompagner les morts nous procurera un sentiment de culpabilité, nous dit le psychiatre, troublant nos vies et induisant des échecs pseudo-volontaires.

                Au-delà de la question traumatique, ceci rejoint la question de la mémoire qui est l’objet de cet article. Pour faire mémoire, il faut se rassembler, commémorer par des rites, par des symboles. Cette crise sanitaire nous prive de ces possibilités, comme si, mais seulement comme si, les corps perdaient tout ce qu’ils avaient de sacré. Le risque ici est bien sûr celui de la banalisation de la dépouille, à plus long terme puisque nous avons franchi un seuil : nous avons osé faire ce que jamais nous n’avions osé faire. Un corps est la dépouille d’une vie éteinte, d’une vie qui continue de vivre dans le cœur et l’esprit des proches. Ne l’oublions pas. Les accompagner tout au long de la préparation à l’inhumation, c’est aussi pouvoir les asseoir correctement dans notre mémoire et notre coeur. C’est aussi en cela que consiste le travail de deuil.

            Faute d’avoir pu être présente, je voudrais ici honorer deux personnes dont les décès ont été portés, cette semaine à ma connaissance, dans le monde de la déportation :

Tout d’abord, le mari de Lily. Lily, c’est Lily Leignel, née Rosenberg, déportée à Ravensbrück alors qu’elle était jeune adolescente. Du haut de son grand âge, Lily ne cesse de faire œuvre de témoignage, en France et à l’étranger pour éviter à toute fin toute force que la barbarie ne reprenne. Son mari est décédé il y a peu et les mesures de confinement n’ont pas permis que nous l’accompagnions.

Et puis, je voudrais rendre hommage à Gérard Pierré, jésuite, qui passa quelques mois de sa jeunesse dans le camp de Dachau de 1944 à1945. Il s’est éteint dans son sommeil et a été inhumé dans la solitude du confinement, ce Mardi 7 avril à 10h30, sans que ses compagnons, jésuites, eux aussi confinés, ne puissent être présents… .

Gérard Pierré fut jeune aumônier dans ce camp. Il y reçut des personnes de toutes confessions, y compris des musulmans et fit œuvre d’un œcuménisme éclairé.

A sa sortie, il intégra le noviciat de province de Champagne, puis il consacra sa vie au service du monde de la technique et des travailleurs, à l’ICAM, puis à Troyes, au musée de la technique.

 

               Voilà donc, la déshumanisation dans laquelle nous sommes plongés les uns les autres, loin les uns des autres, vulnérables les uns comme les autres. Mais du fond de cette vulnérabilité, nous devons rester vigilants pour travailler au retissage social et surtout lutter contre la défiance qui pourrait surgir à l’issue de la crise, les uns envers les autres comme on le voit déjà au regard de la situation de certains soignants chassés de leur immeuble. Nous aurons beaucoup à faire, beaucoup à repenser tout en prenant garde à la résurgence du Virus.

              Et si nous devons associer ceci à l’esprit de Pâques, à l’esprit de renaissance, alors que cette renaissance soit le lieu d’une nouvelle sagesse et d’une nouvelle générosité, d'un regard nouveau sur l'altérité.

Cathy Leblanc

 

 

 

 

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 18:13

Voilà que nous nous avançons encore un peu dans la crise et que se révèlent les points épineux.

Tout d’abord, la manière de contenir l’épidémie… chacun est confiné chez lui, seul ou en famille, ce qui ne va pas de soi, et qui plus est en France où l’une des caractéristiques du comportement est de toujours tenter de détourner la loi ou l’obligation. C’est comme ça. C’est une tendance, peut-être une habitude née de l’esprit des Lumières. En effet, l’esprit de contradiction seul permet un jugement juste. Si l’on n’a pas essayé de trouver l’os dans un raisonnement, on n’a pas mis ce raisonnement à l’épreuve et sa validité n’est que relative. Mais cela est devenu une habitude dans les coins et recoins des comportements des gens qui vivent en France. A quoi reconnaît-on un Français à un feu de circulation ? Eh bien, il traverse s’il est rouge mais qu’il n’y a pas de voiture. L’Allemand attend que le feu soit vert. C’est encore vrai dans le Bade Wurtemberg, cela change en Rhénanie, mimétisme oblige. Suivre sans questionner est « ridicule ». On ne peut porter là-dessus aucun jugement moral car on n’est pas dans le bien ou dans le mal.

Cela dit, ceci ne serait pas si grave si ceci était accompagné d’une vie réglée pour des personnes qui ont réussi à acquérir une forme d’autorité sur eux-mêmes. Je n’irai pas jusqu’à la posture kantienne, qui veut que la liberté soit l’autonomie de la volonté, et même si j’y trouve beaucoup de justesse. Il reste que lorsqu’elles n’ont pas d’obligation ou de cadres, beaucoup de personnes sont tout simplement perdues. Leurs références disparaissent. Et la responsabilité ayant d’une certaine façon déserté la famille au profit d’une autre forme de vivre-ensemble, comment régler une vie de famille lorsque chacun est présent en même temps que les autres au sein du foyer ?

Les enfants s’agitent, ne tiennent pas en place. Les plus grands s’ennuient, même s’ils disposent de moyens numériques. Les parents essaient de se supporter dans une forme d’ennui et d’inquiétude. Les médias répètent le terme devenu clé de notre existence actuelle : « Covid-19 ». Verra-t-on un jour naître des petits Covid ? Qui sait ?

Mais qu’est-ce donc qui permet de tenir dans ces circonstances ? Il existe depuis l’Antiquité un grand questionnement sur la maîtrise de soi. Les valeurs cardinales, que l’on retrouve chez Platon mais qui apparaissent bien avant, chez les tragiques grecs, notamment, portent précisément sur cette capacité que peut développer tout un chacun de maîtriser ses actions mais aussi ses pensées.

Parmi les valeurs cardinales, celle qui me paraît la plus actuelle pour « tenir » en tant de crise me semble être la tempérance. Or, je disais dans le texte sur les temps de crise que j’ai publié le 15 mars « situation de crise, dépassement d’un modèle impossible », que nous sommes justement devenus dépendants de la grande consommation, que nous avons été formatés de cette façon par cette tendance qu’a prise notre société de produire toujours plus, espérant trouver toujours plus d’acheteurs, voire d’adeptes. Il suffit de regarder la pratique du crédit et le succès des sociétés de regroupement de crédit pour s’en convaincre. Or que manque-t-il ou qu’a-t-il manqué dans tout ceci, si ce n’est la tempérance ?  

Notre société est en effet devenue foncièrement intempérante. Les enfants le sont souvent parce que nous avons choisi d’abandonner un pouvoir autoritaire à leur égard. La démission de beaucoup de parents est en cause mais là non plus nous ne pouvons pas effectuer de jugement moral car la société toute entière a adopté une posture nouvelle vis-à-vis de l’enfance. Cela dit, tout le monde n’est pas en mesure d’exercer une responsabilité non autoritaire. Il faut pour cela de la confiance et une certaine forme d’intelligence. (Je n’ai pas dit un niveau d’intelligence).

J’ai pu faire dernièrement une conférence sur la Déportation pour des jeunes gens de 3ème et j’ai été très surprise de constater à quel point ils avaient du mal à se maîtriser, révoltée de voir des profs déprimés, et une situation vraiment difficile. Je me dis aujourd’hui que pour ces jeunes sans contrôle d’eux-mêmes, cela doit être extrêmement difficile de respecter les consignes de confinement et qu’ils doivent en être très malheureux comme aussi leurs parents.

Mais peut-être la nécessité de vie familiale apportera-t-elle des réponses inespérées en rapprochant ces parents de leurs enfants, en obligeant les uns à cohabiter avec les autres.

Vivre les uns avec les autres n’est pas si simple et le mouvement aujourd’hui permet tellement d’éviter les difficultés. Mais cette fois il faudra faire face et peut-être qu’à l’issue de ces mois de confinement qui nous attendent, nous verrons émerger d’autres comportements.

 

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17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 19:57

            

Nous sommes le 17 mars, jour de la Saint Patrick, le saint Patron des Irlandais. Est-ce pour cette raison que les supermarchés sont littéralement pillés ? Est-ce pour cette raison que dimanche, on s’est battu pour des œufs sur un marché de Roubaix ? Est-ce pour cette raison que des rixes éclatent pour la nourriture ?

Malheureusement non. Depuis quelques jours la vie a changé et change pour la planète entière. Tout se ralentit alors que notre bonne Terre commence à respirer. L’activité des hommes est condamnée à ne plus fourmiller. Les bourses pourraient fermer momentanément.

Nous avions inventé la mondialisation : nous allions acheter des roses d’Israël, mangions des mangues du Pérou, utilisions des batteries chinoises, portions des vêtements fabriqués en Inde par de petites mains… eh bien, tout cela est comme gelé, figé.

Nous sommes obligés de rester à la maison en raison d’un mystérieux virus dont nous ne connaissons pas l’origine. La sentence est tombée hier : « c’est la guerre » a dit le Président en répétant cette formule afin de nous convaincre de la gravité de la situation. Effectivement, nous sommes menacés par une forme de guerre bactériologique qui menaçait déjà, du reste, lors d’épidémies précédentes comme celle du SRAS.

On découvre alors de nouveaux comportements : les gens ont peur. Mais de quoi ont-il peur ? Quelles sont leurs peurs car elles sont plurielles ? Ils ont d’abord peur de manquer de nourriture. C’est pourquoi, hier, lorsque je suis arrivée à mon petit supermarché, beaucoup de rayons avaient été pillés, de même lors des grèves, les gens ayant peur de manquer de carburant allaient faire des réserves abondantes, ce qui ne manquait pas de créer la pénurie.

Pourquoi les gens ont-ils peur ? Tout simplement parce qu’ils vivent dans la dépendance de l’abondance. On peut tout avoir, à toute heure. On consomme plus que l’on ne peut consommer. La grande distribution a très vite eu raison des habitudes des anciens qui réparaient, qui reprisaient, qui raccommodaient. Combien de fois ma grand-mère ne m’a-t-elle pas reprisé mes chaussettes ? C’était une époque où l’on ne jetait pas, pas même les restes alimentaires. On recomposait. La nourriture était sacrée et les poubelles d’une taille très modeste.

Un collègue américain, nommé David Koukal, stupéfait de la quantité de vivres de toutes sortes qui se trouvent dans les poubelles a fait son cours, il y a quelques années sur la phénoménologie de la poubelle.  C’est dire ! Mais on se trouve là aux USA, où le phénomène est bien plus important.

Et avec tous ces petits métiers de la réparation, du retissage, c’est aussi tout un mode de vie qui s’inscrivait dans la patience et l’attention que nous avons mis de côté, mais mis de côté seulement.

La sagesse s’inscrivait dans la patience. Mais avec la consommation facile à bas prix, les gens ont cru qu’il était ridicule d’encore repriser leurs chaussettes. Il valait mieux jeter et acheter. Il ne valait pas la peine d’effectuer ce petit travail pourtant si formateur. Et pourtant, si l’on compare ce que l’on gagne en reprisant une chaussette d’une part, et en prenant la voiture pour aller à l’hypermarché acheter des chaussettes, en ayant soin de la garer où l’on trouve de la place, en allant jusqu’au rayon pour trouver les bonnes chaussettes, en attendant à la caisse pour payer, en reprenant la voiture pour rentrer à la maison, le calcul est pourtant vite fait. Il faut trente minutes pour repriser et une heure trente pour aller au supermarché et rentrer avec le produit.

Et reproduire ce geste du déplacement à l’infini, faire du shopping son activité principale et « facile », cela a complètement déstabilisé nos modes de vie et l’état de notre pauvre planète. Nous avons perdu une forme de spiritualité commune par laquelle nous étions capable de discerner la valeur des choses, d’attendre que le blé pousse et que le grain mûrisse.

Je suis persuadée que la sagesse passe aussi par le travail de la main. Et s’il n’est pas simple d’enseigner la patience aux enfants, l’acquisition de ces petites compétences, de ces petits métiers les amènent à modérer leurs ardeurs et peut-être surtout à découvrir la valeur des choses simples.

Mais quand on a pris l’habitude, depuis des dizaines d’années, de filer au magasin et d’accumuler des surplus de marchandises, on devient fragile. Et les rixes qui eurent lieu ces derniers jours manifestent cette fragilité de la dépendance.

Peut-être sommes face aujourd’hui aux limites de notre modèle ultralibéral et de son indécence. Nous avons peut-être atteint le point de rupture. En témoigne la fermeture imminente des bourses mondiales, et le projet par l’Etat français de re-nationaliser ses grandes entreprises alors qu’on allait même mettre l’aéroport de Paris en vente dans une course frénétique par laquelle tout pouvait être acheté. Le summum dans cette frénésie fut la proposition d’un Donald Trump d’acheter le Groenland.

La crise pousse à une reconfiguration complète de notre modèle qui n’est pas qu’un modèle économique. Depuis une vingtaine d’année, le critère de jugement est celui de l’économie. Tout passe au crible du jugement économique. Tout s’apprécie à l’aune de la valeur économique, de la production. Plus rien ne peut plus, petit à petit, être gratuit.

Aujourd’hui, on est obligé, contraint, forcé de penser autrement. L’événement du covid frappe durement et tragiquement, mais je crois que nous devons attendre un changement fulgurant de notre mode de vie devenu par trop toxique.

Je terminerai par une pensée pour les sans-abris. Car là aussi, l’injonction du « rester chez soi » semble relever de l’indécence. Qu’est-ce que rester chez soi quand on n’a pas de chez soi, quand on a fui la guerre, que l’on se retrouve dans la rue, chassé de toute part ?

 

                                                                                                               Cathy Leblanc

 

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